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La culture gay à travers les livres

À l’occasion de la Gay Pride qui aura lieu demain à Paris, nous vous proposons un petit florilège de la littérature LGBTQ. Fiction, sociologie et histoire, plongez dans un univers gai et coloré . . .

 

Gay Pride l’Histoire, Olivero Toscani 

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Quoi de mieux pour commencer ce classement que de revenir sur les origines de la Gay Pride. C’est en tout cas la mission que s’est donné Oliviero Toscani dans son livre « Gay Pride l’Histoire ». Célèbre photographe des années 80, il a notamment collaboré avec le magazine Elle, Vogue, Harper’s Bazar, ou encore Paris Match. Plus que de simples outils de publicité, ces photographies sont devenues avec le temps de véritables symboles de la lutte contre l’homophobie, le racisme ou encore le sida. Il est également l’un des acteurs majeurs du plus gros coup de communication de l’association Act Up :  le fameux préservatif sur l’Obélisque de la Concorde. De multiples raisons de vous laisser emporter par ce livre captivant. 

 

 

 

 

Global Gay, Frédéric Martel 

global gay

On continue ce top avec un ouvrage passionnant. Dans « Global Gay ; La longue marche des homosexuels », Frédéric Martel parcourt le monde afin d’analyser la place et les droits des homosexuels dans les différents pays du globe. Pour cela, en cinq ans l’auteur s’est rendu dans près de 45 pays et a rencontré des centaines de locaux prêts à partager leur expérience. L’occasion de faire le point sur les avancées et les inégalités qui persistent pour la minorité LGBTQ. Ainsi, on apprend par exemple qu’en Iran les homosexuels risquent encore aujourd’hui la pendaison. Ce pays n’est pas un cas isolé : huit autres infligent la même sentence. Fort heureusement, ils sont nombreux à avoir évolué. C’est notamment le cas de la France où le mariage gay est maintenant légalisé. Sans jamais tomber dans le pathos ou la victimisation, le livre retrace avec justesse les conditions de vie de la communauté LGBTQ et l’évolution progressive des mentalités dans le monde.

 

 

 

 

Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes, Collectif 

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Pour celles et ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur la culture LGBT : ce dictionnaire est fait pour vous ! 600 articles, 200 illustrations, une cinquantaine de dossiers thématiques sur le cinéma, le féminisme ou encore la publicité, tous les sujets y sont abordés. En plus des aspects culturels (littérature, artistique etc.), l’ouvrage apporte également un regard sur l’évolution des modes de vie LGBTQ depuis la fin du XIXème siècle. L’occasion de comprendre les enjeux sociaux et juridiques qui découlent de cette culture gay. Bien que l’ouvrage soit davantage centré sur la France, le lecteur pourra également découvrir les grandes figures du mouvement à l’étranger comme Virginia Woolf ou Pasolini. Un dictionnaire de référence pour tous les curieux de culture.

 

 

 

 

 

Harvey Milk, Randy Shilts

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On poursuit ce classement avec la biographie de l’un des acteurs les plus importants du mouvement LGBTQ. Harvey Milk fut en 1977 le premier homme politique ouvertement homosexuel à se voir confier un poste au conseil municipal de San Francisco. Dès lors, il n’aura de cesse de lutter contre les discriminations à l’égard de la communauté dans toute l’Amérique. Un homme fort et engagé, qui fut malheureusement tragiquement assassiné seulement onze mois après sa prise de fonction. Témoin de la difficulté des minorités à faire valoir leurs droits, Harvey Milk restera néanmoins une figure emblématique de l’Histoire. Une vie et un engagement passionnants que le réalisateur Gust Van Sant porta à l’écran en 2008. Dans le rôle principal, l’acteur Sean Penn. Sur le même thème, vous pourrez également découvrir l’ouvrage de Safia Amor : « Harvey Milk : non à l’homophobie ».

 

 

 

 

Rainbow warriors, Ayerdhal 

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Enfin, on termine ce top en beauté avec un roman loufoque et déjanté. « Rainbow Warriors », c’est l’histoire d’un général de division, Geoff Tyler, qui va contre sa volonté être mis à la retraite. À la place, il se voit confier la direction d’une armée privée. L’objectif est simple : parvenir à faire tomber le dictateur d’un État africain afin de permettre le bon déroulement des élections. Tout semble se dérouler sans accroc à un détail près : l’armée est majoritairement composée de personnes issues de la communauté LGBT. Un thriller à la fois intense, rempli d’émotions et surtout irrésistiblement hilarant. Un ouvrage  politiquement incorrect qui fait du bien !

