Rencontre avec Karine Capillon, auteure de  » Les Vies d’Emilie « 

Karine_Capillon_EdilivrePouvez-vous introduire, en quelques mots, votre ouvrage ?
C’est un roman, un récit… le récit d’une demi-vie pourtant bien remplie mais pas accomplie. C’est l’histoire d’une enfance compliquée, d’une adolescence torturée. C’est l’histoire d’une femme qui n’a pas encore trouvé l’épanouissement.

Qui est Emilie, le personnage principal ?
Emilie était une enfant entourée mais seule, réservée. Elle est devenue une adolescente sage aux yeux du monde mais débordante de troubles, bouillonnante de questionnements, remplie d’incompréhension. Emilie est aujourd’hui une femme sans repères, qui a perdu « ses murs porteurs » pour reprendre la chanson de Florent Pagny. Il se présente plusieurs routes possibles pour l’avenir mais elle reste bloquée sans savoir quelles décisions prendre.

A travers le pluriel du titre, cherchez-vous à mettre en avant la double vie d’Emilie ?
Emilie a effectivement une double vie… sa vie intérieure trop tourmentée et sa vie extérieure où elle s’est trop souvent cachée derrière une apparente joie de vivre. Mais en fait ce qui est évident c’est qu’à chaque étape importante de sa vie, il y a eu des cassures qui ont fait qu’elle a, à chaque fois, recommencé quelque chose de nouveau. Donc on peut compter 5 ou 6 vies déjà. (Sourire)

Votre ouvrage a-t-il un caractère biographique, autobiographique ?
Tout à fait. Je suis 100% Emilie. Ce sont des périodes d’insomnies qui m’ont fait écrire ces pages. J’ai toujours, comme toutes les adolescentes, rempli des journaux, des cahiers, avec mes sentiments, mes angoisses, mes envies, mes rages. Ecrire c’est un peu remettre de l’ordre dans sa tête. Mais j’ai, à chaque fois, fini par tout détruire pour ne pas laisser de traces. Pour être honnête, je traverse une période compliquée, j’ai profité de mes heures nocturnes perdues pour écrire ce que j’avais sur le coeur et faire une sorte de bilan. C’est un peu comme se raconter à un psy et lui demander « Voilà ce que je suis, est ce que c’est grave Docteur ? » (Sourire) Je l’ai fait lire à une amie auteure de métier, Sandrine Roy, qui a d’ailleurs écrit ma préface. Mon but premier n’était pas de le publier, mais elle m’a encouragé avec tellement de gentillesse et d’enthousiasme que j’ai tenté la publication. Le pas n’était pas facile à franchir pour moi car s’ouvrir au monde de cette façon peut paraître impudique peut-être.

Quel en est le ton principal : pathétique, tragique ?
Ce n’est pas un ouvrage tragique, les malheurs d’Emilie ne sont que de petits malheurs par rapport aux vrais drames du monde. Tellement de gens vivent des choses atroces, vraiment tragiques comme perdre un enfant, combattre une maladie terrible, une souffrance physique, la vraie pauvreté, tout cela est tragique. Vivre une guerre c’est abominable. Emilie a juste eu un destin malheureux qu’elle n’a pas encore réussit à intégrer et à surpasser pour vivre heureuse. Un lecteur sensible trouvera j’espère le récit émouvant et touchant. Peut être que certains trouveront des similitudes avec leur propre chemin, et se réconforteront en se disant que finalement ils ne sont pas seuls. Mais je suis consciente par exemple qu’un lecteur plus âgé qui aura vécu la dernière guerre, avec la faim et la peur, ne comprendra pas la « petite » souffrance d’Emilie.

Cherchez-vous à démasquer les faux-semblants à travers votre récit ?
J’ai, de fait, eu quelques retours de mes premiers lecteurs. Il n’y en a pas un seul qui n’ait pas vécu de petits drames dans sa vie. Que ce soit dans l’enfance ou dans sa vie d’adulte, tout le monde a des doutes, des angoisses, des douleurs enfouies. Et ces mêmes personnes, si vous les croisez dans une soirée entre amis, vous n’imaginerez jamais ce qui se cache derrière leur masque. Pourquoi chacun a peur de dire, de montrer ce qu’il est vraiment ? Dire « voilà ce que j’ai vécu, j’en souffre mais grâce à vous je survis avec ça et je garde le sourire », ce n’est pas difficile si on ne craint pas le regard des autres. Si nous arrivions tous à déballer nos sacs à dos, nos entourages nous comprendraient mieux. Mais la société impose l’épanouissement, la beauté, le sourire, le dynamisme, alors il faut faire comme si… pour être intégrer.

Un dernier mot pour vos lecteurs ?
Ce n’est pas un livre rempli de gaieté, c’est juste l’histoire d’une vie ordinaire désorganisée…à qui la faute ? Que vous soyez parent, mari, ami, frère, soeur, oncle, vous êtes Emilie…ou vous connaissez une Emilie.