Interview écrite


26 janvier 2015
Posté par
Flora

Rencontre avec Julien Ndzengui Ibala, auteur de « Exode rural »

Julien_Ndzengui_EdilivrePrésentez-nous votre ouvrage en quelques mots ?
« Exode rural » est un ouvrage de 5 chapitres qui retrace la vie assez difficile d’un jeune homme vivant avec ses grands parents à Nfoulayong, son village. Afin de poursuivre sa scolarité, Petitos est contraint d’aller à la capitale considérée comme l’eldorado. Il découvre que la réalité n’est pas conforme à ce que lui rapportaient ses camarades. Il va prendre appui sur les études, auprès de son père, pour sortir de la précarité. Après quelques années passées en France où il revint nanti d’un Master en communication, il sera confronté au chômage.
Ayant souffert des propositions indécentes, il va finir par trouver un emploi, par recommandation. Quand Petitos se maria avec son amie d’enfance Thecy, il faut dire que son bonheur avait été profondément terni par la disparition de ses grands parents, victimes d’un incendie, qui n’avaient même pas bénéficié des fruits du travail de leur petit-fils.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?
Beaucoup de raisons ont présidé à l’écriture de mon livre. Tout d’abord, en partant de l’idée que ma tradition Vungu ou Sango et celles de tous les gabonais en général repose sur l’oralité, le besoin imminent de garder nos us et coutumes en mémoire a participé à la conception de ce livre en vue de sa transmission aux jeunes générations. C’est une façon pour moi de contribuer à la préservation de la culture livresque de mon pays.
Ensuite est venue la nécessité de faire un témoignage des faits de société qui ont marqué mon adolescence. Si certains ont pour but de dénoncer une injustice sociale, un chômage des jeunes ou encore une dépravation des mœurs, d’autres au contraire peuvent porter sur une réalité plus gaie comme par exemple une histoire d’amour ou un esprit de solidarité.
Enfin, j’ai écrit ce livre pour partager un point de vue sur des questions touchant au quotidien et j’ai aussi voulu écrire pour faire passer des émotions, des sentiments dans le but de toucher mes lecteurs, de provoquer quelque chose en eux.

À quel lecteur s’adresse votre ouvrage ?
Mon ouvrage s’adresse au grand public. Je voudrais de prime abord attirer l’attention des parents dans la nécessité qu’ils ont à prendre au sérieux l’avenir de leur progéniture. Cela ne sert à rien d’inscrire un enfant dans un établissement scolaire si votre rôle ne se limite qu’à lui donner à manger et ne lui demander ses résultats qu’en fin d’année.
Au fond, « Exode rural » a été écrit pour la jeunesse du monde entier, celle qui a la volonté de réussir mais n’a rien dans le ventre le matin au réveil. Oui c’est à vous que ce livre est destiné, jeunes gabonais. C’est à vous que je pensais quand je dormais à 4 heures du matin en écrivant tous ces chapitres.
Ce roman ressemble-t-il en partie à votre histoire ?
En effet, il me sera difficile de répondre par la négative. Oui, ce roman a la particularité de mettre au grand jour quelques faits qui me sont intrinsèquement liés. Il s’agit notamment du portrait moral du personnage principal, Petitos ou encore du décès de mon grand-père par un incendie à qui je rends hommage dans mon livre. On peut aussi, si vous le voulez, ajouter le fait d’avoir connu mon père bien plus tard.
A contrario, son parcours scolaire et professionnel est loin d’être le même que le mien.

Quel message avez-vous voulu transmettre à travers votre ouvrage ?
J’ai voulu montrer dans mon ouvrage que : « Malgré la durée de la nuit, le jour finit par triompher », comme mon défunt grand-père aimait à le dire. Cela dit, la nuit représente toutes les difficultés que traverse la jeunesse Africaine en général et celle gabonaise en particulier. Ces difficultés tiennent à la précarité, au chômage et l’analphabétisme. Par un trésor d’imagination, on a même habillé, pour faire joli, le nom des pauvres, pour devenir : « les gabonais économiquement faibles ». Par jour, il faut entendre la lumière, l’affranchissement de la difficulté, la réussite sociale, celle dont Petitos en est le porte étendard. Par une volonté indéboulonnable et un optimisme voltairien, il a fait des études son arme de destruction d’une situation précaire pour s’affirmer dans la société.
À travers mon livre, j’ai voulu transmettre un message d’espoir à cette jeunesse qui perd peu à peu ses repères et ne sait plus à quel saint se vouer. Elle doit avoir la volonté de croire à des lendemains meilleurs. A ce sujet, Philippe Gabilliet, lors d’une conférence sur l’éloge de l’optimisme, nous invite à être optimistes dans le but qu’on veut atteindre. Certes, on peut avoir des difficultés dans notre vie quotidienne parce que nous n’avons pas les moyens nous permettant d’atteindre notre but : Mais, soyons prêt à affronter ce qui pourrait mal se passer. Personne n’a jamais réussi en prenant appui sur ses carences.

Où puisez-vous votre inspiration ?
Mes sources d’inspiration sont diverses et variées. Il peut s’agir de mes souvenirs personnels quand j’étais adolescent tout comme les expériences de mes proches, amis et connaissances, peuvent m’aider à vêtir un chapitre. Il m’est arrivé d’entendre parfois des discussions dans des transports en commun. Cela peut participer à l’enrichissement de ma production livresque. Mais tout compte fait, je lis beaucoup plus la presse et les romans.
Pour finir, je m’en voudrais si j’oubliais de dire que le contact humain que j’ai avec certaines personnes directement m’aide à avoir un point de vue sur telle ou telle autre question. Ma fiancée, Andeme, tout naturellement en fait partie.

Quels sont vos projets d’écriture pour l’avenir ?
Mon projet dans l’immédiat c’est de voir publier mon deuxième ouvrage. Je l’ai déjà envoyé, pour examen, à ma maison d’édition Edilivre. J’attends que le comité de lecture me donne leur avis.
En outre, pour répondre aux sollicitations de mes lecteurs qui me font la gentillesse de me rappeler que je suis un juriste d’entreprise et qui me demandent à quand un livre de droit, je tiens à les rassurer qu’un ouvrage sur une question de droit des sociétés dans l’espace Ohada est en projet. Je m’attèle à sa réalisation afin de satisfaire ma  » juris familias « .

Un dernier mot pour les lecteurs ?
J’ai écrit « Exode rural » pour vous chers lecteurs, afin que dans vos métros ou dans vos sogatra vous ne vous ennuyez pas. C’est mon premier livre. Je vous souhaite une bonne lecture et je caresse l’espoir que celui-ci captive votre attention. La réussite sociale de votre enfant, qui est au cœur de cette histoire, dépend de vous. Que Dieu vous bénisse. Je vous remercie.