Interview écrite


30 mars 2015
Posté par
Flora

Rencontre avec Marc Moniot, auteur de « Terre d’écueils »

Marc_Moniot_EdilivrePouvez-vous présenter, en quelques mots, votre ouvrage « Terre d’écueils » ?
C’est un recueil de tableaux poétiques croqués au hasard d’une balade entre Caen et Deauville, avec un long cheminement dans la vallée d’Auge. Le lecteur est invité à découvrir ou redécouvrir des lieux enchanteurs aussi magiques que diversifiés.

Pourquoi avez-vous choisi le genre de la poésie ?
C’est le genre littéraire qui me fascine le plus. Je ne peux pas parler de choix mais d’une perception qui s’impose à ma plume. La recherche continuelle de l’émotion à chaque vers en fait un art à part entière. Si l’approche peut paraître élitiste, je sais où vous allez en venir, je trouve ce mode d’expression le plus absolu qui soit. La poésie est la synthèse de tous les arts. D’ailleurs, elle se cache partout et élève le morceau de musique, le fusain, le roman ou le simple film qui vient vous envahir. Le genre poétique s’impose comme un absolu.

Celui-ci vous semble-t-il plus propice à l’expression de sentiments ?
Le but du poète est de captiver son lecteur dans l’instant, de le bouleverser et de partager avec lui ce ressenti universel commun qui s’exprime sous le prisme individuel. Au delà de l’espace et du temps, les deux protagonistes se retrouvent liés par leur propre histoire et leur vision des choses quasi analogues.

La question s’impose et elle va vous paraître bateau mais la poésie n’est-elle pas un genre vieilli ?
Je ne dirais pas cela en ces termes, même si la question lasse toujours les poètes, il est vrai. Au cours de cette balade que je propose dans mon livre, j’aborde le sujet et rebondis sur une réflexion de Jacques Sternberg qui a vécu à Villers-sur-Mer et y a forgé nombre de ses analyses sur le sujet. Je vous invite à découvrir pourquoi il en est venu à considérer le roman comme une suite d’épuisantes anecdotes qui supporte tout à fait le manque d’imagination vive et la prolixité du vide. Pour aller plus loin, je vous invite à lire sa « préface aux contes glacés ».

Le genre poétique semble compter beaucoup pour vous ?
Depuis des années, je veux faire partie de ceux qui remettront la poésie à sa vraie place. Je souhaite être ce compositeur de musique classique qui redonne aux foules le goût du pur.

À propos du titre, « Terre d’écueils », que cherchez-vous à exprimer à travers votre balade ?
J’invite quiconque, en jouant sur le paradoxe, à braver tous ces dangers imaginaires en cueillant les fleurs de l’ivresse culturelle et en humant tous les parfums singuliers qui nous échappent au quotidien.

Vous semblez jouer avec la mélancolie propre au genre poétique, est-ce travaillé ou cela s’est-il imposé à votre écriture ?
La mélancolie, en tant que telle, infeste les êtres qui ne savent plus savourer les choses, pris dans une dynamique sociale d’idéaux absurdes et de quêtes surannées. Il n’y a qu’une mélancolie, selon moi, c’est celle de passer à côté des choses simples et de fuir devant les beautés du Monde. On en revient à la mode et au matérialisme évoqués toute à l’heure, à ces parasites et ces subterfuges qui enrichissent les majors au dépend de notre âme. Il n’y a que dans ces perspectives que l’on peut parler de spleen.

Vous êtes originaire de Paris et vous déclarez votre amour tout entier à cette partie de la Normandie, vous pouvez nous expliquer ?
Même si je suis parisien depuis des générations, j’ai grandi en Normandie. Lisieux, Pont L’Evêque, Deauville, Trouville, Honfleur, la vallée d’Auge puis plus tard Caen et le bord de mer ont été mes principaux terrains de jeux et je m’y ressource encore tout pleinement. Comme on le dit souvent, les vrais parisiens ont quitté Paris à la fin du siècle dernier, les banlieusards sont devenus parisiens d’adoption et les provinciaux ont envahi la périphérie de la capitale. Il y a sûrement plus de parisiens pure souche au mètre carré dans certains villages du Pays d’Auge que dans n’importe quel quartier de Paname. Le phénomène est similaire en Angleterre, les londoniens d’origine se sont installés dans l’Hampshire ou le Sussex. C’est ainsi que la poésie des êtres s’exprime également dans leur transhumance :  « Terre d’écueils » en est le parfait reflet.

Vous avez fait découvrir vos textes aux principaux maires des communes traversées par votre promenade ?
Oui, ce fût une expérience très enrichissante. Chaque livre apporte ainsi son lot de rencontres aussi bien conceptuelles qu’humaines. La rencontre de ces élus de tout bord, amoureux de leur commune, de leur patrimoine et de la population est quelque chose de poignant. J’ai d’ailleurs recueillis leurs précieux commentaires qui se complètent à la fin de mon ouvrage. Je tiens à remercier, tout particulièrement, ceux qui ont bien voulu partager ainsi un bout de chemin.

Hormis Sternberg, qui rencontrerons-nous d’autres dans « Terre d’écueils » ?
Vous rencontrerez tous les amoureux de ces fabuleux jardins qui composent ce livre. Des romains, des vikings, des gaulois, des britanniques et des américains jusqu’aux aux authentiques normands que vous pouvez croiser chaque jour comme mon fils et ma fille par exemple. Vous y retrouverez Allende, Baudelaire, Flaubert, Guitry, Hambourg, Karr, Le Révérend, Monet, Proust, Sagan, Satie, Troyat mais aussi Albert Ier, Richard II, Guillaume, Jean d’Arc ou Marianne. Et surtout, vous vous y retrouverez vous-même.

Un dernier mot pour vos lecteurs ?
J’aimerais tout simplement leur dire que tous ces textes ont été écrit pour eux, qu’ils sont le témoignage de notre Histoire et de leurs histoires. Je leur souhaite de prendre autant de plaisir que j’ai en ai eu en composant cette oeuvre.