Interview écrite


2 septembre 2015
Posté par
Guillaume

Rencontre avec Martine Chillet, auteur de «Tu étais si petite : 750 g»

Martine_Chillet_EdilivrePrésentez-nous votre ouvrage ?
Après avoir travaillé 10 ans dans une unité de néonatalogie, en tant que « Auxiliaire de Puériculture », le 24 août 2002, j’ai donné naissance à une petite fille née à 28 semaines et 5 jours. Elle ne pesait que 750 grammes ! Dans ce témoignage, je relate jour après jour, nos débuts dans ce monde particulier qu’est le service de Réanimation Néonatale. Toutes mes convictions et tous mes repères sont alors bouleversés. Comment tisser un lien mère-enfant dans cet univers médicalisé ?

Pourquoi avoir écrit ce livre ?
J’ai eu besoin d’écrire ce témoignage car le fait de me retrouver de l’autre côté de la barrière m’a permis de me rendre compte de toute l’ambiguïté qu’une telle séparation pouvait provoquer. Ayant eu beaucoup de difficultés à trouver ma place auprès de Floriane, je me suis sentie souvent très seule, face à mes angoisses, mes doutes, mes peurs.  Un témoignage comme le mien m’aurait peut être aidé auprès de ma fille. C’est pourquoi, j’espère que mon vécu aura toute sa place auprès de parents d’enfants prématurés, et auprès des soignants.

Il s’agit du témoignage :
– d’une mère, confrontée à son sentiment de vulnérabilité de ne pas trouver ma place de mère, et à ses difficultés à le devenir, dans un monde médicalisé à outrance et face à son bébé de 750 gr, éloigné et séparé d’elle
– d’une soignante professionnelle, qui comprend toute l’ampleur du rôle important des professionnels de sa propre unité de travail qu’est la Réanimation Néonatale.

À quel lecteur s’adresse votre livre ?
Ce témoignage peut intéresser un public particulier, des professionnels des services de réanimation néonatale, aux différents étudiants qui sont amenés à faire un stage auprès des enfants prématurés, (malades, handicapés,) mais également aux parents confrontés à ces situations. A travers ce livre, je souhaite sensibiliser les équipes soignantes sur leurs pratiques de soins et mettre en avant l’importance d’une prise en charge de qualité de l’enfant ET de ses parents (de sa famille), tout au long de l’hospitalisation. Ce témoignage me permet aussi de montrer aux étudiants que nous accueillons, à quel point nos paroles, nos attitudes, notre ressenti peuvent avoir un impact sur la relation mère-enfant. Les sensibiliser (à cette histoire qui est celle de Floriane et la mienne) pour qu’au cours de leur stage ils fassent le lien avec mon vécu et leur pratique professionnelle d’une manière réelle et concrète. Cette plus-value dans leur formation leur permettra d’apprivoiser leur futur travail (activité) de soignant en néonatalogie. Et pour finir, il aura certainement un impact sur les parents qui ont vécu ce passage par les services de Néonat. J’espère qu’ils trouveront des réponses à leurs questions, un soutien, un partage d’émotions, des clés d’expériences qui leur seront j’espère positives.

 Quel message avez-vous souhaité transmettre à travers ce livre ?
Le message que je souhaiterais faire passer, serait qu’une naissance prématurée affecte profondément l’enfant mais également les parents. Pour le devenir de la famille à long terme, nous les soignants avons un rôle primordial dans la prise en charge de ces bébés nés trop tôt et ces parents. Non seulement, nous devons assurer les soins médicaux mais également être à l’écoute, chaque personne ayant son histoire ne pas être dans le jugement de réactions. Le vécu de chacun est unique, il est nécessaire pour nous soignants, de nous adapter à toutes ces situations afin que chacun trouve sa place, et qu’ainsi chacun doit pouvoir prendre ou reprendre un bon départ après le vécu traumatisant de cet incroyable départ dans la vie d’un enfant prématuré et de ses parents.

Encore un mot pour le lecteur ?
Si j’ai franchi le pas de vous dévoiler un peu de mon histoire c’est pour évoquer mon expérience et:
– amener le lecteur soignant à réfléchir sur l’importance de son positionnement auprès des enfants prématurés et des parents
– déculpabiliser les parents s’ils ont eu des difficultés dans cette situation hors du commun. Même une professionnelle de ce milieu soignant a vécu douloureusement cette naissance d’un enfant prématuré.

Que ce soit dans la vie privée ou professionnelle, nos paroles, nos comportements peuvent  avoir un impact très important sur les individus. Je souhaiterais qu’après la lecture de mon témoignage, chacun puisse en tirer quelque chose de positif. S’ouvrir aux autres sans être dans le la peur du jugement. « Facile à dire, parviendrons-nous à le faire ? »

Où puisez-vous votre inspiration ?
Je n’ai absolument pas les qualités d’un écrivain, mais je puise mon inspiration dans les situations que j’ai vécues. J’essaie de transmettre mes émotions par écrit. Mettre des mots sur ses propres souffrances permet de les atténuer voire de les faire disparaître. Je trouve également mon inspiration en étant attentive aux autres, être d’abord dans l’écoute et ensuite dans le partage.