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Interview écrite


4 novembre 2016
Posté par
Guillaume

Rencontre avec Ludovic Lavie, auteur de « Fessenheim, deux heures vingt-quatre »

Ludovic_Lavie_EdilivreOù habitez-vous ?
Je vie à Montpellier, dans le département de l’Hérault, en région Occitanie Pyrénées-Méditerranée.

Présentez-nous votre ouvrage
Dahlia, Samuel et Abdoulaye n’avaient à priori aucune raison de se rencontrer…
Dahlia a un peu plus de cinquante ans. Maman d’une future bachelière, c’est aussi et surtout une femme politiquement et socialement engagée. Dans les années 80, elle a participé à la création du mouvement SOS Racisme et depuis au fonctionnement du parti socialiste à Montpellier, sa ville natale. Mais les changements de majorité municipale aux élections de 2014 et les recombinaisons internes du parti socialiste, à Montpellier, après le décès de Georges Frêche, l’ont exclu du mouvement et l’ont contraint à démissionner de son poste de directrice d’un théâtre municipal. Le poste de directrice de la MJC de Fessenheim, qui vient de lui être confié, lui permet de donner un nouveau souffle à sa vie professionnelle. Elle souhaite marquer son arrivée à Fessenheim au travers d’un festival de court-métrages parrainé par Abdellatif Kechiche et d’une pièce de théâtre La Damnation de Freud pour laquelle les auteurs ; Isabelle Stengers, Lucien Hounkpatin et Tobie Nathan assisteront à la générale.
Samuel a la quarantaine et s’ennuie à mourir ! Professionnellement, après être entré comme rondier, il a pu progresser grâce au cours du soir et est devenu opérateur de nuit à la salle de commande de la centrale nucléaire de Fessenheim. Il aimerait maintenant devenir chef d’équipe mais des maladresses de communication avec sa hiérarchie condamnent son avancement. Sa vie affective n’est pas, non plus, une réussite ! Il collectionne les déconvenues et les échecs amoureux. Alors pour rompre l’ennui, il se tourne vers le libertinage et le sexe sur internet. Il souhaite « entreprendre » une voisine de son immeuble qui lui fait tourner la tête.
Abdoulaye est un jeune diplômé d’un Master II en Management qui après trois années consécutives de chômage s’est résolu à prendre un poste d’ouvrier de maintenance chez Centralbat, une entreprise qui vient d’obtenir, suite à un appel d’offre, le contrat de maintenance du réacteur n°2 de la centrale de Fessenheim. Bien que très loin de ses centres d’intérêts et largement sous-qualifié, ce travail lui permet d’espérer un CDI pour se projeter vers sa nouvelle vie d’adulte. Il cherche avant tout à aider son grand-père Seydou Diop, tirailleur sénégalais, héros de la libération du sud de la France en Août 1944, à finir sa vie tranquillement auprès des siens, à Fessenheim.
…Samuel a une idée géniale : inventer un scénario de court-métrage et passer par le club cinéma de la MJC de Fessenheim pour entrer en contact avec sa voisine, lui proposer le rôle principale et tenter de la conquérir.
Et Dahlia prend contact avec Abdoulaye à qui elle propose le rôle de « Ekidu » le tirailleur sénégalais « obusité », personnage principal de la pièce.
Alors ces trois personnages apprennent à se connaître, à s’aimer et à se confronter les uns aux autres pour mener à bien leurs projets culturels et plus personnels.
Au final, la première de La Damnation de Freud est un véritable succès :  la salle de la MJC est quasiment pleine. Les auteurs, les élus, les journalistes, les amis et les familles sont là. Tous saluent la force de l’engagement de la nouvelle directrice et le talent de ce jeune comédien amateur. Après le spectacle, Dahlia et Abdoulaye se rapprochent dans une jolie et douce idylle qu’ils n’espéraient pas.
Au même moment, à la centrale, Samuel est seul aux commandes. Les rapports conflictuels avec sa hiérarchie ne lui ont pas permis d’être présent à cette représentation. Pourra-t-il faire face à la montée en pression du monstre ? Il est peut être trop occupé à chercher l’amour sur internet ?

Pourquoi avoir écrit ce livre ?
J’ai écrit ce livre parce que j’avais envie de rassembler des histoires vraies vécues par ma famille et mes amis pour les transposer dans une histoire romancée.

À quel lecteur s’adresse votre ouvrage ?
A celles et ceux qui sont intéressés par les gens, l’amour, le sexe, l’histoire et la culture sans opposer forcément l’un à l’autre.

