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L'expression de la semaine


4 novembre 2019
Posté par
Éditions Edilivre

L’expression de la semaine : Se retirer sur l’Aventin

« Se retirer sur l’Aventin ! »

Origines

 

Sauf si vous êtes Toulousain, si je vous parle du Capitole, cela évoquera probablement pour vous la belle ville de Rome. En effet, parmi les sept collines qui entourent la vieille ville (saurez-vous les lister toutes ?), en plus du Capitole, on trouve l’Aventin. Ce qui laissera supposer aux lecteurs éveillés que notre expression trouve son origine dans l’histoire de Rome, supposition qui va être confirmée illico par une des quelques variantes connues de l’histoire, variantes dont toutes ont la même base, la lutte entre les plébéiens et les patriciens.

Nous sommes au Ve siècle avant J.-C. Nous avons donc d’un côté la plèbe romaine – les petites gens dont les soldats – et de l’autre les patriciens – la noblesse, principalement – qui exploitent les premiers et détiennent tous les pouvoirs. Les plébéiens, très pauvres car très lourdement imposés, sont écrasés par les dettes (ils peuvent même être transformés en esclaves afin de les rembourser), ce qui donne lieu à des mouvements d’agitation et même des révoltes. Pourtant, lorsqu’il faut combattre les Volsques[1], les consuls proposent aux plébéiens, en échange de leur indispensable participation à la guerre, d’effacer leur dettes et d’affranchir ceux qui sont devenus esclaves pour dettes.

Une fois une première victoire remportée, les promesses ne sont pas tenues. Les plébéiens se retranchent alors sur le lieu d’où la plupart sont originaires, l’Aventin, et refusent toute autre participation aux combats. Les consuls, conscients qu’ils ne peuvent pas se passer de ces gens (aussi bien sur le plan militaire que sur l’économique), envoient Ménénius Agrippa tenter de les convaincre.
Ce dernier leur tient alors le discours suivant :
« Un jour, les membres du corps humain, voyant que l’estomac restait oisif, séparèrent leur cause de la sienne, et lui refusèrent leur office. Mais cette conspiration les fit bientôt tomber eux-mêmes en langueur ; ils comprirent alors que l’estomac distribuait à chacun d’eux la nourriture qu’il avait reçue, et rentrèrent en grâce avec lui. Ainsi le sénat et le peuple, qui sont comme un seul corps, périssent par la désunion, et vivent pleins de force par la concorde ».
Le discours (accompagné de quelques négociations complémentaires) fait probablement mouche, puisque les plébéiens se rabibochent avec les patriciens et, en échange de leur participation active à la vie et la défense de la cité, ont non seulement leurs dettes effacées mais ils obtiennent également le droit de désigner des représentants pour participer aux décisions, les tribuns de la plèbe.

Cette expression s’emploie aussi actuellement dans le cas d’une personne vexée de ne plus contrôler une situation et qui s’en désintéresse.

[1] Qui, malgré leur nom, ne se déplacent pas avec des chariots appelés des Volsques Vaguennes.

« Se retirer sur l’Aventin »