Autour du livre


10 mars 2017
Posté par
Edilivre

Flaubert, Baudelaire, Nabokov : ces grands auteurs qui ont défrayé la chronique

Il arrive parfois qu’un roman soit très mal accueilli et que son auteur soit la cible de procès, de pressions, voire de menaces de mort. Retour sur six grands auteurs par qui le scandale arrive et qui ont un jour défrayé la chronique. 

Les_auteurs_qui_ont_fait_scandale_EdilivreFlaubert, Madame Bovary
Avant même la sortie de son roman, Flaubert se querelle avec son éditeur et ami Laurent-Pichat, qui a modifié le texte de Madame Bovary sans son consentement pour s’éviter des ennuis judiciaires. Mais les deux hommes, ainsi que l’imprimeur, sont sommés de se présenter devant la justice et doivent répondre d’« outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes mœurs ». Ils comparaissent en 1857, devant le tribunal correctionnel de Paris. Flaubert est finalement relaxé, la défense ayant insisté sur la cruauté de condamner son considérable travail de préparation.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal
Quelques jours après la parution de l’ouvrage en 1857, Baudelaire est accusé d’« offense à la morale religieuse » et d’« outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs ». Le 17 juillet, le procureur ordonne la saisie de tous les exemplaires des Fleurs du Mal. Le 20 août, Baudelaire est condamné à verser 300 francs d’amende et 6 de ses poèmes sont retirés du recueil. En 1866, Baudelaire publie en Belgique avec la complicité des Editions Les Epaves, un nouveau recueil amputé des six poèmes mais agrémenté d’une trentaine de nouveaux.

Boris Vian, J’irai cracher sur vos tombes
Les_auteurs_qui_ont_fait_scandale_EdilivreLe livre naît d’un pari entre Boris Vian et un éditeur, à qui l’auteur affirme qu’il peut lui livrer un best-seller en dix jours. Finalement rédigé en quinze jours, J’irai cracher sur vos tombes raconte l’histoire de Lee Anderson, un « nègre blanc » (selon les mots de l’auteur) qui viole et tue des femmes blanches dans une petite ville pour venger son frère. Daniel Parker, secrétaire général du Cartel d’action morale et sociale obtient l’interdiction du livre en 1949. Vian et son éditeur, condamnés à une amende de 100 000 francs chacun, gagnent leur appel et échappent à la sanction financière, écopant seulement d’une condamnation de principe.

Nabokov, Lolita
L’écrivain russe naturalisé américain Vladimir Nabokov fait scandale avec cette histoire de passion d’un homme d’âge mûr pour une adolescente. L’auteur y aborde plusieurs thèmes qui choquent profondément ses contemporains : inceste, pédophilie et mariage entre noirs et blancs. Tous les éditeurs américains qu’il contacte refusent son manuscrit. La première parution a lieu à Paris en 1955 mais un an plus tard, le roman est censuré. La censure sera levée en 1958 et Lolita paraît la même année aux Etats-Unis où il réussit des ventes historiques (100 000 exemplaires en trois semaines, premier roman à réaliser cet exploit après Autant en emporte le vent).

Les_auteurs_qui_ont_fait_scandale_EdilivreSalman Rushdie, Les Versets sataniques
En 1988, l’auteur anglais Salman Rushdie publie Les Versets sataniques, un roman où il mêle faits réels, éléments biographiques et épisodes historiques ou imaginaires de la vie du prophète Mahomet. Le livre provoque l’ire des groupes islamistes d’Iran et du Pakistan, qui y voient une « machine de guerre littéraire contre l’islam ». En février 1989, l’ayatollah iranien Khomeini, décrète une fatwa contre l’écrivain, où il enjoint les musulmans à mettre à mort l’auteur pour les propos « blasphématoires » de son livre. Salman Rushdie va rester pendant dix ans sous protection policière. C’est seulement en 1999, après des négociations entre la Grande-Bretagne et l’Iran, que la fatwa est retirée. Mais Rushdie, qui vit aujourd’hui aux Etats-Unis, est toujours sous le coup de menaces de mort répétées.

Bret E. Ellis, American Psycho
Ce roman, qui raconte la vie d’un tueur en série schizophrénique new-yorkais, déclenche un véritable scandale. Son extrême violence et quelques passages franchement pornographiques lui valent d’être refusé par un premier éditeur, malgré l’avance de 300 000 dollars déjà versée. American Psycho est finalement publié en 1991 et son auteur, Bret E. Ellis, doit prendre un garde du corps en raison de multiples menaces de mort à son encontre.