Interview écrite


16 février 2018
Posté par
Éditions Edilivre

Rencontre avec Larbi Adouane, auteur de « L’enseignement technique, ce mal aimé »

Présentez-nous votre ouvrage

Mon ouvrage est un essai sur l’historique de l’enseignement technique en Algérie depuis son indépendance à ce jour; avec un regard sur  » l’héritage » laissé par la France coloniale. A l’indépendance, les besoins en techniciens étaient énormes, l’option scientifique et technique est inscrite comme option fondamentale dans les textes régissant l’éducation. Mais dans les faits, la pression sociale pour une scolarisation massive considérée comme légitime et le manque d’encadrement qualifié va marginaliser « cette option » et la reléguer aux oubliettes, les établissements techniques collèges et lycées « hérités » du colonialismes seront démantelés et perdront leur efficacité. Avec les plans d’industrialisation, un vaste programme de construction et d’équipement de technicum (lycées techniques) est mis en oeuvre, mais l’aspect humain n’a pas suivi et est même négligé. Les formations assurées manquent de fiabilité pour des causes multiples et les secteurs économiques leur tourneront le dos, ils formeront leurs encadrements dans leurs propres structures où à l’étranger. Les technicums avec leurs équipements seront à leurs tours démantelés. En parallèle, sous couvert de « décoloniser » les esprits: La langue Arabe comme langue du Coran, l’Islam comme seule référence de connaissance et un nationalisme de façade vont s’installer progressivement mais durablement dans l’école Algérienne. L’Ecole Algérienne aujourd’hui est prise en otage par les conservateurs de tous bords, les islamistes, les nationalistes de la dernière heure,…et les syndicalistes; sa réforme ne sera pas aisée malgré la volonté de l’actuelle ministre.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?

Avec ma scolarité dans l’enseignement technique (collège et lycée), mon expérience de plus de quarante années dans l’éducation et principalement dans des établissement techniques, je ne peux pas me taire, ma conscience, l’amour de mon pays, m’interpellent. Mais c’est peut être aussi, une forme de revanche à prendre sur une administration stérile et autoritaire qui m’a toujours brimée.

À quel lecteur s’adresse votre ouvrage ?

Aux cadres de l’éducation pour réhabiliter ce type d’enseignement, mais en donnant l’importance à l’aspect humain. Le « savoir faire » et « savoir être » ne doivent être des slogans, mais des concepts qu’on peut concrétiser en mettant un encadrement de qualité. Les équipements importés souvent inadaptés sont plutôt handicapant, ils ne profitent qu’à une certaine caste qui bénéficient de ristournes. Aux jeunes Algériens qui peuvent s’émanciper dans leur pays avec un métier de technicien et non avec des diplômes universitaires souvent « creux » où une émigration aventureuse. A tous ceux qui s’intéressent et aiment s’interroger sur l’école et ses missions.

Quel message avez-vous voulu transmettre à travers ce livre ?

L’école n’est pas une institution d’embrigadement, l’enfant a besoin de s’épanouir à l’école, dans son milieu social et dans sa vie professionnelle. L’Algérie souffre d’un manque flagrant de techniciens performants et dans tous les domaines.

Où puisez-vous votre inspiration ?

Le chômage massif des jeunes alors qu’il y a des offres énormes de postes de travail dans le bâtiment, l’industrie, l’agriculture… Mon vécu quotidien et mes aspirations.

Quels sont vos projets d’écriture pour l’avenir ?

Mon enfance, les rapports humains, la construction d’une société sans haine, l’éducation sont des thèmes qui m’interpellent, des esquisses de manuscrits sont mis en chantier. Mais les éditeurs sont attirés par le gain et le livre n’est plus attractif, particulièrement en Algérie.

Un dernier mot pour les lecteurs ?

Je suis un auteur qui s’exprime avec simplicité avec une langue empruntée dont je ne maîtrise point les contours. Je vous invite à me lire. Merci.