Quel message avez-vous voulu transmettre à travers ce livre ?
Les messages que j’essaie de faire passer dans ce livre sont multiples.
Il y a l’idée selon moi nécessaire, suite aux attentats et au terrorisme islamiste de ces dernières années et des vagues migratoires provenant d’Afrique et du Moyen-Orient, de marquer la reconnaissance de la France aux tirailleurs sénégalais, de la France aux immigrés et en retour des immigrés à la France par la connaissance et la bonne compréhension de l’Histoire, par la transmission et l’action culturelle. L’idée républicaine d’une assimilation dont la définition biologique dans le Larousse est la suivante : « Propriété caractéristique de tous les êtres vivants et qui consiste à introduire dans l’organisme des molécules différentes de celles qui le constituent et à les transformer de façon à les rendre identiques à ces dernières » me plaît assez.
Il y a aussi celui de la tolérance, de la capacité à vivre ensemble et de l’amour possible, quelque soit l’âge, le parcours professionnel ou l’origine ethnique.
Et sur un tout autre registre, la nécessité de proposer une politique énergétique permettant le renouvellement des centrales nucléaires par des énergies renouvelables. En cela, le débat des présidentielles de 2012 n’a fait qu’opposer le souhait de Nicolas Sarkozy de ne pas fermer les centrales nucléaires à la promesse non tenue de François Hollande de fermer Fessenheim durant son quinquennat.

Où puisez-vous votre inspiration ?
Je puise mon inspiration essentiellement dans des faits réels que j’associe et romance. Pour Fessenheim, deux heures vingt-quatre :
Je suis parti de la journée électrique du 02 mai 2012 et tout ce qui se trouve dans le premier chapitre du roman s’est réellement  déroulé ; la tornade, la vente du cri d’Edvard Munch, les enjeux du match de football entre Saint Etienne et le PSG et le débat télévisé des présidentielles.
Ensuite, je me suis appuyé sur l’histoire vraie d’un ami qui s’est vu refusé sa carte du parti sous prétexte qu’il ne l’avait pas réglée sa cotisation alors qu’il s’en était toujours acquitté ; lui qui avait milité une grande partie de sa vie au parti. Enfin, sur l’histoire vraie d’une amie d’origine Algérienne qui travaille au sein d’une MJC et sur l’Histoire vraie de la libération, par le sud, de la France en Août 1944.
J’ai rencontré Tobie Nathan lors d’une conférence qu’il est venu faire dans un établissement de psychiatrie dans lequel je travaillais. La pièce « La Damnation de Freud » est réellement écrite par Isabelle Stengers, Lucien Hounkpatin et Tobie Nathan.
Pour l’accident de la centrale, je me suis inspiré des descriptifs d’accidents de « Three Misles Island » et de « Tchernobyl » et de ma connaissance du comportement des opérateurs sur simulateur pleine échelle.
Et autour de tout cela j’ai ajouté des chansons et des livres qui m’ont inspiré. Ainsi les personnages de Samuel et Fantaisie me viennent de l’Album d’Alain Bashung Fantaisie Militaire qui comporte une chanson qui s’appelle Samuel Hall. L’idée des conversations sur les sites web m’est venu du livre L’amour et les Forêts d’Eric Reinhardt. L’idée même de partir de faits réels m’est venue du livre Rue des Voleurs de Mathias Enard qui prend appui sur l’attentat malheureux mais réel de la place Jemaa el Fna à Marrakech.

 Quels sont vos projets d’écriture pour l’avenir ?
J’ai commencé un second roman qui part lui aussi d’un fait réel : une ferme avicole est spécialisée dans la couvaison et la pondaison de poussins. Or sur le tapis roulant rassemblant les poussins nouvellement éclos, des ouvrières tri les males des femelles. Les mâles, insuffisamment rentables aux yeux de l’industrie avicole sont broyés alors que les femelles conservent la vie mais sont ébecquetées au laser pour être transportées sans blessure dans des trop petites boites en carton.
L’histoire est la suivante : Mathilde Durieux a réalisé son stage de Master II de la filière agro-éco dans une usine avicole aux états unis dans laquelle les poussins males sont tués et les femelles ébecquetées. Sa soutenance de  stage est perturbée par des groupuscules d’étudiants contestataires de ce genre de pratiques. Elle doit être reportée. Or, ce report va avoir des conséquences fâcheuses sur la vie et l’état de santé de Mathilde. Au final la question posée est celle de la valeur de la vie animale et humaine dans un monde qui comptera près de 10 milliards d’habitants en 2050.

Un dernier mot pour les lecteurs ?
Lisez Fessenheim, deux heures vingt-quatre ! C’est un petit roman facile à lire. Si vous aimez la vie, l’amour, le sexe, la république, les immigrés et les accidents nucléaires vous serez servis !