Interview écrite


8 août 2013
Posté par
Flora

Rencontre avec Ramiro Torres de Miguel, auteur de  » Serengeti – Puerto Madryn – Narita Airport « 

Ramiro_Torres_de_Miguel_EdilivrePouvez-vous introduire, en quelques mots, votre ouvrage ?
L’ouvrage est une trilogie; même si les trois pièces sont différentes et autonomes elles ont un point commun. Chacune des trois pièces ont  » un lieu  » qui conduit l’action dramatique, un  » lieu  » qui fait agir les caractères du drame. En ce sens ces trois pièces représentent une trilogie. Chacune de ces pièces a déjà été montée dans au moins deux différents pays, dans la langue du lieu, dont une en japonais. Cet ouvrage publié par Edilivre comprends les trois pièces: Serengeti, Puerto Madryn et Narita Airport. Ces œuvres sont publiées en trois langues: espagnol, anglais et français. Une trilogie en trois langues !

Pourquoi avez-vous choisi d’écrire une pièce de théâtre ?
Après avoir été un acteur pendant plusieurs années j’ai ressenti le besoin d’écrire mon propre travail. Cela a constitué une transition naturelle pour moi. Serengeti fut ma première oeuvre et après le succès remporté en Argentine et au Mexique je me suis senti réellement motivé. Puerto Madryn a été monté pour la première fois en Argentine et en Grèce, et enfin, Narita Airport au Mexique et au Japon en japonais. Mon travail est aujourd’hui entièrement consacré à l’écriture et à la mise en scène.

Que représentent les différents lieux de la pièce ?
Serengeti est un endroit idéalisé par Daniel, un parc naturel africain que l’adolescent rêve de visiter un jour. Pour arriver à cette fin, il accepte de développer une relation avec quelqu’un qui lui offre le voyage à la condition qu’il se soumette à toutes ses volontés pendant trois semaines.
Puerto Madryn est un port en Patagonie argentine au large duquel les baleines se rencontrent pour procréer. Observant le jeu des baleines, deux  jumeaux adolescents, sur la digue du port, se jurent de mourir ensemble.
Narita Airport représente un territoire neutre où deux hommes qui se haïssent doivent néanmoins être ensemble, attendant le départ de leurs vols, au milieu des autres passagers en transit. Si l’endroit ne représente rien dans la relation des deux hommes, l’aéroport se veut un symbole du cauchemar que les aéroports représentent pour les voyageurs d’aujourd’hui.

Cherchez-vous à atteindre une dimension cosmopolite à travers votre ouvrage ?
Le fait que mes pièces ont été présentées dans tous ces différents pays est le fruit de ce  que je vis et ai vécu dans plusieurs pays; vivant ainsi en plusieurs endroits, j’ai toujours à l’esprit quand j’écris mes pièces la possibilité que quelques légers changements permettraient d ‘adapter l’intrigue aux us et coutumes de ces différents pays. Ce cosmopolitisme, d’un autre côté, m’empêche de pouvoir être considéré comme un auteur soit spécifiquement argentin, soit mexicain, d’appartenir à une école précise. Mon but est réellement d’être produit partout, sans frontière, et c’est pourquoi cet ouvrage publié en trois langues est réellement la source d’un grand plaisir pour moi. Alors oui, je dois reconnaître que j’ai pour but cette dimension internationale même si le prix à payer est de perdre une identité nationale.

Quels dramaturges vous inspirent ?
Mes inspirations sont variées: je suis un grand admirateur du théâtre espagnol du siècle d’Or. En particulier Calderon de la Barca. Depuis mon enfance, j’aime beaucoup les pièces de Molière. J’admire la construction dramatique des opéras de Wagner. Quand on en vient au 20ème siècle, Arthur Miller, Tenesse Williams et Harold Pinter : j’aime à dire qu’ils constituent mes  » grand-parents  » artistiques.

Quel est le registre dominant de ces pièces ?
Serengeti est une pièce intimiste où s’expriment domination et violences psychologiques  entre deux caractères de générations différentes et de sexes opposés. Puerto Madryn est un monologue, un texte réaliste dans une atmosphère surréaliste, et Narita Airport peut être décrit comme un drame comique, une tragi-comédie.

Pouvez-vous nous dire un mot sur les personnages ?
Les deux personnages de Serengeti, Daniel et Angélique, développent une particulière et intime relation. Ils s’accordent sur les règles d’un jeu – la promesse de payer le voyage à Serengeti si Daniel fait tout ce que lui demandera Angélique pendant trois semaines – et ce jeu se transforme en une relation de mutuelle dépendance. A la fin de la pièce, ils ont développé une relation qui testera leurs propres limites de façon très brutale.
Dans Puerto Madryn, David, un homme âgé, revient sur la digue de Puerto Madryn où de nombreuses années auparavant il avait scellé un pacte avec son frère jumeau de mourir ensemble. Les baleines au large de Puerto Madryn qui avaient témoigné de leur promesse passée aujourd’hui témoignent de ses questions : accomplir sa promesse ou simplement jeter à la mer les cendres de son frère pré-décédé et continuer  sa propre vie, seul.
Dans Narita Airport, Victor, un homme dans la trentaine, attend sa correspondance pour aller à Sapporo, sa destination finale. Il se rend a Sapporo pour accomplir les dernières volontés de son père : répandre ses cendres dans cette ville qu’il a toujours voulu visiter. Victor est accompagné de la personne qu’il hait le plus au monde, Martin, un  » homme d’un autre pays « , qui fut le compagnon-mari de son père et qui est veuf maintenant. Victor déteste Martin qu’il rend responsable de la destruction de sa famille et du fait que son père se soit détourné de lui.

Un dernier mot pour vos lecteurs ?
Oui, je les invite à lire du théâtre.