Interview écrite


17 décembre 2017
Posté par
Éditions Edilivre

Rencontre avec Michel Rodriguez, auteur de « SELENEOMETRY – Tome 1 »

Présentez-nous votre ouvrage

Ce livre est la première partie d’un roman d’anticipation dont la trame sert essentiellement de prétexte à présenter une « initiation curieuse et heureuse à la géométrie », à travers une expérimentation pédagogique imaginaire dans un futur assez proche … 2073.

 

Pourquoi avoir écrit ce livre ?

Depuis que j’enseigne les mathématiques, de la maternelle à l’université, je ressens une évolution sensible au niveau du corpus scientifique enseigné aux élèves entre 6 et 17 ans… Des lignes de forces se dégagent, avec deux dominantes inquiétantes :

  • moindre importance donnée aux techniques de calcul.
  • disparition progressive de l’enseignement de la géométrie élémentaire

L’inquiétude sur le premier point est très facile à faire partager, et chacun comprend assez facilement le handicap que représente une formation insuffisante alors que notre monde se numérise toujours plus et que les « calculateurs » (ordinateurs) s’imposent dans toutes les activités humaines et dans tout notre environnement. Il n’est pas bon pour l’éveil mathématique que l’élève devienne à ce point « dépendant » de sa calculatrice et ne maîtrise pas ce qu’il en fait.

La deuxième inquiétude est plus subtile, mais non moins profonde : La géométrie est le domaine de prédilection du raisonnement hypothético-déductif. Ce n’est pas le seul, mais il présente de nombreux avantages sur ses « concurrents » :

  • L’activité géométrique instaure une connexion toute particulière entre le cerveau, les yeux et la main de celui qui la pratique. Tâtonnements, essais-erreurs, conjectures, contrôles visuels ou instrumentaux, sont autant de cheminements qui ouvrent la voie au raisonnement, et qui le confortent …

  • Faire de la géométrie, c’est créer du sens et du langage, bref de la pensée, en évitant une grande partie de ce qui la « pollue » dans des situations plus concrètes, notamment les ambiguïtés de langage.

  • Les propriétés géométriques s’adressent à la raison, et exclusivement à elle, en laissant de côté ce qui pourrait perturber le débat, principalement ce qui relève de l’affectif ou de l’opinion : conjecturer, ce n’est pas émettre un avis, mais seulement décider d’explorer en priorité une piste plutôt qu’une autre…

Faire moins de géométrie, c’est donc en pratique, se priver de la meilleure initiation à la logique dont on dispose !

C’est en définitive un choix qui fragilise d’avance ce que sera l’esprit critique de nos enfants, en les condamnant à accepter plus tard comme indiscutables les faux raisonnements que leur présenteront les publicitaires, les communicants, les commerciaux … et les politiciens… de tout poil !

La formation de l’esprit critique par une bonne initiation à la logique me paraît tout bonnement un enjeu de salut public à l’époque et dans ce monde où nous vivons, dans lequel se diffusent toujours plus facilement les idéologies, les endoctrinements, et les manipulations ! Et la géométrie  contribue à la formation de l’esprit critique pour autant qu’elle soit bien enseignée

Malheureusement, alors que la France était un des derniers bastions de cet enseignement déjà largement abandonné à l’étranger, en quelques décennies, sa pratique s’est mise à ressembler à la leçon de choses des années 60 : Au lieu de poser des problèmes géométriques consistants, et de les résoudre en se fabriquant au passage les outils conceptuels nécessaires, on se contentait de présenter des figures, des propriétés, des théorèmes en privant les élèves d’un tas de situations curieuses, qui auraient permis de les mettre en place naturellement, logiquement, dans un souci de cohérence qui préfigure ce qu’est la démarche mathématique dans son ensemble … Un grand rendez-vous manqué !

 

À quel lecteur s’adresse votre ouvrage ?

Les premiers lecteurs espérés, à cause de la dimension militante de l’ouvrage, ce sont les enseignants de mathématiques, actuels ou futurs, de l’école primaire au lycée …

Mais toute personne curieuse de mathématiques, et d’un niveau d’études minimal de collège, devrait pouvoir y trouver un intérêt, et qui sait, pour certains, une réconciliation avec cette discipline géométrique, dont ils ne percevaient pas les enjeux lorsqu’on leur a enseignée, et qui en ont gardé un souvenir amer.

 

 Quel message avez-vous voulu transmettre à travers ce livre ?

Dans une France où on s’inquiète de voir les vocations scientifiques et mathématiques se faire de plus en plus rares, je veux rappeler que ce n’est pas l’utilité des MATHS qui amène à choisir ces études-là, mais bien le plaisir qu’elles donnent à les pratiquer, l’émerveillement devant leur efficacité à rendre compte des phénomènes qui nous entourent, et ce sentiment sans cesse renouvelé qu’on n’aura jamais fini de les explorer !

 

Où puisez-vous votre inspiration ?

En ce qui concerne les situations didactiques décrites, je ne peux pas prétendre qu’elles ont été vécues « telles quelles » dans mes cours, mais ce sont bien des activités pratiquées dans mes classes, où je m’autorise de temps en temps du « hors-piste »,  qui les ont inspirées.

Pour le reste … Je dois bien reconnaître qu’il y a beaucoup de moi dans mon personnage principal, et la vision du monde politique, social, éducatif, que je brosse pour 2073, ne me semble pas trop détaché de ce que notre histoire récente peut nous permettre de prévoir …

 

Quels sont vos projets d’écriture pour l’avenir ?

… Bien évidemment le Tome 2, puisque l’aventure ne fait que commencer aussi bien pour son aspect « voyage interplanétaire », que pour son aspect initiatique à la géométrie …

En revanche, je garantis que le tome 2 marquera la fin de l’aventure.

 

Un dernier mot pour les lecteurs ?

Voilà 20 ans que je me suis lancé dans cette démarche d’écriture …

Mais je tiens à rassurer le lecteur : Le tome 2 sera prêt d’ici un an … promis !