Cercles d’écrivains d’antan et d’aujourd’hui

Certains hommes de lettres, qui revendiquent une filiation spirituelle commune, forment des « familles » de penseurs. Zoom sur quelques lieux de prédilection qui ont façonné les prosateurs d’autrefois et réunissent ceux d’aujourd’hui.

Mallarmé_EdilivreCénacles littéraires parisiens d’hier
Les réunions d’écrivains ne datent pas d’aujourd’hui ! Voltaire et Diderot, attablés au café Procope, débattant des idéaux révolutionnaires, Victor Hugo cherchant à rallier à sa cause les esprits « romantiques » de son temps, André Breton, Paul Eluard et Soupault, chantres du surréalisme pratiquant l’écriture « automatique » avec verve, tels sont les clichés attachés  aux « familles » d’écrivains. Au 19ème siècle,  le poète Mallarmé, éminente figure du cercle symboliste les mardis de la rue de Rome font partie de la légende mallarméenne autant que sa poésie était célèbre. Il y réunissait Verlaine, Paul Claudel, Oscar Wilde, Whistler, André Gide et Paul Valéry.

Ces rencontres se déroulaient le mardi, au domicile-même du maître de la poésie qui improvisait textes et lectures devant ses disciples. Ces évènements, contribuant largement à sa notoriété de Mallarmé, laissant de lui un souvenir impérissable dans la postérité littéraire. Au 89 rue de Rome, adresse publique de  l’auteur, les célébrités littéraires de l’époque côtoyaient aussi des artistes moins connus. Mallarmé les recevait dans le salon de son petit appartement, au 4ème étage. Ces réunions, qui ont commencé en 1877, se tenaient les mardis, d’où leur célèbre appellation de « mardis de la rue de Rome ». Le cadre « esthétique » de ces rencontres était pour le moins « épuré », composé d’un poêle de faïence, d’une table demi-lune, de chaises et d’un canapé. Geneviève Bonniot-Mallarmé, fille de l’écrivain, rapporte elle-même ces propos savoureux, qui décrivent à eux-seuls l’ambiance du lieu: « Père était le plus souvent debout devant le poêle de faïence blanc placé en angle dans le mur de la chambre, son châle frileusement jeté sur les épaules, la pipe ou la cigarette aux doigts ».

La capitale française, toujours friande de rencontres littéraires
Aujourd’hui, les écrivains se retrouvent dans des lieux pittoresques de celle que l’on surnommait la « ville-lumière » à la Belle-Epoque. La librairie Shakespeare and Company, située au cœur du quartier latin, est notamment le théâtre de vives discussions entre écrivains confirmés et apprentis auteurs, venus de toute la France, mais aussi des quatre coins du monde. Le samedi, à partir de 17 heures, le groupe littéraire baptisé l’Other Writer’s Group, se retrouve pour débattre des travaux des écrivains, dans une petite pièce à l’ambiance calfeutrée et tamisée, située à l’étage de la célèbre librairie anglaise et offrant un panorama historique sur la somptueuse cathédrale Notre-Dame.

Né voilà 7 ans, sous l’initiative de David Barnes, auteur britannique, ce projet réunit, en une séance hebdomadaire de deux heures, des professionnels qui présentent leurs poèmes, leurs pièces de théâtre et leurs romans, offrant ainsi un dialogue interactif dont les thèmes-phares sont la littérature et la lecture.Shakespeare_and_Company_Edilivre
Le slogan de ce cercle est le suivant : « Quiconque souhaite partager est le bienvenu, quiconque souhaite contribuer est le bienvenu ». La librairie anglaise connaît en tout cas un vif succès dans l’Hexagone, comme le suggère Alberto Rigetti, poète italien et coach de l’Other Writer’s Group, qui manie la langue de Shakespeare aussi bien que celle de Dante. Celui-ci affirme d’ailleurs que « Shakespeare and Company (…) a toujours été une base logistique pour tous les écrivains expatriés et les bohèmes », soulignant ainsi le dynamisme des réunions d’auteurs dans la capitale .

Côtoyez-vous des cercles littéraires pour écrire ?