Interview écrite


14 mai 2014
Posté par
Flora

Rencontre avec Marie-Ange Rousselet-Gousseau, auteure de « Comment le dire ? »

Marie_Ange_Rousselet_Gousseau_EdilivrePrésentez nous votre ouvrage en quelques mots.
 » Comment le dire ?  » est un ouvrage d’une soixantaine de pages sur le thème de la dépendance et de la relation d’aide. Ce n’est pas un roman. C’est un référentiel de bonnes pratiques soignantes, un outil ou support pédagogique utilisé pour un enseignement ou certaines formations ciblées. Cet ouvrage est la traduction d’un long travail infirmier, parfois harassant, tant il est précieux à transmettre aux équipes soignantes et à notre entourage. Cet ouvrage est également une histoire racontée d’un quotidien souvent éprouvant pour la personne dépendante qui demande de l’aide.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?
La lassitude à exprimer, répéter, reformuler, sous quelques formes que ce soit, la redondance des recommandations m’ont obligée à trouver un autre moyen de communication. L’écriture était devenue une solution plus perspicace et imprégnante pour nous mener, soignant-soigné/ aidant-aidé, dans une démarche de soins cohérente. Notre savoir- faire et savoir-être exigent un minimum d’aptitudes humaines et/ou de formation. Les paroles s’envolent alors que les écrits restent. Un livre se feuillette, passe de main en main. Le contenu se discute et le message risque moins d’être déformé. La rédaction de cet ouvrage fût également une belle aventure, une notion de plaisir se mêle à un soupçon de thérapie. J’ai appris tout au long de la rédaction et je finis ma carrière tout en la prolongeant à travers ce manuel. Qu’il soit utile à d’autres !

A quel lecteur s’adresse votre ouvrage ?
Cet ouvrage est accessible à tous dans la mesure où le lecteur est sensible aux autres, à ce qui se passe autour de lui. Il s’adresse à tout individu qui partage sa vie avec une personne dépendante (membres de la famille, bénévoles…) mais aussi aux professionnels et futurs professionnels qui cherchent de l’aide et du soutien pour s’accomplir et se réaliser dans ce métier de soignant.

Quelles sont les principales qualités de votre livre ?
C’est une histoire vécue par une vieille dame et écrite par une soignante.
L’écriture y est fluide, le vocabulaire est simple et expliqué lorsqu’il est plus technique. Les recherches sont facilitées et classées par besoins fondamentaux et comme tout outil, l’utilisateur doit se l’approprier. Cet écrit est à la fois fructueux, plein d’espérance mais aussi dérangeant et percutant de vérité.

Quel message avez-vous voulu transmettre à travers votre ouvrage ?
Que donner ne suffit pas ! Il faut donner avant tout en qualité. Pour bien donner, il est indispensable de bien se connaître, être en paix avec soi même. Notre naturel et notre confiance en soi peuvent renforcer nos échanges. Au fil de la lecture, un petit air d’empathie se dessine, l’aidant se met à la portée de celui qui ne voit, n’entend ou ne perçoit plus. Le contenu est un message de bienveillance vis-à-vis de tous ceux qui souffrent, un message de civilité. Savoir que l’aidant (professionnel ou pas) peut aussi avoir besoin d’être aidé, écouté, soutenu et accompagné dans sa mission à tout moment. Le soignant ne s’approprie pas le soin mais le partage, ne violente pas la personne mais respecte sa dignité et son intégrité. Etre soignant demande beaucoup de professionnalisme ! La personne soignée n’est pas le traumatisme crânien, l’Alzheimer, l’accident vasculaire cérébral mais bien Monsieur ou Madame Untel et doit le rester. Le soin doit être libérateur et non réducteur.

Où puisez- vous votre inspiration ?
Principalement sur le terrain en écoutant, en observant, en vivant le quotidien de ces personnes. Certaines m’inspirent, m’enseignent, me donnent à méditer, à saisir l’essentiel d’une vie. Mon tempérament, mes valeurs, mon éducation rentrent en compte et naturellement, apparaissent eux aussi comme source d’inspiration. Notre histoire elle-même nous inspire et c’est parce que je me projette dans un avenir que je suis inspirée et aspirée par lui ! Les idées fusent lorsque je suis seule, en me promenant en forêt ou à l’heure de s’endormir ! C’est un peu plus ennuyeux !

Je m’isole dans une pièce familière, travaille en musique, j’écoute du classique, et je demande à ne pas être dérangée. C’est comme cela ! Mon inspiration me vient des autres, des échanges sur nos différents emplois, nos expériences, notre conception du soin en général. Je m’inspire aussi des projets divers qui se réaliseront, entièrement ou partiellement (projet d’établissement, projets de vie…) et de divers documents comme les chartes, les règlements intérieurs, les conventions collectives…

Quel sont vos projets d’écriture pour l’avenir ?
Dans un avenir proche, aucun, dans la mesure où je ne sais pas comment je vais devoir gérer et communiquer celui qui vient tout juste de voir le jour !

Un dernier mot pour les lecteurs ?
Un bon professionnel, dit-on, est celui qui ne s’investit pas affectivement. Pour autant, il est parfois bien difficile de refouler toutes nos émotions ! Nous partageons les moments les plus intimistes, les plus dramatiques, les plus solennels. Alors que la vie nous offre ces moments intenses, comment rester distant ? Le soin, ai-je dis, se partage ! Il se partage dans les pires comme dans les meilleures conditions. C’est à nous, soignants, de nous adapter aux circonstances.

Infirmière, je reste persuadée que nous pouvons mener notre mission autrement. Pour cette raison, je souhaite que cet ouvrage passe de main en main (comme une grande chaine humaine) pour modifier le schéma, la caricature d’un soin appauvri par le désappointement, le non sens et le dénuement d’une petite poignée de soignants.
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