Rencontre avec…Martine Garnier

 

En mode Veille – Martine Garnier

Je m’appelle Martine Garnier, Verviétoise de pure souche, habitant Stembert.
Une enfance heureuse avec des parents attentifs et un frère.
Des études d’institutrice, un métier captivant, et un enfant, adulte maintenant.
Passionnée, gourmande, dynamique et excessive aussi.

Rien d’exceptionnel, un parcours simple, ordinaire.
Loin du bling bling et des fanfreluches.
Mais dans le bonheur et l’amour.
En cela, favorisée par le destin, certainement.

Jusqu’à l’automne 2008.
J’ai 43 ans lorsque, subitement, ma vie se met sur pause.
Sur pause, durant près de quatre ans, j’ai une leucémie.
Leucémie Myéloblastique Aigüe, a dit l’oncologue.

Quatre années de pratique médicale !
Au jargon des médecins, j’y associe mes ressentis.

Pour renaître au printemps 2012, j’ai poussé sur Play !
Je viens d’écrire un livre : « En mode Veille ».

Le sujet de ce livre ?
Ce livre est un témoignage.  Depuis octobre 2008, je suis atteinte de leucémie et maintenant en fin de traitement, si les résultats médicaux des prochains mois sont concluants.  J’y  relate mon vécu et ma bataille.  Page après page, j’organise les événements, reconstruis le puzzle de mon ascension, confie à mon clavier mes émotions secrètes.  Celles-ci font resurgir les moindres détails.  Peut-être parce que ces mêmes émotions, ces interrogations, ces doutes, ces frustrations, je les vivais encore à l’heure où je l’écrivais. Je raconte mon traitement.

Quelles en sont les différentes composantes ?
Au menu : l’hospitalisation, l’annonce, les soins, les chimiothérapies, la radiothérapie, la greffe de moelle osseuse grâce à mon frère, les ponctions, la prise de cortisone, la maladie du greffon, le cytomégalovirus, le traitement, ses effets secondaires, les réactions des proches et l’isolement à domicile ; tous ces bouleversements, à travers les yeux d’une malade.
Un peu de piment dans mon combat : angoisses, attentes, appréhensions, attentes, soulagements, attentes, doutes, attentes, interrogations, attentes.
Espoirs…

Le plus pénible tout au long de mon traitement ?
Les frustrations.
Pas les maux du corps.
Mais ceux du cœur.
La prise quotidienne d’immunosuppresseurs rend les malades vulnérables, sensibles aux infections.  En conséquence, une exclusion de toute vie sociale et professionnelle, d’où le titre du livre, un régime alimentaire strict, des mesures d’hygiène irréprochables et aucun contact physique.
Ce n’est que maintenant que je peux à nouveau embrasser mon fils et mes proches.
Vous imaginez rester, ne serait-ce qu’un mois sans bisous, sans tenir dans vos bras votre enfant, votre ado ?
Une vie de renoncement.
Une vie de bonne sœur !
Ma chapelle, le CHU.  Mes dieux, les médecins.  Mes pèlerinages, les pharmacies.

Et l’entourage dans mon parcours ?
L’entourage est primordial.  Ma famille a été ma première béquille, toujours présente,  efficace en m’apportant un soutien moral et une aide précieuse au quotidien.  Mes proches, mes amis, mes collègues m’apportaient amitié et compréhension. Humour et  sourires m’aidaient à porter mes gros sacs.  Parler d’autres choses pour garder un pied dans ce monde d’où j’étais exclue

L’autre béquille, ce sont mes thérapeutes.  Médecins, infirmières, kiné m’ont permis, par leurs soins, leurs encouragements, leurs explications, leur considération, de garder confiance.  Je restais une personne.

