Interview écrite


14 mai 2013
Posté par
Flora

Rencontre avec Stéphanie Oziol, auteur de  » Turbulences dans le miroir « 

Stéphanie_Oziol_EdilivrePouvez-vous introduire, en quelques mots votre ouvrage ?
Turbulences dans le miroir est une pièce de théâtre dans laquelle mon Moi – mon conscient – et Autre Moi – mon inconscient – s’affrontent. Moi veut connaître qui il est vraiment, sa vérité et surtout s’affranchir de son inconscient qui, comme il le lui reproche, l’a trompé, aveuglé, leurré et in fine fait souffrir. Moi veut faire table rase de son passé, de ses sentiments qui sont autant de chaînes qui l’ont plongé dans une nuit profonde et il ordonne à son inconscient de l’aider, de réparer tout le mal que celui-ci lui a fait. L’arrivée inopinée de l’enfant avec toute sa franchise et sa lucidité va être pour Moi déterminante pour la scission avec mon inconscient. À la fin mon conscient s’en va, laisse derrière lui mon inconscient qui demeure incrédule quant à son départ définitif.

A quelle forme genre littéraire se rattache votre ouvrage ?
Mon ouvrage est une pièce de théâtre; et si j’ai choisi ce genre littéraire pour évoquer le conflit entre mon conscient et mon inconscient, c’est qu’il présente l’attrait d’être court, plus vivant et qu’il offre la possibilité à la pensée d’être plus concise et concentrée. Le genre dramatique est en quelque sorte le reflet de l’empressement de Moi à tirer sa révérence et à continuer son chemin sans son inconscient.

Quel est le registre dominant de votre œuvre ?
Le conflit autobiographique qui oppose mon conscient et mon inconscient ne pouvait être écrit que sur le registre tragico-dramatique. Toutefois, certains passages ont une tonalité comique voire ironique lorsque mes deux entités psychologiques prennent de la distance avec la réalité et surtout se lancent des piques.

Pouvez-vous présenter, en deux mots, les personnages ?
Il n’y a en fait qu’un seul personnage scindé en trois : Moi – mon conscient – veut savoir qui il est et accuse Autre Moi – mon inconscient – de lui avoir masqué la vérité au nom de son boulot de filtre protecteur, et l’enfant qui n’est en fait que celui que mon conscient aurait aimé être. L’enfant a tout compris, tout perçu et a eu le courage de tout laisser, a su se libérer de ses parents, s’affranchir du fardeau de tous les sentiments qui n’étaient que mensonges et souffrances tant ils étaient en totale contradiction avec le désamour qu’il subissait et les coups dans la gueule qu’il prenait. À la fin, seul mon inconscient reste et regarde, incrédule et avec une certaine ironie, mon conscient et l’enfant partir sur leur chemin de vie, débarrassés du poids du passé et sachant qui ils sont maintenant – du moins le pensent-ils !

Le titre de votre ouvrage, Turbulences dans le miroir, renvoie-t-il à la thématique du reflet, du double ?
Thématique du reflet, oui, tout à fait, plus que du double qui implique une duplication à l’identique; mes deux réalités se font face, elles sont devant le miroir de l’introspection; chacune se voit telle qu’elle est, telle qu’elle a été, telle qu’elle aurait dû être et ne pas être. Mon inconscient est mon reflet déformé par le prisme de la barrière protectrice dont il est le garant; il me renvoie l’image de celle que j’étais et qui s’est menti pour se protéger mais qui en réalité n’a fait que s’enliser pour obtenir l’amour de ses parents qu’elle réclamait à corps et à cris. Et in fine, ils ne lui ont donné que désamour déchirant. Quant à l’enfant, il n’est que le reflet idéalisé de l’enfant que j’aurais aimé être. Lorsque nous voulons nous voir tel que nous sommes ou nous déchiffrer, nous comprendre et que nous nous mettons à nu, il est nécessaire que nous nous mettions face au miroir : alors apparaît notre reflet. Un autre moi qu’il faut déchiffrer et apprivoiser. Notre inconscient nous protège mais en nous dissimulant la vérité, il nous leurre, nous façonne, nous emprisonne dans une prison dorée qui perd très vite ses dorures. Opérer cette plongée en nous-même est certes douloureux mais le seul processus qui conduise à notre transmutation. Il s’agit alors d’une véritable re-naissance qui bien sûr ne se fait pas sans douleur ni souffrance mais qui s’avère une authentique libération.

Quels penseurs ou hommes de lettres vous inspirent ?
Ceux qui ont su voir sans fard les hommes et penser le monde avec honnêteté, sans fausse complaisance; Maupassant par ses peintures lucides des hommes, du monde; les personnages de ses contes fantastiques qui me parlent. Schopenhauer tant sa pensée est mienne, Camus et sa philosophie de l’absurde et Rousseau avec ses rêveries solitaires et son contrat social.

Un dernier mot pour vos lecteurs ?
Qu’ils n’hésitent pas à lire ma pièce de théâtre mais surtout à tourner les pages de leur inconscient dont la lecture bien que parfois complexe n’en est pas moins un livre passionnant pour se découvrir et devenir soi-même. L’harmonie avec soi est la clé d’une certaine forme de bonheur.