Interview écrite


23 septembre 2013
Posté par
Flora

Rencontre avec Sassou Koffi B. Etchri, auteur de  » Afrique, altruisme ou réalisme  »

Sassou_Koffi_Echri_Edilivre

Pouvez-vous introduire votre ouvrage, en quelques mots ?
« Afrique, altruisme ou réalisme : du concept de la pauvreté aux intentions proclamées de sa réduction » est une réflexion de 326 pages, élaborée par des Africains inconnus, et qui sont loin des grands lieux de décisions de lutte contre la pauvreté, et présentée à tous les individus du monde en général et à ceux de l’Afrique en particulier. Le livre invite à la prise de conscience qui découle de plus d’un demi-siècle de lutte contre la pauvreté et estime que  celui qui chasse la pauvreté sans penser à la « post-richesse » ou du moins à la « post-pauvreté » apparaît comme un “chasseur sans fusil idéal… ».

Nous pensons dans ce livre que les théories de réduction de la pauvreté qui se renouvellent en Afrique doivent insister beaucoup plus sur une prise de conscience individuelle et collective à la fois sur les tangibles causes du fléau en tout lieu de la planète avec une logique de prise ferme de décisions au niveau des grands dirigeants et des individus lambda du monde. Dans l’ouvragenous nous posons les questions suivantes : La richesse laissera-t-elle la pauvreté s’éliminer ? Et que deviendra la richesse elle-même après la disparation totale de la pauvreté ?

Les auteurs de ce livre pensent que c’est l’impossibilité d’élimination de la richesse dans monde qui emprisonne le possible, c’est-à-dire l’élimination de la pauvreté. Elle conduit les diverses intentions qui se proclament pour la réduction de la pauvreté dans l’impasse. Selon eux, toutes ces intentions de réduction, voire d’élimination de la pauvreté, surtout en Afrique, ne sont que des farces des riches, des dirigeants du monde, des organisations internationales, en somme des lieux de richissime, transposée aux lieux taxés de pauvres de la planète…

Votre ouvrage est-il social ?
Tant de pauvres au sens réductionniste du concept se trouvent dans les pays dits de grandes puissances économiques, dans ceux émergents (les BRICS) que dans ceux dits pauvres. Vous comprenez que notre ouvrage touche le fond même du grand fléau social qui ronge le monde contemporain : la crise sociale.

Pourquoi choisissez-vous de nous parler du continent africain ?
Notre ouvrage n’est qu’une autre vision des démarches de réduction de la pauvreté dans le monde mais surtout une vision sincère des citoyens lambda inconnus du fin fond de l’Afrique lancée à l’opinion internationale et à tous les individus de monde qui sont épris des questions de pauvreté en Afrique. Tout comme plusieurs auteurs occidentaux : René Dumont (L’Afrique noire est mal partie, Editions du Seuil, 1962), François Houtart (Et si l’Afrique refusait le marché ?, Editions L’Harmattan, 2001, 281 p.) etc.., nombreux sont les auteurs africains, à l’instar d’Axelle Kabou dans  (Et si l’Afrique refusait le développement ? L’Harmattan, 1991, 208 P), qui ont déjà souligné que « le sous-développement de l’Afrique n’est dû à un manque de capitaux » et «  qu’il serait naïf de le croire… ». Pourquoi donc depuis plus d’un demi-siècle la pauvreté reste encore le mal social qui continue de ronger l’Afrique pourtant immensément riche ? C’est pour cette raison que nous avons l’ultime devoir de relancer le débat sur la question de la pauvreté en Afrique autrement que d’habitude tout en empruntant des arguments et des données fournis par les prédécesseurs.

C’est dans cette optique que nous estimons que la cécité des décideurs africains et la surdité des inventeurs internationaux des théories du développement du continent ne permettent pas de comprendre que la lutte contre la pauvreté est une vaine entreprise si l’on ne luttait pas plutôt contre l’accumulation de la richesse. Les chiffres suivants tirés de la coupe de champagne, « Un autre Davos » de François Houtart & al. nous apparaissent très convaincants dans cette perception :
– Les 20% de la population mondiale supposés les plus riches se partagent 82,7% du revenu mondial ;
– Les 20% qui suivent en consomment 11, 7% ;
– Les 60% restant n’en consomment que 5,6% dont les 20%, les plus pauvres, représentant l’Afrique ne se partagent que 1,4% de cette richesse mondiale.

Pourtant, l’Afrique faisant partie des 20%, les plus pauvres, est gorgée de richesses, a des sous-sols immensément riches de minerais, de forêts naturelles, etc. convoités par les pays qui se disent riches et plus puissants.

 

De ce fait, l’« Afrique, altruisme ou réalisme : du concept de la pauvreté aux intentions proclamées de sa réduction »  pense, au-delà des rhétoriques internationales, que tous les citoyens du monde, individuellement et collectivement, doivent prendre conscience de ce que, pour lutter contre la pauvreté sur tous lieux de la planète en général et en Afrique en particulier, il faut lutter plutôt contre la richesse et les pillages internes et externes des ressources.

Pourquoi avoir écrit cet ouvrage à plusieurs ?
Comme notre conception sociologique l’avait précisé, il y a lieu de concilier le collectivisme et l’individualisme en développement de nos milieux. Il nous semble qu’aucune société de la planète ne peut se développer sans que les individus qui la composent ne se développent pas ; sinon, ce ne sera qu’un développement matériel et asocial. Plusieurs citoyens individuellement et collectivement seront laissés au bas de l’échelle. Il faut que nous nous levions individuellement et collectivement pour devenir plus forts non seulement en vue de l’inversion de la tendance mais aussi du renforcement du pouvoir de chacun de nous. Sinon, ce serait vendre la tête du chat pour la remplacer par celle de la panthère. Pour cette raison, la mise en commun de nos forces dans l’écriture de ce livre est un exemple de la conciliation de nos forces individuelles et collectives pour le renforcement celles individuelles : chacun de nous en participant à l’écriture de cet ouvrage apporte le sien au même moment qu’il apprend des autres.

Alors, nous pensons que pour réduire la pauvreté en Afrique, il faut plutôt lutter avec acharnement contre l’accumulation individuelle et collective de la riche, collective au sens des groupuscules (internes au niveau des pays de l’Afrique et externes au niveau de monde) qui ne font que sauvegarder leurs intérêts intimes. Sans cela, donnons-nous la raison de conclure que les programmes de réduction ou d’élimination de la pauvreté qui se rénovent en Afrique ne sont que de leurres.

Un dernier mot pour vos lecteurs ?
A ceux qui l’ont déjà découvert et lu, nous leur recommandons plusieurs relectures et sa vulgarisation auprès des amis(-es). C’est tout en agissant individuellement et collectivement à la fois que nous pouvons inverser la tendance (ils peuvent aussi nous consulter sur : ajatjhatogo@yahoo.fr pour plus d’échanges.