Interview écrite


22 décembre 2015
Posté par
Guillaume

Rencontre avec Andrew Bernard, auteur de « Les Larmes de Marie »

Andrew_Bernard_EdilivrePrésentez-nous votre ouvrage ?
Il s’agit d’un roman avec comme héroïne, Marie, une femme ayant connu de multiples déboires à travers son existence. Je ne souhaiterais trop en dévoiler pour ne pas saboter un éventuel effet de surprise, toutefois je pense que cet extrait est une bonne synthèse : « Ses yeux fixent le vide. Sans expression sur son visage terne. Elle défit le chaos. Elle songe. Comment en est-elle arrivée à un tel misérabilisme ? Elle en avait, gamine, des rêves plein la tête. La maison avec son petit jardin, un mari, des enfants… Elle a tout eu, tout le classique de la banalité, tout le grand baratin que l’on se raconte pour espérer quelque chose de la vie. Elle a grandi, elle a compris, elle a tout détruit. » Il faut cependant bien analyser qu’il ne s’agit nullement d’un petit roman classique. Ce récit est un récit profondément anti-moderne dénonçant un monde en fin de cycle et c’est ainsi que de nombreux passages viennent incriminer notre prétendue civilisation. Dans le fond, ce n’est pas spécifiquement la vie de Marie qui est chaotique mais l’ensemble de son époque. Elle n’est qu’un brin de lumière affaibli entouré de ténèbres opaques. Elle est un espoir. Quant au pourquoi du choix du titre, faisant évidement référence à l’excellent livre de Léon Bloy « Celle qui pleure », je ne dirai que cela : Parce que toute mère, peu importe sa vie et ses défauts, est un peu Marie pour son ou ses enfants.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?
Parce que j’en ressentais le plus grand des besoins tout bonnement. Ce livre est une thérapie. Lorsqu’un passé devient trop encombrant, il faut le hurler pour pouvoir tourner la page. Trop nombreux sont ceux qui vivent emprisonnés d’un passé étouffant, ce qui est déjà une sorte de mort. En tout cas, il n’y a rien de vivant là-dedans. Récemment, on me demandait : « Ne penses-tu pas qu’il y a comme une sorte de voyeurisme à lire ce livre ? » Il y a sûrement de ça, mais pas uniquement. Tout d’abord, il serait fallacieux de penser que tous les faits se déroulant dans cet ouvrage soient exacts, puis je souhaitais, dès que j’ai commencé à rédiger « Les Larmes de Marie », instaurer un sentiment de malaise. Ne nous mentons pas, pourquoi les émissions de télé-réalité attirent de millions de téléspectateurs si ce n’est par sentiment de supériorité ? Les gens regardent des blaireaux au QI proche de son alimentation pour se réconforter en se disant qu’il existe plus con qu’eux. Ainsi ils se bidonnent, ils les montrent du doigt, ils se moquent… C’est un peu comme voir une poignée de benêts, lançant des cacahuètes à des singes, tout en esclaffant avec une hystérie malsaine. Si l’on venait à me demander de quel côté du grillage je me sentirais le plus proche, je dois bien avouer que je peinerais à formuler un quelconque choix. Il est, par conséquent, tout à fait probable qu’une partie de mes lecteurs ne soient intéressés que par cet aspect, qu’il en soit ainsi ! Qu’ils se moquent ! S’ils n’ont que ça pour espérer quelque chose de la vie, soit ! Ce n’est pas mon problème. Ce qui m’intéresse vivement ce sont ceux qui vont franchir cette barrière et qu’ils vont prendre au sérieux les graines semées.à travers ma culture de mots. Rassurez-vous, le règne des nuisibles arrive à sa fin.

À quel lecteur s’adresse votre ouvrage ?
À un public ouvert et qui n’est pas replié dans une étroitesse d’esprit aux idées prémâchées. Propagateur de la bien-pensance, passez votre chemin !

Quel message avez-vous voulu transmettre à travers ce livre ?
Il y a de nombreux messages, certains sûrement plus subtils que d’autres. Nous pourrions, toutefois, généraliser en parlant d’un livre fondamentalement humain voulant s’extirper d’une laideur trop encombrante. Il s’agit, avant tout, d’une mise en garde des clichés tout faits. Les individus ont le jugement trop rapide. Une personne peut être considérée comme une véritable ordure par une majorité alors qu’il s’agit finalement de quelqu’un avec une gentillesse et une dévotion hors du commun. Nous ferions mieux de nous positionner devant une glace, de nous regarder dans les yeux et de scruter le fond de notre âme. Soyons d’abord capables de nous auto-juger, on verra ensuite pour le reste.

Où puisez-vous votre inspiration ?
Dans la vie, dans la mort ; dans le beau, dans le laid ; dans l’infini, dans le néant ; dans la lumière, dans les ténèbres… Enfin, je peux vous laisser les trois citations qui entament le livre pour finaliser cette question : « Ce qui rend l’homme capable de péché, c’est le vide. Tous les péchés sont des tentatives pour combler des vides. » Simone Weil « Le monde moderne : une Atlantide submergée dans un dépotoir. » Léon Bloy « L’enfer, c’est de ne plus aimer. » Georges Bernanos

Quels sont vos projets d’écriture pour l’avenir ?
Ah ça… c’est confidentiel malheureux.

Un dernier mot pour les lecteurs ?
Je pense que je ne serais pas trop innovateur en souhaitant une bonne lecture, je donnerai donc comme instruction : « SOYEZ VIVANT, BORDEL ! »