Qu’est-ce qui m’a aidée à « tenir bon » ?
D’abord mon oncologue qui m’a immédiatement précisé que je n’étais pas en soins palliatifs et que je pouvais guérir.
Ensuite, j’ai compris que pour « tenir », je devais trouver pire situation pour me permettre de relativiser, pour m’auto-encourager et rester positive.  Et très vite, j’ai trouvé : en tant que maman, je me suis dit que c’était une bénédiction que ce ne soit pas tombé sur mon fils.  J’ai aussi pensé aux parents d’enfants malades, aux situations bien plus extrêmes que la mienne et cela m’a porté.  J’ai vu des gens moins chanceux dans leur parcours.  Je suis une optimiste, on dit tellement que le moral est primordial.  C’est une lutte psychologique autant que physique.  Ne pas dépérir moralement puis physiquement.  Résignation à supporter, non à subir.   Intime conviction.   Il fallait garder le cap, évacuer les doutes, penser positif.  Avancer, mécaniquement, insensiblement.  S’empêcher de réfléchir, de s’épancher, de sombrer.  Résister, espérer.
Pour guérir.

Pourquoi ce besoin d’écrire mon histoire ?
Je voulais pouvoir un jour me retourner et ne pas avoir de regret.  Le traitement a été long, j’ai dû renoncer à beaucoup de choses, des activités et des moments que j’aurais voulu partager avec mes amis, que j’aurais voulu vivre aussi.   Au lieu de cela, j’étais confinée, d’abord à l’hôpital puis à la maison, avec la hantise de gaspiller mon temps, de ne rien faire de toutes ces heures à supporter cette maladie et ses conséquences.

Et donc, j’ai développé d’autres intérêts : je me suis intéressée à la gravure, à la cuisine, à la décoration ; j’ai appris  à jouer de la guitare puis enfin j’ai écrit ce livre.  Chose que je n’imaginais pas être capable de faire.  Et encore moins seule.  Si l’on s’en donne la peine, l’adversité décuple les forces.

Quels objectifs avec ce livre ?
Sur le moment, je n’ai pas toujours tout dit à mes parents et à mon fils de mes souffrances, tout simplement pour les protéger, pour leur éviter de s’inquiéter et angoisser encore plus.  Mais j’avais envie de partager tous ces moments difficiles pour être plus légère dans l’avenir.  Je voulais laisser quelque chose à mes proches, relater mon combat pour pouvoir tourner la page par la suite.

Voir mon manuscrit édité constitue une reconnaissance officielle, une récompense suprême pour tous mes efforts.  Je peux remercier publiquement mon entourage et mes thérapeutes, aider d’autres malades et leur famille, montrer qu’on peut s’en sortir, convaincre d’y croire et de se battre.  Isolée dans ma chambre d’hôpital, au début du traitement, j’avais tant besoin de témoignages positifs.

En quoi l’écriture m’a-t-elle été bénéfique ?
Le temps paraît excessivement long lorsque l’on est enfermé.  Le monde continuait à tourner, les gens travaillaient, s’activaient, s’amusaient, pendant que j’étais dans une autre dimension, pesante, linéaire.  Dès les premiers mots sur l’écran, ce livre a occupé mes heures, jours et nuits parfois.  Mon récit m’a transportée, jusqu’à aujourd’hui où mon traitement touche à sa fin. Si tout va bien.

Maintenant que je peux partager mon expérience, je peux dire que j’ai démonté le maléfice, transformé le négatif en positif.  Avec ce livre, j’ai nargué la maladie.  Peut-être une réponse à la question : pourquoi est-ce tombé sur moi ?

Mes autres projets ?
Reprendre mon travail et ma vie sociale.  Peut-être rencontrer d’autres personnes et vivre certaines expériences par mon livre.
Profiter, respirer et savourer chaque instant !  Même si j’emploie le mot « guérie » dans mon livre, on ne l’est jamais complètement avec cette maladie.  Je suis en rémission et les risques de récidive vont s’amoindrir mais subsisteront toujours.  Cependant je ne veux pas vivre avec l’obsession de l’épée de Damoclès et me gâcher ma chance.
Je vais vivre une vie ordinaire mais la vivre pleinement et sereinement

Et s’il n’y avait qu’un message à retenir ?
Vivre, plus qu’exister.  Goûter chaque seconde et croire en son étoile.