 

 

 

 

 

N’hésitez pas à nous dire quels sont les romans LGBTQ qui vous ont marqués et inspirés.

Rencontre avec Flore de Cathène, auteur de «Aubes de fiel»

Flore_de_Cathène_EdilivrePrésentez-nous votre ouvrage ?
« Aubes de fiel » c’est l’enquête de la P.J, conduite par l’inspecteur Combe, sur les deux meurtres de deux adolescentes libertines et amantes.
Celle-ci révèle tout ce qui se conserve sous le sceau du secret : secrets de famille intergénérationnels, secrets de couple, dénis et tabous sur les mœurs.
Cependant les comportements de tous les protagonistes qui se sont affranchis des codes de conduite, au mépris de toute morale et des lois, vont être portés au grand jour.

Que signifie le titre ?
En raison de l’extrême jeunesse des acteurs du roman (victimes et prédateurs) qui sont à l’aube de leur vie : mais des vies qui se construisent sur des pratiques en marge des règles de moralité et de normalité, au demeurant ce sont des constructions sur des fondations malsaines.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?
La motivation m’est parvenue à partir de mon désir d’écrire un thriller qui se démarque du genre classique et des clichés trop uniformes.
Je souhaitais apporter ma pierre à l’édifice, en calquant mon récit sur une réalité plus proche de notre époque. J’y relate la pratique de la sexualité de plus en plus précoce, chez les adolescents du XXIème siècle. Ils affichent franchement leurs choix et se délestent des interdits, au profit d’une liberté à part entière. Mais dans mon roman, cette liberté a un prix et il est fort !

À quel lecteur s’adresse cet ouvrage ?
C’est un livre grand public, mais public adulte.
Il comblera le lecteur en quête d’un renouveau dans le roman policier, où les situations les plus ambigües sont l’écho de celles existentielles rivées dans les non-dits.

Pourquoi avez-vous choisi d’écrire un roman policier ?
Comme il en a été pour mes précédents romans, j’avais l’idée de ce récit inspiré par des brides d’histoires vraies, que j’ai fortement romancé. Et c’est tout naturellement que l’histoire basée sur deux crimes, est entrée dans le cadre de l’environnement judiciaire. L’inspecteur Combe y est omniprésent : il reçoit toutes les informations, ce qui a pour résultat, que parfois, les auditions des témoins se déclinent en confidences douloureuses, fautes d’avoir été lourdement conservées dans le silence.

Inceste, pédophilie, meurtres, d’où vous viennent toutes ces idées ? Comment avez-vous réussi à décrire tout cela dans un seul livre ?
L’inceste et la pédophilie (et même la porno-pédophilie) alimentent régulièrement les chroniques de la presse. Ce sont là des actes qui appartiennent à la triste réalité de la vie !
De par mon chemin de vie, j’ai été amenée à rencontrer les auteurs et les victimes de ces méfaits. Il m’a été relativement facile de relater certaines scènes.
Compiler les deux thèmes principaux du texte, inceste et pédophile, est le fruit de l’imagination : la plume transcrit ce que lui dicte l’esprit.

Quel message avez-vous voulu transmettre à travers ce livre ?
Je n’avais aucune idée préconçue en écrivant «Aubes de fiel». Toutefois si je devais formuler un message, il serait de prôner la clémence, et de bannir à jamais l’homophobie qui n’a aucune raison d’être. Le monde a changé et le cœur des hommes doit changer avec lui. La société actuelle est exposée à de nouvelles préoccupations sérieuses, alors laissons les hommes et les femmes s’aimer comme ils le souhaitent : l’amour reste l’amour quel que soit la forme qu’il prend !

Où puisez-vous votre inspiration ?
Elle est innée : je n’avais que 7 ans lorsqu’une de mes institutrices décela mon don.
J’ai des milliers de scénarii en tête, et tout le restant de ma vie sera insuffisant pour les coucher sur papier.

Quels sont vos projets ?
Un second policier, bien évidemment !

