Autour du livre


13 mars 2017
Posté par
Flora

L’Inde, paradis de la contrefaçon littéraire ?

L’Asie s’est imposée, en quelques décennies, comme le continent de la contrefaçon. Nombre d’objets, dérivés de grandes enseignes occidentales, y sont voués à l’exportation et à la commercialisation à bas coût. Toutefois, vêtements et médicaments ne sont pas les seuls victimes d’une imitation sans précédent. En Inde, certains produits contrefaits provoquent l’hystérie des autochtones : les livres !

Inde_contrefaçon_littéraire_EdilivreLa contrefaçon, mode d’emploi
Vous venez de découvrir l’inscription  » made in China « , sur votre pull, fièrement acquis sur le marché ? Bingo ! Votre nouvel achat, dont le prix semblait fort alléchant, n’est pas issu de la dernière collection d’une grande marque mais plutôt d’une contrefaçon asiatique ! En deux mots, comment ça marche ? Celle-ci désigne d’abord une violation de la propriété intellectuelle qui consiste à reproduire partiellement (ou entièrement !) une œuvre (matérielle ou intellectuelle) sans l’approbation de son auteur ! Contrefaçon rime donc intimement avec notion de plagiat13, et avec l’oxymore vol immatériel. Cet acte donne bien souvent lieu à une concurrence très déloyale. S’appuyant sur un énorme bafouage des droits de l’homme, il se base en partie sur l’exploitation d’une main d’oeuvre à bas prix. Ce phénomène, qui submerge notamment la France et l’Europe, s’impose comme un redoutable concurrent pour nos marchés.

Vous avez dit contrefaçon  » littéraire » ?
Si celle-ci s’impose comme un phénomène avant tout chinois, le leader mondial en  matière de plagiat littéraire reste l’Inde. On estime que 20 à 25 pour cent des livres achetés sur le marché indien (soit un quart d’entre eux) ne seraient que de pâles imitations de la littérature occidentale ! Ces ouvrages s’apparentent donc à des copies plus ou moins fidèles des best-sellers mondiaux. Au programme ? Vous pouvez acheter une biographie de Steve Jobs, des romans érotiques de E.L James tels que Fifty Shades of Grey, et cela, pour un prix deux fois inférieur à celui annoncé chez les libraires indiens. Les études de Sonia Faleiro, universitaire new-yorkaise, à la fois journaliste et écrivain, l’ont d’ailleurs clairement démontré. Qui se cache derrière ces vendeurs de livres ? Des enfants ! Ils ont entre cinq et quinze ans, sont analphabètes, et apprennent donc par cœur le titre des ouvrages vendus le jour-même. La plupart d’entre eux ont arrêté l’école très tôt pour travailler dans la rue et subissent le cercle infernal de l’exploitation infantile. Nombre de ces jeunes sont considérés comme des commerciaux de talent. Certains parviennent même, en moins de deux minutes, à séduire, livre en main, Inde_fifty_shades_of_grey_Edilivrepassants et automobilistes des rues surpeuplées de Mumbaï, Calcutta, New Delhi. Les meilleurs vendeurs deviennent alors meneurs, et en dirigent d’autres, moins débrouillards.

Un pays, à priori respectueux du droit d’auteur
L’implantation massive du plagiat littéraire dans les métropoles indiennes soulève pourtant quelques interrogations. En effet, malgré l’ampleur du phénomène, l’Inde peut s’enorgueillir d’un système éducatif solide, son taux d’alphabétisation s’accroissant un peu plus chaque année.
En outre, ce géant asiatique, ancienne colonie britannique, est soumis au code de propriété intellectuelle occidentale, régi par le Copyright de 1957, qui protège les œuvres littéraires, dramatiques, musicales et artistiques. Le respecte-t-il ? C’est une autre affaire…

Comment réagissez-vous face à l’étendue de la contrefaçon littéraire indienne ? Etes-vous surpris ?