Rencontre avec N’GUESSAN Kouamé Norbert, auteur de « Les Indignés des Tropiques »

Où habitez-vous ?
J’habite à Abidjan, en Côte d’Ivoire.

Présentez-nous votre ouvrage
La dénonciation des maux comme le racket, la corruption, l’enrichissement illicite, l’abus de pouvoir, le mépris des populations, etc., n’est pas un fait nouveau sous les Tropiques, mais ces maux restent toujours persistants, en dépit de la succession et de la montée de divers régimes aux affaires. Qu’est-ce qui explique la persistance – que nous qualifierons d’aggravée, de ces maux sociaux ? L’une d’entre elles réside dans la relation administrateur-administré, dans le sens vécu de la responsabilité du supérieur par rapport à son subordonné ; puis du subordonné à son supérieur, d’une part ; celle du maître envers son serviteur et de celle du serviteur vis-à-vis de son maître, d’autre part. Ces deux entités partagent-elles le même sens des rapports ? Partagent-elles les mêmes valeurs, les mêmes responsabilités, les mêmes intérêts, les mêmes priorités ?
Dans une première partie intitulée « Les manœuvriers du Jardin », après avoir défini la responsabilité, sa source et ses exigences, ainsi que la valeur; nous mettons en évidence l’influence des intérêts sur les valeurs, de certains intérêts de pouvoir sur les valeurs construites par des administrateurs, des « Têtes », pour la cause de leur pouvoir. Dans un tel contexte, « les autorités, pour l’autorité » fait ressortir les complicités entre les administrateurs et les faiblesses engendrées par un abus du pouvoir. « Tu fais la politique ou c’est elle qui te fait » vient sensibiliser les administrés et les inviter à « apprendre à dire Non ».
Dans une seconde partie : « Où sont-elles ! » ; ce sont les Têtes et leurs comportements contraires avec leurs déclarations de lutte pour le salut, la vie et le bien-être des populations, leurs administrés, qui sont mis en évidence. « Protégés contre leur propre mort, dans leur propre combat à mort » dans leur lutte qui se fait par procuration, est l’une des illustrations de l’absence de sincérité des Têtes qui se jouent des populations : « le peuple, une star solitaire ».
Lorsque l’un est enterré pour que de cet ensevelissement, l’autre émerge et s’illumine, alors administrateur et administré sous les Tropiques, jouent-ils réellement dans la même équipe ?
Dans la troisième partie : « Le serviteur, pour servir où se servir ! », c’est « le peuple, l’ustensile de cuisine » que nous mettons en relief, avec des administrateurs, des cuisiniers qui consomment eux-mêmes leur cuisine faite pour leurs administrés, leur maître, au sein de leur complicité qui les protège contre toute poursuite. Dès lors, l’administrateur, est-ce « un maître cuisinier ou le cuisinier du maître » ? Dans le système de vase communicant qu’est le Jardin, les intérêts des uns se réalisent souvent au détriment de ceux des autres. Complicité entre administrateurs pour se défendre et garantir leurs privilèges et leur domination ne peut se faire qu’au détriment de leurs maîtres. Le Jardin républicain du service des serviteurs pour les maîtres, est-il devenu une république du service des maîtres pour leurs serviteurs : une république du ventre, au ventre des serviteurs ? L’administrateur et l’administré sont les deux faces d’une même pièce, donc indissociables. Mais, pour tous les manquements survenus, une réconciliation est nécessaire. « La réconciliation n’est pas un mot », ni un programme de gouvernement; mais, « la réconciliation, une offrande de vie ».
Ces maux persistants sont donc l’expression d’une crise de responsabilité. Pour un salut du Jardin et des Tropiques, seule une responsabilité assumée des administrés, les maîtres et des administrateurs, les serviteurs, est le gage.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?
Pour sensibiliser les citoyens à la notion de responsabilité et ses sacrifices dans les rapports administrateur-administré.

À quel lecteur s’adresse votre ouvrage ?
Aux personnes matures de niveau supérieur, préoccupées par l’état de la vie sociale sous les Tropiques.

Quel message avez-vous voulu transmettre à travers ce livre ?
Les maux persistants dans la gestion des pouvoirs sous les Tropiques, sont le fruit d’une responsabilité non assumée tant au niveau des gestionnaires qui sont les administrateurs, que des administrés qui représentent les populations. Pour mettre en relief ces dysfonctionnements dans les rapports entre administrateurs et administrés, nous avons procédé par l’analyse de certaines situations sociales.

Où puisez-vous votre inspiration ?
Dans les successions événements de la vie sociale, dans la sagesse tropicale et occidentale.

Quels sont vos projets d’écriture pour l’avenir ?
Nous entreprenons de porter un regard critique sur un processus de développement dans un pays non industrialisé.

Un dernier mot pour les lecteurs.
La relation administrateur-administré est la base de toute vie dans une République. Si nous n’agissons pas pour que les choses soient en notre faveur, c’est à notre détriment que tout se fera. La souveraineté appartient au peuple, mais ce mot n’est pas une souveraineté. C’est donc au peuple, aux populations, aux administrés que reviennent la responsabilité de lui conférer son sens originel au sein de la vie républicaine. L’administrateur est un serviteur de l’administré, son maître. Mais à travers sa propre expérience de la vie sociale, le lecteur, vit-il cette réalité ? « Les Indignés des Tropiques » est une invite à l’action pour un mieux-être des administrés, pour une vie sociale plus harmonieuse et équitable.