Un dernier mot pour les lecteurs ?
Je les invite à découvrir l’univers de «Aubes de fiel», une histoire , certes avec des mœurs en marge de la moralité qui sont le piment du récit, mais également beaucoup d’émotions de ceux qui se sont eux-mêmes blessés pour ne point s’être conformés à l’universalité .
L’universalité qui est tout à tour mortifère, mais celle justicière qui rejette et bannit la différence dès lors qu’elle ne s’inscrit pas dans l’ordre des choses établies.
« Aubes de fiel » se déroule au pied du massif des alpilles, dans le joli village de Maussane-les-Alpilles, là où l’accent du midi est convoyé dans le «Mistral».

 

Rencontre avec Mandy Vila, auteure de « Homophobia »

Mandy_Vila_EdilivrePrésentez-nous « Homophobia » en quelques mots ?
Au départ, l’ouvrage devait s’appeler « Le parfum des roses », ce n’est qu’à la fin de l’écriture que j’ai opté pour « Homophobia », qui pour moi, est un titre plus fort et plus aguicheur, sans aucune vantardise de ma part bien sûr. Cette nouvelle est en partie basée sur des faits réels, des témoignages. Elle parle d’une jeune femme harcelée sous le prétexte de son homosexualité, des gens et de leur intolérance en terme général. Cette intolérance aurait pu être montrée par le biais du racisme ou d’autre chose mais ici, c’est de l’homophobie dont il est question.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?
La vie est sale, il faut se l’avouer. Être gay ou lesbienne en 2014 n’est pas une chose simple et plus d’un ne s’amuse pas à crier son homosexualité sur les toits. Certains en sont fiers mais certains en souffrent. Il y a la peur du regard des autres certes, mais également l’acceptation du véritable moi. J’ai lu beaucoup de témoignages dans lesquels les personnes en question avouaient avoir eu du mal à s’accepter telles qu’elles étaient réellement. L’année 2013 a été l’année du mariage gay et il y a eu plusieurs polémiques autour de toute cette histoire. Même encore aujourd’hui, on peut voir des personnes protestant contre cette loi pourtant acceptée par le gouvernement. L’écriture de la nouvelle s’est faite en été 2013, au cœur de l’actualité donc. Je me suis sentie terriblement honteuse de l’espèce humaine quand j’ai vu tout ce qu’il s’était passé. Encore aujourd’hui, j’ai pu entendre aux informations qu’un couple d’homosexuels s’est fait tomber dessus par des personnes qui ne tolèrent pas leurs identité sexuelle. Toutes ces histoires d’homophobie me révoltent. Je ne comprends pas l’intolérance. En écrivant cette nouvelle, je voulais pointer du doigt l’impact que l’attitude de certaines personnes peuvent avoir sur d’autres. Ce genre d’ « amusement » est du harcèlement. Je voulais montrer à mes lecteurs à quel point tout ceci est grave, à tel point que des personnes en viennent à se suicider. L’année dernière, avec le clip « College boy », (qui pointe du doigt le harcèlement à l’école et l’homophobie), le groupe Indochine a fait fort. Ils ont fait polémique en montrant des images fortes pour dénoncer la violence, ce qui en a fait réagir plus d’un. Donc je dirais qu’« Homophobia », c’est un peu mon « College boy » à moi.

A quel lecteur s’adresse votre ouvrage ?
Tout le monde peut le lire, c’est un livre tout public. Autant à des adolescents qu’à des personnes plus matures. Je le pense accessible à tous, notamment au niveau de l’écriture. Après, tout dépend des goûts de chacun. Il faut aimer ce genre de récit. Dans cette nouvelle, je pense qu’il est préférable de se tourner vers l’aspect psychique d’Annabelle que sur l’aspect aventurier, inexistant dans le livre. Ensuite, je pense qu’il faut un minimum s’intéresser à l’actualité pour savoir ce qu’il se passe. On ne peut comprendre sans savoir un minimum de choses. Sinon, le genre de lecteur importe peu tant qu’il se sent intéressé par le sujet en question, pour moi c’est le principal.

Quelles sont les principales qualités de votre livre ?
Prôner les qualités de son propre ouvrage est une tâche difficile pour tout auteur selon moi car il peut très vite tomber dans la vantardise, ce que je ne cherche pas à faire. Mais si je devais dire du bien de ma nouvelle, je dirais qu’une de ses principales qualités est qu’elle est dans l’air du temps par son sujet engagé. Mais sujet qui ne peut pas plaire à tout le monde évidemment.

