Rencontre avec Mona Cirano, auteur de « C’est pas fait pour s’arranger on dirait… »

Mona_Cirano_EdilivrePrésentez-nous votre ouvrage en quelques mots.
Il s’agit d’un petit recueil où je rassemble des opinions de plusieurs personnes, sur la façon dont la gente féminine est perçue, que ce soit dans la société, ou en privé, pour montrer que les femmes, les filles aussi d’ailleurs, ne sont pas toujours considérées comme des personnes à part entière, avec des droits (et des devoirs évidemment) comme tout le monde. Pour cela, j’utilise comme argument un certain nombre de choses: le travail, l’histoire, la religion, la question de l’avortement, la question de la virginité, la place de la mère… Je veux montrer qu’on trouve toujours quelque chose à leur reprocher, parfois sans raison apparente, et elles n’arrivent pas à se faire respecter. Mais il y a aussi, celles qui cherchent à être estimées à leur juste valeur; mais un peu trop peut-être. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire qu’elles ne recherchent pas le dialogue, mais qu’elles utilisent la force, cherchent à se faire remarquer, et cela leur apporte plus de mal que de bien. Il n’y a pas d’allusion quelconque à la morale dans ce que je viens de dire.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?
J’ai choisi d’écrire ce livre pour plusieurs raisons. C’est peut-être une erreur de ma part, mais je trouve qu’on ne parle pas suffisamment de ces choses-là. Des gens eux-mêmes me disent que ces derniers temps, ces questions ne sont pas ou très peu évoquées. Petite parenthèse : la première et la dernière fois que j’ai entendu l’expression « droits des filles » remonte à l’époque où j’étais une petite fille de neuf ans. Il me semble que plus il y a des incompréhensions à propos du genre féminin, plus les gens s’en fichent. C’est comme si c’était devenu normal, on ne sait pas si les gens en ont quelque chose à faire. Même un certain nombre de filles, et de femmes, ne semblent pas être choquées par certains comportements, certains jugements, et comme je le montre parfois dans mon livre, elles se comportent comme si les gens préoccupés par le respect de toutes, et de tous, exagéraient, voyaient tout blanc ou tout noir, ou rangeaient les garçons, et les hommes dans une catégorie de « salauds ». J’ai choisi d’écrire ce livre, en retranscrivant des témoignages pour dire ceci: « non, nous ne sommes pas des misandres, non, nous ne voyons pas tous les hommes comme des misogynes. Non, je ne suis pas d’accord avec certains comportements ». Mais la raison pour laquelle j’ai choisi d’écrire avant tout est le fait que je ne suis pas insensible à l’idée que les deux genres, féminin et masculin peuvent mieux se comprendre, mieux se respecter et mieux s’entendre.

S’agit-il de vrais témoignages que vous avez récoltés au cours du temps ?
Oui. J’ai eu l’occasion d’aborder ces sujets avec des filles de mon âge, mais aussi avec des femmes plus âgées et de leur expliquer que je souhaitais écrire un livre sur la manière dont nous sommes considérées. Leurs idées m’ont intéressé et elles m’ont donné leur accord pour que j’en parle. J’ai récolté leurs témoignages progressivement.

Vous sentez-vous féministe ?
C’est une bonne question. Je vais vous répondre ce que j’ai dit à tous ceux qui m’ont demandé cela. En fait, je me sens plutôt « homoniste ». Autrement dit, j’accorde plus d’importance à l’être humain en général qu’au genre féminin en particulier. Je pense que les femmes et les hommes, les filles et les garçons peuvent dialoguer avec civilité et vivre côte à côte sans se chercher des ennuis.

Quel message avez-vous voulu transmettre à travers votre ouvrage ?
Ce que j’ai voulu transmettre à travers mon ouvrage est l’idée que le genre féminin, ce n’est pas le genre inférieur, ce n’est pas une petite partie de l’homme, ce n’est pas celle qui doit se contenter d’être la servante, ou la mère de famille… Ce n’est pas celle qui n’a aucun droit et qui doit se plier aux ordres du genre masculin, de la société, de la religion, etc… Encore moins ! Nous avons notre vie, nous aussi. Nous n’avons pas besoin d’être comprises à tout prix, nous avons besoin que le genre masculin, qui vit dans le même monde que nous, fasse preuve d’intelligence. Comment ? En se faisant à l’idée qu’ils n’ont pas à faire les choses à notre place, ni à nous imposer une vie. Certaines personnes partagent cet avis. D’autres acceptent les incompréhensions: d’où le titre « C’est pas fait pour s’arranger on dirait… »

Où puisez-vous votre inspiration ?
Un peu partout: dans les manuels d’histoire, dans les essais, dans les reportages, les actualités, la philosophie, un peu dans la littérature et la fiction, mais aussi des faits dans la vie courante, dont j’ai pu entendre parler. Et puis, comme je l’ai dit, les opinions des filles, des jeunes, et des moins jeunes.

Quels sont vos projets d’écriture pour l’avenir ?
Je projette d’écrire un livre sur le crime. On change totalement de sujet. Pour l’instant, je ne souhaite pas en dire plus. Tout sera dans mon travail.

Un dernier mot pour les lecteurs ?
Avec plaisir. À ceux qui croient que mon livre est un tissu de reproches faits aux hommes, ou une sorte de condamnation, je dis: « Il n’en est rien. Personne n’est parfait, même nous. Je suis la première à l’avouer ». Bien des gens ont eu une difficulté à comprendre que mon propos n’avait pas d’animosité, ou d’hostilité, mais qu’il s’agissait de comprendre, d’essayer au moins, sans prétendre avoir la solution à tout.
Maintenant, je veux remercier ceux qui m’ont encouragé, et soutenu dans mon projet.

Et puis, à vous, qui m’avez accordé cette interview, je vous dis merci.