Interview écrite


25 novembre 2016
Posté par
Guillaume

Rencontre avec Théodore Ngoy Lulaba, auteur de « Afrique noire : Du refus de développement à la résignation ? »


Théodore_Ngoy_Lulaba_EdilivreOù habitez-vous ?
J’habite actuellement à Bruxelles. Né à Lusambo au centre de la RDC, j’ai passé mon enfance à Kinshasa. Mes études universitaires ont été accomplies en Belgique. J’ai travaillé à la sidérurgie de Maluku et à la société financière de développement –Sofide- à Kinshasa. Je partage mon temps entre la Belgique et le Congo.

Présentez votre livre
Mon livre est un essai. Il porte à dessein un titre provocateur. A partir de l’exemple de la sidérurgie, je démontre le non-décollage économique du géant de l’Afrique noire. Ce pays dont Franz Fanon avait dit qu’il était la gâchette de l’Afrique. La métallurgie du fer a développé d’autres régions, pourquoi pas l’Afrique noire où elle avait été aussi pratiquée ? Le livre analyse des causes profondes et secondaires. Il dénonce le mécanisme par lequel subtilement l’Afrique est maintenue et se maintient dans la léthargie. Enfin, il évoque les raisons de rester optimiste en s’appuyant sur l’exemple des pays émergents.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?
J’ai écrit ce livre parce que je constate, et je ne suis le seul, que le dicton « Qui n’avance pas, recule » est plus que vrai en Afrique noire. En tant qu’Africain je me sens interpellé. J’ai voulu partager cette interpellation. Nous sommes témoins du progrès technique qui facilite la vie des citoyens dans les pays dits développés. Dans la même période, la vie de l’africain moyen, dans certains de nos pays, devient de plus en plus difficile. Le paysan cultivateur n’arrive plus à évacuer ses produits puisque la route a été remplacée par un sentier. Je vise une prise de conscience de l’Africain selon laquelle il doit mieux défendre ses intérêts au regard de la mondialisation. A ce que je sache, les multinationales n’ont jamais œuvré pour un véritable ancrage de développement en Afrique noire.

A quel lecteur s’adresse votre ouvrage ?
L’interpellation est faite à l’adresse de l’intelligentsia d’abord, parce que c’est elle qui dirige. En second lieu, nous voulons atteindre la jeunesse, elle qui constitue l’avenir de toute nation. Elle doit être mise au courant des erreurs éventuelles que les anciens auraient commises en vue de les éviter, le cas échéant. Nous serons heureux si nous captivons aussi l’attention des investisseurs privés. A vouloir tout gagner, on risque de tout perdre. Les contrats win-win vont s’imposer demain, comme manière de faire des affaires. La corruption, comme vice, sera toujours combattue. Enfin, nous espérons que les différents partis politiques du continent africain pourront lire le livre. L’ouvrage parle effectivement de certaines pistes susceptibles de mener vers un développement industriel véritablement ancré sur le terroir. Ce qui pourrait faire l’affaire d’un programme de gouvernement.

Quel message avez-vous voulu transmettre à travers ce livre ?
Le message est multiple, en fonction du lecteur. Cessons de rendre les autres comme seuls responsables de nos malheurs. Mondialisation oblige, ils sont certes responsables, mais la nôtre est plus grande. Le monde n’est pas fait pour des faibles ni des pleurnichards qui attendraient l’aumône des pays riches. L’Afrique ne doit pas faire le jeu de ceux qui souhaitent qu’elle demeure à jamais source des matières premières. Les projets promus en Afrique pour son développement, doivent viser une véritable émancipation économique. A la place nous assistons à des projets d’évacuation de matières premières avec de faibles valeurs ajoutées locales. Il appartient au dirigeant africain de négocier des contrats win-win. Actuellement ce vœu reste une pure propagande.  Pourtant la dignité que l’Homme noir réclame est à ce prix. Au niveau collectif, l’organisation supranationale (UA) devrait livrer le combat de l’émancipation économique, le combat des populations contre les dirigeants corrompus et imposés de l’extérieur.

Où puisez-vous votre inspiration ?
A mon âge, j’ai vu beaucoup de choses. J’ai vu l’usine sidérurgique de Maluku sortir du sol et être abandonnée. Grâce à la société financière de développement (Sofide), j’ai parcouru le Congo profond et constaté le mode de vie de la population. Je puise mon inspiration dans l’évolution de la vie d’un jeune africain moyen. Naturellement le spectacle des boat people dans la méditerranée, et la manière dont ce dossier est traité par les européens ne peuvent qu’interpeller.

Quels sont vos projets d’écriture ?
Le sujet de développement ou d’absence de développement est immense. Ce livre est une interpellation dans un aspect bien déterminé, l’industrialisation par la métallurgie du fer. Je ne doute pas qu’il suscite un débat qui sera source d’autres écritures. Actuellement je prends des notes sur le nivellement par le bas qui se pratique dans certains pays africains. Ce sujet pourra faire l’objet de mon deuxième livre chez Edilivre.

Un dernier mot pour le lecteur ?
D’abord une profonde gratitude à l’égard d’Edilivre qui m’a permis de publier ce livre. Je salue le professionnalisme de toute l’équipe.  Je sollicite l’indulgence du commun de lecteur pour certaines tournures de phrases qui pourraient être incompréhensibles. Le sujet de la métallurgie du fer est assez technique, je ne suis pas certain d’avoir suffisamment vulgarisé les termes.