Rencontre avec Sylvain Moraillon, auteur de « Juridik Park »

Présentez-nous votre ouvrage

Juridik Park est un livre qui traite d’un sujet grave, et d’actualité : ce qu’on appelle le placement abusif, lorsque les services de l’aide sociale à l’enfance placent des enfants en structures ou en familles d’accueil alors qu’ils ne sont pas en danger dans leurs familles ou chez leurs parents, afin de récupérer l’argent des conseils départementaux qui financent, parfois abondamment, les mesures de protection des mineurs.

Ce livre est un pamphlet, qui raconte avec précision comment s’y prennent les délinquants sociojudiciaires pour obtenir, à l’appui notamment de faux rapports d’expertise et d’enquêtes sociales, des placements d’enfants injustifiés et proprement scandaleux. Les enjeux sociétaux et financiers sont gigantesques, d’une part en raison de la logique destructrice à l’œuvre auprès des enfants et des familles, dont le traumatisme dû à la profonde injustice qu’ils subissent est irréparable, et d’autre part parce que les sommes englouties chaque année par l’état, et donc les contribuables au titre de la protection de l’enfance, sont impressionnants : au bas mot, 10 milliards d’euros sont ainsi dépensés annuellement pour « protéger » les mineurs en dangers, mais dans les faits, il n’y aucun contrôle ni sur les dépenses ni sur les pratiques, qui, comme l’a récemment montré un reportage édifiant de France 3 réalisé par le journaliste Sylvain Louvet, sont parfois des pratiques d’une barbarie dont on peine à imaginer qu’elle ait court en France, pays de la République et terre des droits de l’homme.

 

Pourquoi avoir écrit ce livre ?

On ne peut pas faire partie des « sâchants » et ne rien dire, ou ne rien faire. Lorsqu’on enlève un enfant à ses parents au prétexte d’un prétendu conflit parental, ou parce que sa mère présente une surcharge pondérale, ou parce qu’il travaille trop bien à l’école, ou encore parce qu’il est « agité », ou dieu sait quoi encore, en basant la décision de justice sur des éléments mensongers, c’est parce qu’il n’y a en réalité aucun motif de danger légitime justifiant de placer l’enfant. On est face à un abus, volontaire, planifié, à des fins mercantiles : une fois le placement ordonné, le service qui prend en charge la mesure encaisse, dans l’opacité la plus totale, l’argent du conseil départemental. Or, les faits démontrent que dans les dossiers de placements abusifs, l’argent ne profite jamais aux enfants. Il faut par ailleurs la présence et le poids des associations dans les dossiers pour éviter qu’ils ne soient à l’arrivée victimes de maltraitances institutionnelles dans les structures d’accueil elles-mêmes. Les moyens stratégiques utilisés pour obtenir de force une décision de placement par le juge vont très loin : on fait passer les parents pour des délinquants ou des détraqués mentaux, ce qui se traduit par des procédures pénales ou des internements abusifs, dans les cas extrêmes, et tout un système de harcèlement en réseau se met en place autour d’eux pour les fragiliser et les exclure socialement. En découvrant ce trafic d’enfants organisé à l’insu des représentants politiques et du public, qui concerne un tiers de nos départements, j’ai voulu écrire ce livre pour deux raisons principales : la première, expliquer aux parents concernés qu’ils n’étaient pas seuls, et pas isolés, mais qu’au contraire ils étaient victimes d’un système organisé de détournement d’argent public via la protection de l’enfance ; la seconde, alerter les pouvoirs publics afin de mettre le plus rapidement possible un terme à ce fléau, et contribuer à ce que les lois de la République soient enfin respectées dans ce périmètre si particulier qui mêle l’action sociale et la justice, souvent complice et non exempte de lourdes responsabilités.

 

À quel lecteur s’adresse votre ouvrage ?

Ce livre est un témoignage, il s’adresse donc à tous : ceux qui sont directement concernés, les parents et les enfants victimes pour comprendre et rationnaliser leur vécu ; les acteurs publics, seuls aptes à refondre le système pour éviter qu’il reste en l’état, une machine à cash incontrôlable détruisant les familles et les mineurs, avenir de notre nation ; mais également le grand public, qui doit être informé de la réalité de ce scandale afin de faire pression sur les représentants politiques, auxquels il est parfois difficile de faire comprendre la gravité, l’ampleur et l’urgence de la situation.

 

Quel message avez-vous voulu transmettre à travers votre ouvrage?

Juridik Park est un appel au changement : je prône, dans mon engagement associatif en tant que président de la Ligue française des droits de l’enfant et vice-président de Violette Justice, une refonte globale de la protection de l’enfance et une démonétisation du système. L’enfant en danger ne doit plus être considéré comme une marchandise – aucun enfant d’ailleurs. Mais c’est également un message d’espoir à l’intention des parents et des enfants victimes des délinquants sociojudiciaires, pour leur dire haut et fort qu’ils ne sont pas seuls et qu’ils ont les moyens, malgré tout, de faire face et de se défendre, ce à quoi nos associations et quelques autres les aident au quotidien. Enfin et surtout, je l’écris clairement à la fin du livre, nos représentants politiques doivent pour leur part assumer leurs responsabilités et refondre en profondeur la protection de l’enfance. Sur ce terrain, les choses semblent enfin évoluer favorablement. Je réclamais depuis presque deux ans l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire sur l’aide sociale à l’enfance et les pratiques des services concernés : elle est en passe de voir le jour à l’initiative de la député Perrine Goulet, et nous espérons que cette fois ce sera la bonne.

 

Où puisez-vous votre inspiration?

Pour ce livre précisément, je me suis beaucoup inspiré de mon vécu personnel, qui m’a d’ailleurs conduit à découvrir, un peu par hasard, toutes ces dérives. Mais l’abondance des dossiers que reçoivent les associations que je représente a également joué un grand rôle dans ma démarche d’auteur, en me permettant de mettre en exergue les constantes rencontrées par tant de parents confrontés à la délinquance sociojudiciaire. In fine, c’est toujours la même histoire et la même chronologie pour tout le monde. J’ai donc réussi, à l’appui de tous ces témoignages, à établir le « systématisme » évident dans l’orchestration des placements abusifs.

J’ai sacrifié à la tradition du pamphlet pour exprimer une colère républicaine et citoyenne légitime, et il m’a fallu me documenter à travers la presse, auprès des associations ou des services publics, en fouillant dans les rapports parlementaires, à l’Assemblée nationale, au Sénat, à la Cour des comptes, au Journal Officiel, etc… En réalité, le secteur fonctionne de manière tellement opaque qu’il est extrêmement difficile d’obtenir des chiffres ou des informations précises : tout est toujours sous-estimé, voire parfaitement caché.

 

Quels sont vos projets d’écriture pour l’avenir?

Je termine ces jours-ci, enfin, mon prochain roman, qui m’a pris un temps considérable. J’engagerai ensuite l’écriture d’un nouveau livre sur la protection de l’enfance, un livre de propositions cette fois, qui retracera en même temps l’historique de mon engagement associatif en faveur des droits de l’enfant. Enfin, pour la rentrée de septembre, je prépare le prochain volume des Chroniques de Piaffeur, « Comment se faire avoir par un pervers narcissique en 10 leçons (pour ne pas faire pareil).

 

Un dernier mot pour vos lecteurs ?

Oui, avec plaisir : chacun d’entre eux me donne envie de continuer à écrire ! Alors merci à tous !