Rencontre avec…Olivier Janvier

Olivier Janvier, avec votre ouvrage L’œil sous la terre vous rejoignez le cercle des auteurs Edilivre. Pouvez-vous nous plonger dans l’intrigue de l’histoire ? L’action se passe à Londres en 1941. Alors que les Anglais ont repoussé deux tentatives d’invasion de la Grande-Bretagne par les troupes d’Hitler (Blitz et Bataille d’Angleterre), un espion allemand découvre la preuve de l’existence d’un talisman qui protège le pays des invasions : le crâne d’un roi celte enterré dans Ludgate Hill, tourné vers la France et l’Europe («  l’œil sous la terre »). Convaincu que s’il retrouve cette tête, le moral des Anglais va s’effondrer, et que l’invasion deviendra possible, il part à sa recherche. Mais la tête en question est jalousement gardée, en particulier par une société secrète de femmes se faisant appeler les Sentinelles. Kurt, l’espion, tombe amoureux de l’une d’entre elles, Mary, celle qui l’a repéré… (après ce roman il y a une sorte de bonus, Rouge de secours, une anticipation policière située en 2040 : le pétrole a disparu mais certains drogués à l’automobile ont trouvé un produit de remplacement biologique efficace pour continuer à rouler, de couleur rouge vif, écarlate… Brrr !) Comment vous est venue l’idée d’écrire un tel scénario ? En lisant, dans un ouvrage sur les Celtes offert par ma femme, la légende de la tête coupée du roi Brân Bendigaid, figurant dans le recueil de contes gallois le Mabinogion ; selon cette légende, doublée d’une prophétie, l’Angleterre ne peut être envahie tant que la tête talisman de Brân reste enterrée… J’ai vu rapidement le parti qu’on pouvait tirer, dans l’optique d’un roman d’aventures historique ou d’un thriller, d’une telle histoire. Il ne me restait plus qu’à me souvenir des derniers à avoir tenté l’aventure : les Nazis en 1941 ; ils ont d’ailleurs été à deux doigts de réussir, il y aurait sans-doute une uchronie à écrire là-dessus… Dans votre livre, vous mélangez fiction et Histoire, est-ce un moyen de fuir la réalité ? Pas du tout ! Quoi de plus réel que la fiction ? Pour moi ce sont les œuvres d’imagination – les films, les romans, les fresques, les paraboles… - qui reflètent le mieux la vie, rendent le mieux compte de la réalité dans ses dimensions multiples, esthétique, émotive et pas seulement concrète et intellectuelle. Songez à la sécheresse des articles, essais, documentaires, rapports administratifs limités aux faits matériels et constatables… La réalité va bien au delà de ce que perçoivent nos sens et notre raison. Quelles sont vos motivations pour mener à terme votre livre ? L’écriture est pour moi un moyen privilégié d’« inventer des mondes, faire vivre des rêves », pour reprendre une publicité d’il y a quelques années. J’ai le désir, même s’il n’est pas toujours abouti, d’inventer des histoires pour moi et pour les autres ; je suppose qu’eux et moi partageons un même besoin de découverte et d’évasion par la lecture. Dans ce cas précis, j’ai aussi été porté par mon intérêt pour l’Angleterre et la période de la Seconde Guerre mondiale, qui m’a toujours fasciné. Si vous deviez choisir un passage de votre ouvrage, lequel partageriez-vous avec vos lecteurs ? Eh bien, commençons par le début : La tête inclinée sous la lame froide de l’énorme épée ne tremblait pas. Ni sous l’effet de la peur, ni sous celui de la douleur provoquée par le poison. Auréolée d’une crinière de feu blanc, pleine comme la lune, farouche, couturée, elle ressemblait à celle d’un lion, dont elle possédait la majesté et presque la taille : une tête de géant. Elle faisait aussi penser à celle du Premier ministre en exercice, Winston Churchill. Un Churchill un peu plus jeune peut-être, à peine entré dans la vieillesse. Mais ce n’était pas la tête du Premier ministre de cette année là : 1941. Comment définiriez-vous votre style d’écriture ? Je suis quelqu’un qui enfante « dans le plaisir et la douleur » : plaisir de la trouvaille, de l’idée qui jaillit, douleur et lenteur de la mise en forme… Mon écriture s’en ressent : elle est plus travaillée –donc resserrée- que spontanée et prolixe ; j’aime des auteurs écrivant court et dense comme Patrick Modiano et surtout Eri de Luca ; bref, j’essaye seulement d’écrire de façon accessible, et d’intéresser le lecteur ; je me range du côté des « raconteurs d’histoires », au sens anglo-saxon du terme, plutôt que des expérimentateurs et autres explorateurs de la langue. Avez-vous d’autres travaux littéraires en préparation ? J’ai un synopsis de nouveau roman déjà prêt et une sorte de « catalogue de plumes brûlées et salauds magnifiques», un essai, en projet : entre les deux mon cœur balance…    

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