Interview écrite


13 août 2015
Posté par
Guillaume

Rencontre avec Abdelali Lahlou, auteur de «Le Cahier d’un enfant»

Abdelali lahlou edilivrePrésentez-nous votre ouvrage?
« Le Cahier d’un enfant » est la résultante d’un legs. Je m’explique. Cet ouvrage est l’ensemble de souvenirs et d’impressions du commencement de la vie que l’enfant Ali notait –comme un grand– dans un cahier de classe qu’on venait de lui décerner comme prix au CM1. Il finira par l’intituler MON CAHIER. J’ai dû, sexagénaire, en tirer matière de mon œuvre actuelle « Le Cahier d’un enfant » qui se présente donc sous forme de ressouvenirs desdits souvenirs d’Ali. Vous l’auriez deviné, j’étais l’enfant AlI. Ce que l’on peut trouver à travers cet éternel poids de l’enfance d’Ali ?… C’est d’abord un écolier s’en allant en classe, soit à l’école Lemtiyine, soit à celle du Souk Es Sebt, en sautillant comme un oisillon. C’est aussi un enfant promeneur solitaire qui adorait plonger dans la nature d’Aïn Habra qu’il aimait et qui l’aimait. C’est enfin un petit autodidacte  en herbe, fils de ses œuvres : d’abord dessins et peintures salissant sols et murs de la maison de médina de Fès, puis captivantes lectures d’un raton recueilli dans sa « bibliothèque céleste », au point de jonction de l’une des deux terrasses et de la muraille d’enceinte, ensuite notes  prises par un petit griffonneur plein de rêves qui éprouvait un poignant besoin de nous laisser ses premières impressions d’enfance, voire- enfin- invitation ambitieuse à faire de ces prises de notes une habitude à travers générations, l’héritage d’un présent éternel dont l’enfant Ali semblait déjà vouloir nous demander de prendre la relève. Voilà ce que l’on voit à travers ces souvenirs, dans la présence prégnante de ces trois lieux : un enfant qui avait toujours de la joie à ses réveils, un enfant heureux.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?
Je dirai que c’est d’abord pour porter témoignage aussi bien sur la vie-identité de cet enfant que j’étais alors que sur une époque cruciale de la vie des citoyens marocains, et  partant  de l’histoire de notre pays. Si je réécris aussi ces souvenirs, c’est pour exaucer le vœu d’Ali qui eût souhaité faire de ces prises de notes un message à transmettre à la postérité. L’approuvant présentement, sachant que ces notes précieuses constituent le seul lien spirituel qui reste une fois le corps disparu, et n’ignorant pas que les écrits demeurent  (SCRIPTA MANENT), à mon tour je souhaite faire de ces notes une habitude à travers générations. Et qu’on prenne ainsi la relève dans l’héritage d’un présent éternel. J’écris surtout pour donner une certaine conscience au monde. En effet, si mon écriture, seule, est incapable de changer le monde, elle peut au moins mettre la puce à l’oreille de ces personnes qui se veulent modernes mais qu’il reste parfois à tirer d’une barbarie ancrée dans la civilisation, d’une infamie qu’il m’appartient de combattre. Et là je fais notamment allusion à ces pater familias, souvent potentats, dont Ali est  malheureusement la résultante, à l’instar d’une multitude d’autres petits-fils légataires du passé. C’est pour tout cela que j’ai écrit mon autobiographie… que j’écris tout court.

A quel lecteur s’adresse votre ouvrage ?
« Lecteurs » au pluriel S.V.P : je l’adresse à tout public. Ne suffit-il pas que « Le Cahier d’un enfant » ait virtuellement deux co-auteurs : un enfant et un adulte ?

Quel message avez-vous voulu transmettre à travers ce livre ?
Ce message se traduit dans la dédicace : « A ma postérité qui, un jour, prendra la relève dans l’héritage d’un présent éternel ». Mes lecteurs hausseront peut-être les épaules, mais maintenant que j’ai été fidèle à Ali, que j’ai fini d’enregistrer ce fil de ressouvenirs comme il l’eût souhaité (SCRIPTA MANENT), je me sens si heureux de me débarrasser de cette phase de ma vie et de vous en confier le film. Beau spectacle, postérité ! J’espère que ma postérité fera de même. Que de père en fils ces messages soient le meilleur lien spirituel une fois le corps disparu. Désaltérez-vous du breuvage de cette miraculeuse fontaine de jouvence que sont les souvenirs, ainsi que les ressouvenirs des impressions du commencement de la vie. Délectez-vous de cette heureuse symbiose qui prête vie au présent éternel ! Tel est mon message.

Où puisez-vous votre inspiration ?
Je puise mon inspiration d’abord dans le cahier de cent pages, plein de griffonnages, que l’enfant ALI a eu l’amabilité de me léguer, précieux souvenirs jalousement conservés pour la projection du film. Inspiration et nostalgie. Mais, confidence, j’ai aussi une autre source d’inspiration. Pour parvenir à une création artistique toujours renouvelée, abondante et variée, certains écrivains (comme V. Hugo) dessinent d’abord un thème à traiter, puis s’inspirent de leur propre dessin. L’expérience l’a prouvé : le résultat est souvent probant. Et personnellement, j’entretiens avec la peinture des rapports privilégiés et féconds. Je lui demande simplement de susciter une atmosphère propice à la création littéraire, la peinture servant alors à produire des impressions et des sentiments qui, passés dans le creuset de l’intelligence, se convertissent en idées, en phrases.

Quels sont vos projets d’écriture pour l’avenir ?
Se voulant rassurant quant à l’avenir de l’autobiographie, Philippe Lejeune a certes proclamé : «Elle a encore de beaux jours devant elle ». Ce qui est certain. Mais ce genre littéraire ne figure pas dans mes projets d’écriture pour l’avenir. Je pense plutôt aux nouvelles, dont je sais que beaucoup de lecteurs sont toujours avides. Et je pense aussi à l’essai… oui l’essai ! Mais sous une autre forme, tout à fait différente. Étude scientifique certes, mais revêtant un aspect nouveau, riche, enrichissant… surtout agréable à lire !

Un dernier mot pour les lecteurs ?
Lisez ! Parce qu’elle permet de devenir soi, la lecture est essentielle. Non, je ne vous demanderai pas –en utilisant la prétérition– d’éviter de lire n’importe quoi, de ne lire qu’Abdelali Lahlou ! Mais j’oserais vous conseiller : « Attention à l’anorexie ! » Bonnes lectures !