Rencontre avec Thibauld MENKE, auteur de « Arizona Jim »

Dans quel pays habitez-vous?J’habite en Belgique, dans une petite région non loin de la France.

Présentez-nous votre ouvrage ?
Arizona Jim raconte l’histoire de trois types qui braquent un train de nos jours. Affublés de chapeaux de cowboys et armés de revolver, ces salopards ont un plan qui va les rendre populaires. Ce n’est pas un western, comme le titre pourrait l’induire, même si je peine à en cacher l’inspiration. Arizona Jim, c’est plutôt un roman policier, une allégorie de notre société, un conte, presque.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?
Parce que lorsque les gens parlent, personne ne les écoute. Mais quand ils écrivent, on lit leurs premières pages, ça fait tout de suite plus sérieux. J’ai essayé d’adopter un format plutôt court (mon roman ne fait que 170 pages), ceci afin de ne pas trop choquer le lecteur. Il peut ainsi voyager de Twitter à Arizona Jim sans trop de difficultés.
Je pense sincèrement que, de nos jours, l’art est l’unique moyen d’expression pure. On ne peut plus s’exprimer sans avoir peur de choquer, de renverser l’ordre établi, de questionner ce qui parait évident. C’est ce que j’ai essayé de faire. Et si tout ce qui nous entoure était faux ? Ou plutôt : si tout ce que l’on pense irremplaçable, au fond, l’était ?

À quel lecteur s’adresse votre ouvrage ?
Majoritairement des adultes, jeunes et moins jeunes, je pense qu’il faut une certaine maturité d’esprit pour comprendre le sens caché du texte. Une bonne dose de pessimisme aussi. Je devrais demander à Edilivre de distribuer mon roman dans le métro ou dans les salles d’attente du Pôle Emploi.

Quel message avez-vous voulu transmettre à travers ce livre ?
Que nous ne devons rien attendre, mais que tout est accroché à notre ceinture. J’utilise une rhétorique que l’on retrouve dans les romans populaires, mais au lieu de l’utiliser pour plonger le lecteur dans une léthargie, qui ne se terminera qu’à la sortie d’un prochain roman qui engrangera des milliers d’euros, et autant de téléspectateurs scotchés devant leur poste, je leur donne les clefs pour comprendre la manière dont ils sont traités. Le revolver de Jim n’est pas, contre toute attente, l’arme qui détruira leur vie, mais au contraire celle qui éveillera leur conscience. C’est un « pan » d’attraction, non un parc de la non-action. Du moins, c’est ce que j’ai tenté de faire. Nous avons les armes dans nos mains, mais, seuls, nous sommes trop petits. Il ne reste plus qu’à trouver la motivation pour écouter ce message.

Où puisez-vous votre inspiration ?
Majoritairement de la culture populaire, du cinéma et de la musique. J’essaye de multiplier les références pour ne jamais oublier d’où je viens. L’art visuel a beaucoup d’importance pour moi, il me propose des matériaux que je sculpte avec le verbe. Lorsque j’écris, j’ai toujours des images et des sons en tête. Si la littérature a influencé le cinéma, il serait intéressant de remarquer comment aujourd’hui le cinéma a influencé la littérature. Ce que je trouve frustrant dans la lecture, c’est que nous sommes seuls. Au cinéma, je partage les germes de mon voisin, son genou touche le mien, et même si nous ne nous connaissons pas, je ne peux nier le caractère collectif de cette forme d’art.

Quels sont vos projets d’écriture pour l’avenir ?
Je ne suis pas un écrivain compulsif, je peux rester des semaines sans produire une phrase. Mais les images qui font ma littérature apparaissent toujours à ma conscience, comme des visions. C’est difficile à croire, mais si vous me voyez dans un sofa les yeux fermés, c’est certainement que j’écris.
J’ai d’abord voulu écrire une suite à Arizona Jim, mais les contraintes du monde de l’édition font que nos désirs sont stoppés par toutes les conditions qu’il faut remplir pour y entrer. N’étant pas un fanatique de cette compétition, j’ai décidé de partir sur un autre terrain.
Mon prochain roman sera plus expérimental, je réfléchis à des théories sur la littérature depuis plusieurs années, et j’aimerais beaucoup les mettre en pratique dans une histoire qui me plairait vraiment. En attendant, vous pouvez suivre une nouvelle que je publie sur Twitter à raison de trois messages par jour (@demantibulehk).

Un dernier mot pour les lecteurs ?
Lisez et lisez, élisez aussi, car tout est lié.