Rencontre avec…. Philippe Despit

  Philippe Despit, L’enfant, le prince et le bigorneau est votre premier ouvrage. Pouvez-vous nous en toucher quelques mots ? C’est un roman atypique, drôle je crois, émouvant aussi, dont le personnage central, narrateur au style pétillant enrubanné de digressions, est un  garçon de sept ans et demi qui vit dans un village pas comme les autres une existence pleine d’étonnements, de découvertes et d’humour. L’enfance, selon moi, est une succession de vies toutes différentes, objectivement courtes mais ressenties comme longues et lentes. Le temps est la matière la plus élastique qui soit. C’est pourquoi, dans mon roman, je fais apparaître, en contrepoint, l’adulte, pétri d’interrogations sans réponses, de doutes bleus et de noires certitudes, rattrapé par le temps qui l’agresse et le presse. Sa vie intérieure semble à l’opposé de celle d’Olivier,  l’enfant, sept ans et demi (important, le demi !), sorte de titi de village bon élève, timide, vif et très pointilleux sur la langue française et sa syntaxe. Et pourtant…  Pourquoi avoir choisi de parler de l’enfance ? Parce que c’est l’âge – ou plutôt les âges – de tous les possibles, de toutes les vérités, des sentiments forts et directs, d’une vision lucide et franche du monde et des êtres, de la vraie vie, saisie au jour le jour avec ses bonheurs, ses peurs, ses chagrins, ses questions sans réponse et ses réponses qui impressionnent ou dont on rigole. Et puis, faire parler (donc écrire) un enfant sans sombrer dans la caricature ni la niaiserie, lui donner une plume alerte et maligne, c’est un régal pour l’auteur…. Que voulez vous voir comme réaction chez vos lecteurs ? Un retour en enfance ? Une nostalgie ?  La nostalgie, certains  l’ont évoquée en me disant ou  en m’écrivant qu’ils  s’étaient  parfois retrouvés dans le personnage et/ou dans les situations. Mais ce n’est pas l’essentiel. J’ai voulu, d’abord, donner à lire un texte enlevé, fluide et très vivant. Nombre de lecteurs/commentateurs ont noté : « je me suis régalé ». C’est la réaction que j’espérais, sans vraiment le savoir. Et puis le côté plus sombre du roman, le dénouement,  que je pense inattendu, semblent aussi les toucher. Cet ouvrage se base-t-il sur vos propres souvenirs ? Effectivement, j’ai réinventé des personnages, quelques moments aussi,  que j’ai connus voilà bien longtemps. Mais ce n’est qu’une base, un matériau que j’ai complètement transformé, remanié.  C’est mon imagination d’aujourd’hui qui a réécrit quelques réalités d’autrefois.  J’ai utilisé quelques ombres que j’ai totalement redessinées.  Quel est votre meilleur souvenir d’enfance ?  C’est mon enfance dans son ensemble, avec toutes ses phases, toutes ses « vies » successives. Mon meilleur souvenir d’enfance, c’est l’enfance. Pour vous, quel est le secret d’un livre réussi ? La sincérité, le besoin absolu de se mettre chaque jour devant son clavier et de se laisser emporter par soi-même et par le bonheur de l’écriture.  Et la complicité qui naîtra obligatoirement avec le lecteur de ce rapport complice et authentique. Sans oublier  - le petit Olivier a parfaitement raison ! – la qualité de la langue et, si possible, un style. Personnel, différent, comme une signature Avez-vous d’autres projets d’écriture ?  Je travaille actuellement sur un deuxième roman, une fiction à cent pour cent,  bizarre, émouvante et vénéneuse, étrange et proche de ce que l’humain a au plus profonde de lui-même. Une sorte de road movie immobile  dont le point de départ semble ouvrir de multiples chemins… peut-être sans issue.  

Commentaires