Rencontre avec Laura Mouzaia auteure de  » L’enfer diabolique  »

Mouzaia_Laura_Edilivre

© Anaïs Matisse

Pouvez-vous nous présenter  votre ouvrage L’enfer diabolique ?
L’action se déroule au cœur d’une institution cléricale, dans un monde masculin qui prêche une certaine morale, un ordre. J’ai voulu mettre l’accent sur la rigidité du système, le traitement de la différence, les relations hommes-femmes, et les multiples enjeux du religieux avec le politique. « L’enfer diabolique » c’est l’envers du décor, les coulisses des coups tordus, des comportements les plus vils. Et c’est la résistance de Léa l’héroïne qui nous fait découvrir la toute puissance institution cléricale, avec ses fonctionnements, et ses multiples facettes, gangrenée par le silence des robes noires. C’est sa quête de la justice qui nous révèle le poids du pot de fer. L’héroïne est le moteur du roman car elle est animée par cette question brûlante du pourquoi, et nous conduit dans un labyrinthe aux eaux troubles.

Par votre écrit, quel(s) message(s) souhaitez-vous transmettre ?
La méfiance des dogmes, du modèle unique, le danger de tous les pouvoirs. L’indécence du tout puissant, le danger du non respect du droit, de la morale.

Qu’entendez-vous par « déshumanisation de la société » ?
Le délitement de la société, la perte des valeurs fondatrices, l’indifférence ordinaire qui tue, la résignation.

A travers votre ouvrage transparaît une vision assez noire de notre société. Pensez-vous qu’elle puisse s’améliorer ? Si oui, pourquoi ? Si non, pourquoi ?
J’ai décrit un système avec un fonctionnement unique, un monde puissant, masculin, c’est une réalité. Un écrivain est toujours le photographe d’un instant, d’un lieu ou milieu.  Dans ce roman  j’ai décrit un système tout puissant, c’est un lieu de paradoxes, qui va générer des tensions, et là la plume et le regard de l’écrivain interviennent si la société change, forcément mon regard changera, mais le changement doit venir de l’intérieur.  Malheureusement ces systèmes évoluent lentement, et sont hermétiques à toute critique. Un système quel qu’il soit ne peut continuer à exister s’il s’impose et impose l’amnésie, l’autisme, et le silence, il finira toujours par exploser. Aujourd’hui il y a peu de place à l’ouverture, tout est verrouillé et je suis inquiète.

D’où vous vient cette passion pour l’écriture ?
Ma passion de l’écriture a été précédée par la passion de la lecture, après une forte consommation de lecture, je lisais tout ce que j’avais sur la main, un vampire. La lecture est un tremplin à l’écriture, et le destin fait le reste. Ce sont les auteurs comme Victor Hugo, Zola qui ont forgé mon regard sur la condition humaine.

Que recherchez-vous dans l’écriture ?
Ecrire c’est témoigner, c’est oser, c’est s’engager c’est une forme de résistance. En même temps l’écriture a une vertu : l’apaisement, elle panse certaines blessures, mais ne les guéries pas.
Quel serait le plus beau compliment qu’un lecteur puisse vous faire ?
Qu’il se reconnaisse dans cette forme d’engagement, de résistance décrite dans « l’enfer diabolique » car ce sont les droits de l’homme qui sont ici bafoués.

Avez-vous d’autres projets d’écriture ?
Oui, car l’écriture est pour moi une nécessité, une urgence, c’est vital, un autre roman m’habite déjà.

Un dernier mot pour vos lecteurs ?
J’espère qu’ils apprécieront comme la première fois, la narration, le style et la mise en scène du roman. Et je leur dis bonne lecture avec un zeste d’indignation pour l’inacceptable !