Quelles ont été vos sources d’inspiration pour écrire cette nouvelle ?
Comme je l’ai dit tout à l’heure, cette nouvelle a été en partie construite sur des faits réels. L’histoire d’Annabelle et de Carla sont fictives bien sûr mais pas complètement. Un mois avant avoir commencé la rédaction, un suicide a eu lieu dans mon village voisin. La fille avait 22 ans, était homosexuelle comme Annabelle mais s’appelait Anaïs. Elle s’est donnée la mort un matin du mois de juin par pendaison, tout comme l’héroïne de ma nouvelle. Quelque part, c’est sa mort qui a donné naissance à mon histoire, je voulais lui rendre hommage à travers cette nouvelle. Ensuite, la rédaction se construit sur tous les éléments lus dans les témoignages. Les lettres d’insultes, les humiliations, les œufs brisés dans la boîte aux lettres et le mot « virus » pour désigner une personne homosexuelle dont je parle dans le livre sont tirés de ces témoignages. Je n’ai rien inventé. En revanche, j’ignore si Anaïs s’est suicidée pour la même raison qu’Annabelle. C’est une pure invention de ma part ou bien je suis devin peut-être, qui sait ? En tout cas, ce suicide n’a pas été décidé au hasard, je pense que les gens ne peuvent prendre conscience de quelque chose tant qu’il n’y a pas un événement qui les frappe. Donc, peut-être que beaucoup trouveront cela exagéré et poussé à l’extrême du pathétique et du tragique mais c’est ma façon à moi de marquer quelque chose. Quelque part, je l’avoue, je me fiche des « qu’en dira-t-on ? ».

Aujourd’hui, quel serait le plus beau compliment qu’un lecteur puisse vous faire ?
Je fabule sans doute un peu, mais l’aboutissement de ma nouvelle serait qu’une personne homophobe me contacte en me disant qu’il réalise combien ses actes ont pu être honteux. Ce serait le plus beau compliment. Ensuite viennent les compliments plus classiques mais qui ont sont tout aussi agréables à entendre comme par exemple des compliments sur mon style d’écriture, sur le sujet abordé ou bien des personnes me demandant de poursuivre mes projets. Je pense que ce sont des compliments que tout auteur aime recevoir.

Vos projets d’écriture pour l’avenir ?
Je suis actuellement plongée dans l’écriture de mon premier roman et cela depuis janvier 2014. Le titre provisoire est « Salinger mon amour ». En quelques mots, il parle d’un garçon fasciné par Holden Caulfield, le personnage imaginé par l’auteur Salinger dans son roman « L’attrape-cœurs ». Tim, le héros du roman est un personnage très perturbé et marginal sur les bords. Il ne souhaite qu’une chose, quitter ce monde où il se sent trop différent. Un jour, il rencontre un vagabond dans les nuages et se lie d’amitié avec lui. Mais ce garçon ne connaît rien de la vie sur terre. Il rêve de la vie qu’a Tim et Tim rêve du style de vie du vagabond. Dans ce roman, je tente de faire ressortir le mal-être qu’un adolescent peut ressentir, à ma manière. Je pense que beaucoup de jeunes adultes pourront se reconnaître dans le personnage de Tim, un ado torturé, révolté et fervent d’humour noir. Mais le roman n’étant pas encore terminé, j’ignore s’il est destiné à la publication. En revanche, une amie et moi, pensons de plus en plus à un recueil de poésie réalisé à quatre mains mêlant un univers autant mélancolique que Parisien et autant sombre qu’onirique. Nous songeons à le commencer l’été prochain.

Un dernier mot pour les lecteurs ?
J’aurais aimé m’adresser aux lecteurs à la manière de Baudelaire, cependant le talent de ce maître n’est pas entre mes mains donc je voudrais simplement remercier mes lecteurs de me lire, d’apporter de l’attention à ce que je fais car après tout, mes ouvrages n’existent qu’à travers eux. J’ai déjà eu beaucoup d’avis très satisfaisants sur « Homophobia » et je me sens obligée de produire à présent quelque chose de meilleur afin de ne pas les décevoir, mais l’écriture me fascine, ce n’est pas du travail pour moi ou bien disons que c’est un travail plaisant et surtout enrichissant. Merci beaucoup de m’avoir reçue pour cette interview.
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