Interview écrite


24 avril 2013
Posté par
Edilivre

Rencontre avec Yann Harcourt, auteur de  » Dernier Dimanche de campagne  » 

Yann_Harcourt_EdilivrePouvez-vous nous dire quelques mots au sujet de Dernier Dimanche de campagne ?
L’histoire s’est imposée parmi d’autres et sans être mystique, je peux dire que c’est elle qui a déclenché le passage à l’écriture. L’écriture de ce roman n’est pas un acte conscientisé, d’ailleurs, le contexte de l’histoire est assez éloigné de mes préoccupations du moment. Dernier dimanche de campagne, c’est cinq années d’écriture discontinue puisque je n’ai écrit que pendant les vacances d’été, tous les après-midis pendant deux à trois semaines selon le programme familial d’activités, c’est trois cahiers à spirales de 182 pages de texte, de ratures, de gribouillis.

Pourquoi avez-vous choisi la forme romanesque ?
Je n’ai pas choisi la forme et l’histoire se présentait comme cela. Je n’ai jamais songé que cela puisse être autre chose qu’un roman.

Votre ouvrage met en scène un personnage central, Pierre, qui « attend ». Développez-vous essentiellement les motifs de l’attente et de l’ennui dans votre ouvrage ?
Pierre a besoin de cette attente pour être convaincu de ses choix. Il a été, est encore acteur; ce dimanche est un temps de pause qu’il a prévu mais qu’il maîtrise mal parce que, comme tout un chacun, il appréhende le moment où son action va se concrétiser.
Cette attente engage un questionnement sur le bien-fondé de son projet, sur le regard qu’il a de lui-même. Il doute. Il aimerait être déjà à la fin de cette journée pour connaître l’orientation de son action et savoir de quelle manière cela y répond. Il ne peut pas y avoir ennui car il n’y a pas dedésintéressement du moment présent ni de l’après.

Le thème de la désillusion est-il aussi présent ?
Le dimanche qui marque le moment de cette histoire est la transition entre un monde découvert dangereux dans lequel on peut y perdre l’âme, après la naïveté de l’exaltation des premiers temps, et le choix d’une vie plus en adéquation avec ses valeurs. Le temps de la désillusion est passé au moment où commence l’histoire. Le roman raconte, à travers le cheminement personnel d’un homme, comment celui-ci est allé au-delà de la douleur que la désillusion a fait naître.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur le héros de votre récit ?
Pierre est plutôt un antihéros; il a connu l’échec, il a du mal à maîtriser ses émotions, se réfugie dans les souvenirs. Au début du récit, tout est confus en lui, il y a une forme de lourdeur à laquelle participe l’écriture. Au fil des heures qui le séparent de la délivrance, on accède à son humanité et donc à sa fragilité. Pierre est à la recherche de son unité perdue, sa crainte est que la fin de l’attente ne le laisse fragmenté.

S’agit-il d’une introspection de Pierre dans votre roman ?
Ce n’est pas une introspection du personnage lui-même mais une invitation faite au lecteur à le regarder de l’intérieur, à partager ses souvenirs, à ressentir ses émotions et à vivre les évènements. L’introspection n’est que le fait du lecteur qui s’insinue en Pierre.

Choisissez-vous la première ou la troisième personne du singulier pour exprimer les pensées de votre personnage ?
J’ai trouvé intéressant d’écrire à la première personne pour faciliter cette introspection, permettre au lecteur d’entrer plus facilement dans le personnage et de vivre intérieurement ces dernières heures. L’enjeu est que le lecteur devienne Pierre le temps de sa lecture. J’ai conçu cette histoire en dix chapitres comme dix étapes, dix temps de lecture. Utiliser la première personne doit favoriser la reprise de la lecture en faisant rejaillir ce vécu par « procuration » et retrouver plus rapidement la « peau » du personnage.

Un dernier mot pour vos lecteurs ?
Je leur souhaite autant de plaisir à lire mon roman que j’en ai eu à l’écrire. Ce plaisir, je le retrouve déjà dans les premiers retours de lecture de ceux qui l’ont déjà acquis; j’espère pouvoir le partager avec le plus grand nombre.