Interview écrite


20 mars 2018
Posté par
Éditions Edilivre

Rencontre avec Darius Anzi, auteur de « Le Retour des colons »

Présentez-nous votre ouvrage

S’il y en a un pour lequel j’ai travaillé avec sincérité, c’est bien Le retour des colons. Pour le sérieux que je lui voulais, c’est de tout mon cœur que je l’ai conçu, en mettant en valeur tout ce que j’ai de meilleur à l’intérieur, pour qu’il soit aujourd’hui cette œuvre théâtrale du sous-genre Comédie, une comédie à la Molière, d’un ton durci à la Césaire, le tout encré dans un style plus ou moins racinien. Il est composé de trois Actes au sein desquels se trouvent naturellement des scènes. Le développement de l’Afrique est-il réellement possible ? Voilà la question rhétorique qu’il faut se poser avant d’espérer parcourir les 110 pages de ce livre.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?

J’ai l’envie de me réjouir de m’être intéressé à mon continent très tôt, car, c’est en classe de Terminale que j’ai commencé à écrire ce livre. J’étais vraiment sincère de savoir par quel moyen le développement de l’Afrique arriverait. Je ne suis guère pessimiste quant à cette thématique, je ne veux être ni optimiste, ni sceptique : je voulais seulement savoir comment cela arriverait si ça le devait. Je suis donc allé chercher des réponses et croyez-moi, ça n’a pas été inutile que je me fusse donné cette peine. Le retour des colons donc, est une sorte de condensé de tout ce que l’on m’a dit, et j’ai trouvé pertinent de le publier pour aucune autre raison que celle du partage.

Et vous l’avez justement intitulé « Le retour des colons » ; voudriez-vous dire par là que ce sont les colons qui retourneront développer l’Afrique ?

De toute façon il n’y a plus de colon aujourd’hui… Et même si psychologiquement le Blanc demeure le colon, mon titre n’est pas le retour des « Blancs ». Mais la pertinence de votre question réside dans le fait que certains Africains pensent, disent, et croient qu’ils peuvent développer l’Afrique sans l’apport des Blancs. D’autres en revanche, trouvent qu’aucun développement n’est possible pour l’Afrique que par les Blancs. Et moi, face à ces positions antithétiques, j’ai rencontré des enfants, de simples enfants qui m’ont fait comprendre que le développement pour eux, n’est pas une affaire de Beauté mais une question d’Unité, unité de race, d’idéologie, unité de peuple, peuple comme Humanité. J’ai cru qu’ils n’avaient pas tort.

L’homme qui se trouve être votre mentor, Amadou Koné, a dit dans Les frasques d’Ebinto : « La colonisation est un mal, un espoir, un bien » et vous, vous rétorquez dans Le retour des colons : « La colonisation n’est ni un mal, ni un bien mais l’intermédiaire des deux. » Auriez-vous osé vous en prendre à votre maître ?

Aristote disait un jour à son élève Alexandre que ce sont les choses elles-mêmes qui l’ont instruit et lui ont appris à ne pas mentir. Nous savons tous pourtant que c’est Platon qui a formé Aristote ! Amadou Koné est mon écrivain préféré, mon maître. Il m’apprécie bien et ne cesse de m’encourager à aller le plus loin possible. Toutefois, je ne suis pas d’accord avec lui parce que l’Africain qui dit aimer la culture africaine, et qui aspire réellement au développement de l’Afrique, n’enseigne pas l’Afrique, loin de l’Afrique ! Quand on veut le développement de l’Afrique, on ne fuit pas sa misère car il n’est jamais assez de vouloir ; il faut agir, autrement, c’est de l’hypocrisie, et il faut bien quelqu’un pour le dire.

Quel message avez-vous voulu transmettre à travers Le retour des colons et quelle en est la cible ?

Les Africains ont un grave tort et les Blancs commettent une énorme erreur. Le tort des Africains, c’est qu’ils croient que l’Afrique est à eux seuls. Résultat : ils s’obstinent à entretenir le mythe Colonisationnel et s’acharnent avec sadisme contre les Blancs jusqu’à ce jour. L’erreur des Blancs, c’est qu’ils croient que le monde est à eux, et qu’ils peuvent se parader en Afrique avec mégalomanie sans souci. Le monde n’appartient pas aux hommes, ce sont les hommes qui appartiennent au monde. Le développement de l’Afrique donc, n’est nullement l’affaire des Africains ou des Blancs, mais celle du monde, de tout le monde. Il est grand temps que chacun se range, car, comme le disait Bob Marley, Il faut un même Amour, un Même cœur et quand nous serons unis, tout ira bien.

Pensez-vous que ce message est digne d’être reçu par certains Africains qui vous taxent d’être du côté des Blancs ?

Winston Churchill a dit : « Avoir des ennemis prouve au moins qu’on a combattu pour quelque chose. » En réalité, je ne m’attendais pas à des caresses en écrivant ce livre. Et ceux que j’ai eus sur le dos étaient des costauds, c’est-à-dire mes professeurs titulaires de Littérature Africaine et Théâtre français qui ont piétiné l’article 19 de nôtre Constitution en me demandant d’abandonner ce projet. C’est pourquoi j’ai attendu de quitter l’université pour publier ce livre. Aujourd’hui on tient des sommets UA-UE ici en Afrique, mais mieux, chez moi à Abidjan ! Or, c’est bien ce que j’ai dit 7 ans plus tôt, et que mes maîtres n’ont pas compris… « Le retour des colons » n’est pas du tout une œuvre subversive. Je ne suis du côté de personne, j’aime l’Afrique, mais je ne l’aime pas plus que toutes ces âmes utiles que le Dieu que j’adore a pris son précieux temps pour façonner. Je me réjouis que ce soient les jeunes qui ont compris que leur continent est une terre d’Hospitalité qui m’aient soutenu, car, le vrai développement dont l’Afrique a besoin partira de la jeunesse du monde entier, non de ces vieux qui ont fait ou qui font encore leur temps.

En 2009 quand vous écriviez ce livre, vous aviez l’intention d’en faire un roman. Puis soudain en 2010, vous le transformez en théâtre. Qu’est-ce qui a suscité cela ?

C’est Césaire qui a dit que le théâtre est le meilleur moyen de faire prendre conscience. Il mettait l’accent sur la portée réaliste de ce genre littéraire, contrairement au roman et son étiquette de fictif. J’ai choisi le théâtre parce que je voulais faire un livre vrai, et le théâtre n’est pas fait pour mentir, mais pour réfléchir.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?

Le paragraphe 2 de l’article 24 de la Constitution ivoirienne dit très exactement : « La liberté de création artistique et littéraire est garantie. » Tant que cela sera valable, et que Dieu m’inspirera, j’écrirai. Mais par-dessus tout extrême, je ne compte que sur la grâce de Dieu.

Darius ANZI, que pouvons-nous retenir de cet entretien ?

Le développement signifie bien-être. Et ce sont les Africains qui ont besoin de s’épanouir, et cela n’arrivera pas s’ils ne choisissent pas de guérir définitivement de la colonisation et ses avatars, pour travailler en restant en Afrique pour que cette belle histoire, l’histoire du développement de leur continent s’écrive avec le stylo des Blancs et l’encre de leur contribution. Je vous remercie.