Rencontre avec Pierre Lora-Runco, auteur de  » La mort dans l’âme  »

Pierre_Lora_Runco_EdilivrePouvez-vous introduire, en quelques mots, votre ouvrage ?
La mort dans l’âme, le titre du roman, renferme une double signification. Celle que donne le petit Robert de l’expression est littéralement la suivante :  » avoir la mort dans l’âme ; être tout à fait désemparé, désespéré. » C’est bien l’état dans lequel se trouve le personnage central du roman, dans sa quête du partenaire idéal et après un échec amoureux ; comme il le dit lui-même : il n’a plus aucune espérance. Mais cette expression résume aussi le caractère d’Olivier et ses tendances autodestructrices, cette mort qu’il a, un peu comme une écharde dans le cœur, chevillée à l’âme.

La mort dans l’âme porte en épigraphe une citation d’Alain Fournier. Ce dernier fait -il partie de vos références littéraires ?
Non, pas vraiment ; j’ai lu de cet auteur, comme la plupart d’entre nous je pense, Le grand Meaulnes, et si j’ai choisi de mettre en épigraphe cette citation, c’est parce qu’elle reflète tout à fait l’esprit romantique et exalté de mon personnage. Mes références littéraires, outre les auteurs classiques comme Stendhal, Flaubert et Dostoïevski, iraient plutôt vers des auteurs plus près de nous, si j’ose dire, comme Proust, Maurois et Mauriac, Morand pour ses délicieuses nouvelles, et, plus près de nous encore, Pinguaud, Drieu la Rochelle et Roger Nimier. Ah !  » Histoire d’un amour « , le style, le rythme, le laconisme des phrases et cet humour tendre et désenchanté. Roger Nimier qui est par ailleurs le co-scénariste, avec Louis Malle, du film Ascenseur pour l’échafaud, dont il a signé les dialogues.

Le Paris de l’après guerre est le cadre dans lequel votre intrigue se déroule. Pourquoi ce choix ?
J’ai voulu imaginer un personnage totalement romantique, tendre et vulnérable, dont l’existence est régie par une impossible quête d’amour. En le situant dans le Paris des années cinquante, qui radicalisait la marginalisation de l’homosexuel dans la société, voire qui l’acculait à une quasi non-existence, j’enfermais un peu plus mon personnage dans sa solitude intérieure et dans sa folle chimère. Et puis, c’est aussi, pour moi, une question d’atmosphère. Un peu comme pour un film, j’ai opté pour le noir et blanc. Olivier, c’est Alain dans Le feu follet, renfoncé, grelottant, à l’arrière du taxi qui le ramène à l’hôtel de la Barbinais, ou encore, Florence, à la recherche désespérée de Julien à travers les éclairages du Paris nocturne, avec, en fond sonore, le solo de trompette de Miles Davis, dans Ascenseur pour l’échafaud. C’est, en somme, tout ce que j’aime : une économie de moyens pour mieux révéler la quête douloureuse de l’autre, de soi, la profonde solitude de l’être.

Parlez-nous d’Olivier, le narrateur et personnage principal de l’oeuvre ?
Dans ma réponse aux questions précédentes, j’ai déjà tracé les grandes lignes de la personnalité d’Olivier. C’est un garçon qui supporte difficilement les demi-mesures, qui a un net penchant pour le romantisme et l’autodestruction ; un masochisme latent, dû probablement à sa condition marginale, mais pas seulement. C’est un doux rêveur qui ne trouve pas sa place dans une société structurée et, à ses yeux, prosaïque. C’est un fou d’amour, à la recherche du paradis perdu. Un malade, un délirant, comme il le dit lui-même. Un personnage de roman, ou bien un être désarmé, totalement égaré, comme il en existe tant…

Quel sont les sujets principaux abordés dans votre ouvrage ?
En fait, vous l’aurez compris, il n’y en a qu’un en somme : l’amour, sa recherche éperdue et passionnée. J’incline même à penser que si Olivier venait à le trouver, il ne chercherait pas forcément à le garder. Car ce qui importe à ses yeux, c’est de faire monter, toujours plus en puissance, cette exaltation qui mène au bout de soi-même et à l’évasion d’un monde qu’il juge totalement absurde.

La date de publication de votre ouvrage La mort dans l’âme est-elle anodine étant donné le contexte actuel en France ?
Cette date est tout à fait anodine et le fruit du hasard. Le sujet du roman n’est pas essentiellement axé sur le malaise de l’homosexuel dans des sociétés qui lui sont hostiles. Quant à dire un mot du contexte actuel, il relève en grande partie, à mon sens, d’un duel politique et de l’acharnement pervers des médias, outre que la récession économique que traverse le pays, favorise, chacun le sait, les rancœurs et les haines. Et puis, il fallait hélas s’y attendre. Un jour ou l’autre… Comme le dit si bien Olivier, à un moment du roman :  » La tolérance en matière de mœurs, comme en matière de race ou de religion, ce n’est jamais qu’une fragile illusion. Les idées se font et se défont, et, quoi qu’il en soit, des individus seront toujours mis au ban de la société pour servir d’exutoire aux frustrations du plus grand nombre.  »

Un dernier mot pour nos lecteurs ?
Ecrire un roman, c’est avant tout pour moi le plaisir de raconter et de se raconter une histoire, sans jamais songer à s’ennuyer ni à ennuyer le lecteur. J’essaie de créer pour cela un rythme, d’insuffler à mon texte une sorte de respiration, un souffle proche du lyrisme. J’écris un peu comme on versifie. Je prends soin de choisir les mots, d’aligner les phrases. Rien n’est laissé au hasard de l’inspiration, l’analyse de la psychologie des personnages est minutieusement élaborée. Comme pour une robe que l’on confectionne, le modèle m’apparaît nécessaire d’être sans cesse retouché. C’est la seule forme d’écriture qui je conçois, qui me séduit et qui, je l’espère, séduira le lecteur.