Aimée Bender, auteur fantastique dans la lignée de J.K. Rowling

Les adolescents trouveront un réconfort imaginaire de taille avec le roman mélancolique et chimérique La singulière tristesse du gâteau au citron, qui devrait rencontrer un vif succès auprès du jeune public.

La_singulière_tristesse_du_gâteau_au_citron_EdilivreUn récit à flux tendu entre innocence et angoisse
Aimée Bender, enseignante et responsable d’un atelier pour malades mentaux en Californie, donne corps aux peurs et aux angoisses enfantines les plus profondes à travers un ouvrage saisissant, à mi-chemin entre Harry Potter et le film d’horreur Sixième Sens. L’héroïne de l’intrigue, Rose, fillette résidant dans la très cosmopolite et médiatique Los Angeles, et sœur spirituelle du Petit Chaperon Rouge, se laisse piéger, suite à la dégustation d’une tarte au citron. A priori, personne ne se méfierait de cette pâtisserie meringuée et alléchante.

Et pourtant, elle se révèle parfois acide au point d’en devenir amère… Suite à la dégustation de l’une de ces tartes, préparée par les bons soins maternels, la petite fille se retrouve affublée de pouvoirs magiques et mystérieux pour le moins étonnants. Chaque bouchée avalée engendre chez l’enfant des effets psychiques indésirables puisque ces nouvelles facultés la contrarient et troublent considérablement.
Ce thème du pré-adolescent aux prises avec des dimensions paranormales qu’il ne maîtrise pas avait déjà été abordé par les auteurs classiques français. La Peau de Chagrin, d’Honoré de Balzac, relate les heurs et malheurs de Raphaël de Valentin, étudiant sans le sou, qui se voit offrir une « peau de chagrin », sorte de tapis magique, qui a le pouvoir d’exercer tous ses vœux. A ce défaut près que l’existence du jeune homme raccourcit au fur et à mesure de la réalisation de ses vœux.

Derrière une intrigue fantastique, une dimension psychologique
On a coutume de dire que les ouvrages pour enfants et adolescents s’adressent, dans une double lecture, également à leurs parents. Bruno Bettelheim, défend en tout cas ardemment cette thèse dans Psychanalyse des contes de fées. La singulière tristesse du gâteau au citron appartient à ces œuvres, non seulement analysables, mais également « psychanalysables ». Véritable allégorie qui mélange, dans un titre très oxymorique, la légèreté, l’enfance et la gravité, elle fait état d’un complexe d’Oedipe peu ou pas résolu.

Pourquoi une mère, à priori aimante et bienveillante, propose-t-elle à sa progéniture une pâtisserie empoisonnée ?Aimée_Bender_Edilivre
Derrière un régal gustatif qui tourne au cauchemar psychique, se dérobe tout l’univers sclérosant et violent de Rose. Evoluant dans un cercle très fermé, entre un père « workaholic » (drogué au travail), une mère bipolaire, et un frère capable d’invisibilité, ce roman met en lumière la difficulté du passage à l’âge adulte et la perte douloureuse de l’insouciance.
Les superpouvoirs ne sont cependant pas considérés ici sur le mode héroïque, mais sur celui du désenchantement, contrairement à ceux des héros de Harry Potter, traités sur le thème du merveilleux. Quand tarte sucrée rime avec démons de l’enfance….

Le sujet de cet ouvrage vous inspire-t-il, le lirez-vous ?

Article écrit avec la participation de Camille