Rencontre avec Maurice Winnykamen, auteur de  » Arnold Racine, un homme dans les tourmentes  »

Maurice_Winnykamen_EdilivreMaurice Winnykamen, que pouvez-vous introduire votre ouvrage Arnold Racine, un homme dans les tourmentes ?
Arnold fut, comme beaucoup de Juifs de notre génération, un enfant caché. Pour moi, tous ceux qui le furent sont frères, donc, quelles que soient les circonstances, ils se doivent assistance. Une manière de faire front, unis et en rappelant d’où nous venons de raviver la Mémoire, de combattre le négationnisme et le communautarisme. Arnold a trois ans de plus que moi. Vivre caché, c’est-à-dire sous un autre nom, dans une autre famille, en d’autres lieux et en apprenant à mentir pour survivre, fait que l’on devient mature avant l’âge. Nous représentions les limites de la fourchette générationnelle qui, toute sa vie, regrettera de n’avoir pas participé à la lutte contre l’envahisseur allemand.

Pourquoi avez-vous choisi de nous parler du résistant Arnold Racine ?
Nous étions deux militants des mêmes organisations antiracistes et de la Mémoire, notamment de l’Association azuréenne des Amis de la Résistance nationale. A voir notre fonctionnement, j’avais besoin de réponses à bien des questions : sur lui, d’abord, agitateur né ; sur moi-même qui était de moins en moins à l’aise au milieu de tant de personnages si sûrs d’eux-mêmes ; sur la marche de notre Société de plus en plus inégalitaire au nom de ce qui aurait pu être un modèle d’harmonie entre les peuples : la mondialisation ; sur les « organisations démocratiques » et leurs militants qui, si dévoués soient-ils, subissent avec l’âge le poids de la société qu’ils n’ont pas réussi à transformer et dont les contradictions les entraînent parfois vers des déviances malheureuses ; sur le bien ou le mal fondé des conseils amicaux qui me furent donnés de ne pas écrire ce livre.

Sa cause vous touche-t-elle particulièrement ?
Oui et à plus d’un titre. Au moment où mes parents jouaient à Lyon leur partition dans la Résistance juive et dans la Résistance nationale, les siens avaient déjà disparu à Auschwitz. Visitez le… les camps d’Auschwitz Birkenau en vous disant que vous-même auriez très bien pu y entrer pour n’en sortir qu’avec la fumée des crématoires, et vous ressentirez ce que je veux dire. Toute la famille d’Arnold est passée par là. Lui et moi étions cachés, quasiment adoptés par des patriotes français catholiques. On peut vivre cela sans être frères, mais tous mes frères ne sont pas mes amis.

Avez-vous beaucoup romancé l’existence de cet homme ?
Non, je n’ai rien travesti. J’ai choisi le mode de l’interview pour laisser à Arnold la possibilité de tout dire sans rien travestir. Des personnes dont la notoriété est justifiée par les combats qu’elles ont menés pour la Justice et les Droits de l’Homme ont corroboré ce récit d’une vie hors du commun. Ce ne sont pas des gens à plaisanter avec la vérité. L’une – Pierre Bercis, Président de NDH, Membre de la Commission nationale Consultative des droits de l’Homme – a préfacé ce livre ; l’autre, Monsieur jean Kahn, Président d’honneur de la Commission Consultative des Droits de l’Homme auprès du Premier Ministre de la France, Ancien Président du CRIF, l’a postfacé. Tous deux disent qu’Arnold Racine ne joue pas avec la langue de bois.

Avez-vous une prédilection pour les sujets historiques ?
Oui, tout ce qui touche à l’histoire de l’Homme m’intéresse. Pour moi, l’écriture se conjugue au temps du militantisme. Si je reprends la liste de mes autres titres : Grandeur et misères de l’antiracisme raconte le déclin d’un Mouvement antiraciste né de la Résistance nationale et l’espoir d’une renaissance de l’antiracisme ; Enfant caché va bien au-delà de mon histoire personnelle entre 1940 et 1945 ; Qu’est-ce que je fasse est une histoire qui va de 1905 en Pologne jusqu’en 1946 à Paris ; Symphonie de la mémoire, La Colline raconte des histoires de vie captées dans une Maison de retraite auprès de de personnes âgées de 85 à cent ans

Avez-vous beaucoup romancé l’existence de cet homme ? Si tel est le cas, l’avez-vous embelli ?
Non, la vie d’Arnold Racine est déjà au bord de l’incroyable : échapper enfant à la traque nazie ; se trouver malgré lui embarqué dans un groupe d’extrême droite pour faire, à 17 ans la guerre, d’abord aux Anglais dans un pays inconnu, la Palestine ; connaître la prison et l’évasion de la ville de Saint-Jean d’Acres puis être incorporé dans l’armée israélienne dès que l’Etat est créé ; être l’un de ceux qui prirent Beersheba, puis firent le coup de feu à Birashouch ;revenir en stop et pour faire plaisir aux moines qui l’hébergent, secouer son sac afin qu’ils ramassent pieusement la terre de Jérusalem ; être immédiatement récupéré par l’armée française et partir finir son temps en Allemagne ; puis mener une vie tranquille de comptable tout en servant de garde du corps à François Mitterrand… Nul besoin d’en rajouter !

Avez-vous déjà écrit des ouvrages entièrement fictifs ?
Oui, Mais toujours en prenant pour base la vie des Hommes. Mon dernier est : La superstition des voileux. Il faut bien délirer de temps à autre.

Un dernier mot pour les lecteurs d’Arnold Racine, un homme dans les tourmentes ?
Lisez ce livre, vous en sortirez enrichis comme je l’ai été après l’avoir écrit. Soit vous aimerez le personnage, soit vous le détesterez, jamais il ne vous sera indifférent.