Rencontre avec Pierre Eyrignoux, auteur de « Une gourmette méditerranéenne »

Où habitez-vous en France ?
Je vis   dans un petit village des Landes, Labenne, tout proche des stations balnéaires de Capbreton-Hossegor. Je fais partie de L’association littéraire de Amis du lac d’Hossegor dirigé par Mr Eric Gildard et mes poèmes ont été édité par « Les Editions Lac et Landes » sous le titre ‘’Souriantes blessures’’.

Présentez-nous votre livre
Ce roman relate l’histoire de deux enfants de milieux modestes, nés sur la côte de Petite Kabylie : Djibril, l’Indigène berbère et Florence, Française issue d’une famille italienne. Ils ont grandi ensemble pendant le Évènements d’Algérie et suivi parallèlement une scolarité brillante. Un amour en filigrane se tisse entre eux, sentiment qui jamais ne s’exprimera, muselé par les empêchements culturels des communautés chrétienne et musulmane.
Après l’Indépendance, leurs parents étant très liés, ils se fréquentent sur les rives méditerranéennes du côté provençal et kabyle où leur amour non déclaré est sublimé en une amitié Affectueuse et féconde intellectuellement. Beaucoup plus tard, au bout d’une longue séparation provoquée par « La décennie noire » durant les années 90, le destin leur permet de se retrouver grâce à la réapparition providentielle d’une gourmette.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?
Je suis entré dans l’écriture assez tard par la poésie, en 1970, alors que j’étais professeur coopérant à Djidjelli en Petite Kabylie. Mon entourage d’amis en Algérie et en France ont apprécié mes poèmes décelant en moi, paraît-il, des qualités littéraires auxquelles je ne croyais pas moi-même, vu mon manque de confiance en moi dû à une éducation peu épanouissante. Beaucoup m’ont encouragé à passer à la prose pour faire part de mon expérience algérienne avant et après l’Indépendance en 1962. Je n’ai pas donné suite pendant plus de trente ans, et j’ai eu tort sans doute. En revanche, je n’ai jamais abandonné la poésie, et une fois rentré en France, j’ai obtenu de nombreux prix et des félicitations de la part de Mr d’Ormesson et Mr Eric Orsenna, jusqu’à ce que le déclic se produise, à 68 ans, et que je me lance dans l’aventure de deux livres pour donner ma vision de ‘’l’affaire algérienne’’ parfois outrageusement simplifiée pour des raisons politiques. Mes deux ouvrages : « Adolescents en Algérie – Une terre dans la peau » chez le Harmattan et « Une gourmette méditerranéenne » que je présente ici avec Edilivre-Paris, tentent d’apporter un éclairage moins manichéen, dénué de tout esprit revanchard, sur les rapports souvent compliqués franco-algériens.

Quel message avez-vous voulu transmettre à travers ce livre ?
Mon ambition ne se limite pas à toucher exclusivement un lectorat pied-noir dont je respecte évidemment confraternellement la douloureuse séparation d’avec une terre aimée à laquelle j’appartiens aussi. Je voudrais également intéresser le public français ‘’métropolitain’’, comme on disait alors Là-bas, pour mieux l’informer de certains aspects ignorés de La Guerre d’Algérie, des relations entre les communautés française et musulmane, et de l’évolution du pays indépendant en 1962 jusqu’à aujourd’hui.

Quel message avez-vous voulu transmettre à travers ce livre ?
Un message d’Histoire partagée fut-ce dans les épreuves, de voisinage méditerranéen apaisé et fructueux, d’alliance sereine possible dans le respect de la laïcité et des confessions des uns et des autres.

Où puisez-vous votre inspiration ?
Dans mon vécu bien sûr, nourri par des expériences maghrébines multiples et profondes ; dans une actualité que mon livre épouse tragiquement à travers les thèmes qu’il aborde ; dans les encouragements d’amis algériens qui ont lu mon premier livre et qui m’incitent ‘’à dire les choses’’ comme le font leurs compatriotes éclairés Kamel Daoud et Boualem Samsal ; dans la passion de témoigner pour sortir d’une information bien-pensante, formatée et un brin politiquement correct.

Quels sont vos projets d’écriture pour l’avenir ?
1- Rassembler pour en faire un livre, toute une compilation de témoignages étonnants de mes anciens camarades de classe et amis algériens jusqu’à ce jour, et mettre en évidence l’émotion qu’il en ressort après une longue cohabitation qui ne fut pas que guerrière.
2-Le titre de ce livre sera : « Chien(nes) de vie »
Histoires de tous mes chiens qui depuis l’enfance dans les années 40 jusqu’au milieu des années 80, m’ont accompagné au cours de chasses d’anthologie et de randonnées épiques dans les merveilleux paysages montagneux et méditerranéens encore préservés de la Petite et Grande Kabylie, ainsi que des contacts avec les populations des djebels dont certaines devinrent nos amies.
Inoubliables compagnons canins qui furent comme une ponctuation affective des joies, des malheurs et des bouleversements dans nos existences !

Un dernier mot pour les lecteurs ?
Essayez de rentrer dans ce livre sans à priori, en ayant en tête que l’auteur a eu le souci de se départir de tout esprit partisan pour parler de réalités humaines parfois déchirantes en respectant les souffrances de deux communautés, jouet de l’Histoire, rivales et complices à la fois.