Interview écrite


3 décembre 2013
Posté par
Flora

Rencontre avec Patrick Lagneau, auteur de  » Le Photographe de Paulilles « 

Patrick_Lagneau_Edilivre

Pouvez-vous introduire, en quelques mots, votre ouvrage ?
Quelques mots ? Mmm… Je ne vois pas mieux que reprendre la quatrième de couverture afin de ne pas déflorer le roman. Mateo, dix-huit ans, quitte Paris pour rejoindre son oncle et son grand-père paternel, photographes professionnels qui tiennent un studio à Port-Vendres. Renouant avec ses racines catalanes, il retrouve Manuella, son amie d’enfance qui lui fait redécouvrir le site de l’ancienne dynamiterie de Paulilles fermé en 1984 et réhabilité en parc environnemental dédié à la mémoire industrielle. Mateo tombe en extase devant la fresque murale à l’entrée du site, reproduction en aplats monochromes d’un cliché ancien représentant des ouvrières quittant l’usine. Quand il décide d’immortaliser son coup de cœur avec son appareil photo, sa vie bascule.

Pouvez-vous nous décrire votre personnage principal Mateo ? Vous êtes-vous identifié à lui ?
Je ne pouvais pas, moi, Lorrain d’origine, imaginer un personnage principal qui me ressemblait. Puisqu’il fallait entrer dans le passé local, il était logique que Mateo soit catalan et issu d’une famille de photographes. Mateo, dont le père était photoreporter (il est mort en reportage en Afghanistan, on apprend cela très rapidement dans le roman) n’est pas revenu à Port-Vendres depuis 2002 où il passait toutes ces vacances chez son grand-père et son oncle qui tiennent un studio de photo. Aussi, à ses dix-huit ans, en 2010, lassé des frasques de sa mère comédienne à Paris qui ne pense qu’à sa carrière, il décide d’abandonner ses études et de quitter le domicile familial pour revenir à Port-Vendres. Il retrouve Manuella, son amie d’enfance, qui va lui faire découvrir le site réhabilité de l’usine de dynamite de Paulilles. Et c’est là que Mateo va avoir ce fameux coup de cœur qui va bouleverser sa vie.

Le coup de cœur de votre héros pour le site de Paulilles, est-ce le vôtre ? Y a-t-il un peu de biographique dans votre récit ?
Oui, bien sûr ! À deux cents pour cent ! Lorsque j’ai redécouvert le site de Paulilles en 2009, je suis tombé en extase devant la façade de l’ancienne maison du directeur (aujourd’hui maison d’accueil du site et musée dédié à la mémoire ouvrière), sur laquelle a été projetée et agrandie une photographie ancienne, soulignée en aplats monochromes par des fresquistes qui faisaient partie de l’équipe de réhabilitation du site. Elle représente des ouvrières quittant l’usine par l’ancien portail d’entrée de l’usine. Pour moi, qui avais connu l’usine désaffectée pendant vingt ans, pour la première fois, grâce à cette fresque, elle existait, prenait vie. Comme si je regardais par une fenêtre sur le passé, j’entrais dans la mémoire de la dynamiterie. À force de passer devant cette façade, puisque c’est un passage incontournable pour se rendre sur la plage pour autant que l’on décide de venir se baigner ici, je me suis aperçu que sur les trois jeunes femmes en premier plan qui quittaient l’usine, deux fixaient l’objectif et la troisième détournait le regard, comme par pudeur ou timidité. Il n’en fallait pas plus pour que les rouages de mon imagination se mettent à tourner jusqu’à produire l’idée de base de mon roman : cette jeune fille était amoureuse du photographe.

Pourquoi avez-vous voulu rendre hommage à cette dynamiterie ?
Parce que c’était une évidence. Je m’explique. Lorsque je me suis lancé dans mes recherches documentaires, j’ignorais à quel point l’histoire de l’usine allait m’habiter. Ma première incursion dans le passé a commencé par la quête de la photo originale qui avait été projetée sur le mur. Pour cela, j’ai acheté un livre de témoignages recueillis par une auteure locale, France Vetterlein-Marsenach dont la couverture présentait aussi une reproduction de cette fameuse photographie. Coup de fil à la maison d’édition pour savoir d’où elle venait. Renvoi vers l’auteure dont on me communique le numéro de téléphone. Appel, explications sur mes intentions et mes objectifs, et là, France Vetterlein-Marsenach me dit que la photo originale appartient à l’une de ses amies dont elle me donne les coordonnées. C’est ainsi que j’ai fait la connaissance à Banyuls de Marie-Thérèse Sauri qui m’a appris que, petite fille, elle jouait sur le site de Paulilles où avaient habité et travaillé ses grands-parents. Et surtout, j’ai appris ce que je voulais savoir pour me lancer dans mon roman : la photo était signée X, donc le photographe n’avait pas été identifié, et mon personnage féminin (pudique et timide) non plus. Tous les signaux étaient au vert pour entrer dans l’histoire. J’ai bien sûr lu tous les témoignages de ceux qui avaient consacré leur vie à la dynamite au XXe siècle, mais aussi dans l’histoire de Paulilles, de 1870 à 1984, dans l’ouvrage de Jean-Claude Xatart, un autre auteur local. Entre les lignes suintaient la sueur, la maladie (générée par les effets toxiques pendant la manipulation de la « matière »), la peur, le danger. Mes recherches m’ont fait pénétrer dans leur monde simple, fait de joies et de drames, et qui m’a nourri tout au long de l’écriture de mon roman. Plus qu’à la dynamiterie elle-même, ce sont à ces générations d’ouvriers qu’il était évident de rendre hommage. Tout comme à tous ceux d’ailleurs qui ont fait de Paulilles, ce parc environnemental extraordinaire, dédié à la flore, la faune, la mémoire ouvrière et les ateliers de restauration du patrimoine, notamment des barques catalanes.
Parce que s’ils ne l’avaient pas fait, ce roman n’aurait pas existé.

Êtes-vous vous-même un amateur de photographie ?
Oui. La photographie numérique en amateur. Sans être un grand technicien, j’aime avoir un regard différent. Sensible à la couleur et aux contrastes naturels, je suis toujours en quête de la « belle » photo. Mais c’est très subjectif. Disons que j’aime me faire plaisir, et si quelqu’un trouve un de mes clichés de qualité, alors je suis satisfait.

Quelle place tient le processus créatif et artistique dans votre vie ?
Une place énorme. Difficilement mesurable. Je crois que la créativité artistique est mon carburant. C’est ce qui m’a toujours fait aller de l’avant. Avant de me lancer dans l’écriture de romans (« Le photographe de Paulilles » est le sixième), j’ai produit des pièces de théâtre, des comédies musicales (je suis membre de la SACD, Société des Auteurs et Compositeurs dramatiques), un répertoire de jazz, des musiques de film (je suis membre de la SACEM, Société des Auteurs, Compositeurs et Éditeurs de Musique), j’ai écrit une soixantaine de scénarios de courts métrages vidéo que j’ai réalisés, j’ai interprété différents personnages sur scène ou devant la caméra, mis en scène des spectacles vivants… pour l’essentiel !

Un dernier mot pour vos lecteurs ?
Non. Pas un mot. Une photo, comme une invitation à entrer sur le site et mettre déjà un pied dans le roman…

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