Interview écrite


31 mars 2015
Posté par
Flora

Rencontre avec Jack Samat, auteur de « La Ballade lunaire »

Jack_Samat_EdilivrePrésentez-nous votre ouvrage ?
C’est un recueil de poésie qui propose une certaine évolution de ma propre condition. J’étais seul et triste quand je l’ai commencé puis je l’ai terminé en étant fiancé et heureux. Les poèmes constituent la mutation que j’ai effectué, ce passage de la solitude à l’extase en passant par de nombreux états comme la colère ou la douleur. Certains poèmes sont directement explicites de ce que j’éprouve et d’autres sont exprimés à travers une histoire tout de vers et de rimes ou d’hommage comme le texte que j’ai écrit à la gloire du Comte de Monte-Cristo qui trahissait ma sensation d’enfermement notamment. Ce recueil, c’est ça : le voyage de la solitude vers l’extase qui se termine par l’harmonie de deux corps amoureux. Comme un accomplissement. Il s’agit ni plus ni moins de ma propre histoire. D’une petite partie de mon histoire pour être plus précis.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?
Parce que je m’ennuyais. Pour tout dire, j’étais parti en Belgique pour essayer de reprendre mes études après une longue et violente dépression. J’avais écrit des poèmes par le passé mais c’était ce qu’on pourrait qualifier de « poèmes d’ados ». La plupart ne voulaient rien dire et ne se contentait que d’assembler métaphores sur métaphore pour offrir un semblant de beauté. En plus de cela, les 3/4 étaient plagiés des diverses chansons que j’écoutais. Je n’avais jamais lu de poésie sauf ce qu’on m’avait enseigné à l’école et je me permettais d’en écrire… Quand j’y repense, j’en ai bien honte. Donc, j’étais en Belgique pour tenter d’obtenir le diplôme du CESS et pouvoir ensuite accéder à une école de cinéma. Un après-midi, il pleuvait énormément. Je ne pouvais pas sortir et je commençais à me sortir vraiment mal dans ce pays, loin de mes amis et de ma famille. Une idée m’a traversé alors l’esprit pour vaincre mon ennui et mon mal être, ce fut d’écrire un poème et donc de coucher sur papier ce que je ressentais : la solitude notamment. Je me suis dit pour me motiver que maintenant que j’avais mûrit (du moins, l’espérais-je), je pouvais écrire un poème au minimum correct. Le résultat n’était finalement pas dégoûtant mais dénudé de toute structure. J’ai continué d’en écrire dans l’espoir de m’améliorer. Après quoi, j’ai rencontré une femme qui est rapidement devenue ma muse. Sa présence m’a aidé et motivé pour écrire d’autres poèmes. Quand je suis revenu en France (j’avais décidé d’abandonner définitivement mes études en Belgique), j’avais écrit plus d’une quarantaine de poèmes, de styles et de genres différents. J’en ai choisi une vingtaine sur les conseils d’un ami dans le but de ne pas embourber le lecteur et de le confronter à des poèmes qui obéissent à une idée, à une structure bien définie. Mes quelques poèmes utilisant, par exemple, l’argot urbain n’avaient pas leurs places dans ce recueil. Voilà d’où tout est parti : une journée pluvieuse et un ennui mortel.

Pourquoi avoir choisi le genre poétique pour votre oeuvre ?
Je n’ai jamais réussi à écrire un roman en entier et je n’aime pas faire une pause dans mon travail pour le finir un autre jour. Au départ, je voulais écrire des histoires. Raconter des histoires. Peu importe le support. Je voulais et je veux toujours réaliser et scénariser des films, exposer des photographies, peindre ou encore dessiner des bandes-dessinées ou des albums pour enfant. J’ai des tonnes d’idées d’histoires. Je dois en avoir plus d’une soixantaine dans la tête qui ne demandent qu’à être racontées. Certaine ne peuvent l’être qu’au cinéma, d’autres doivent être lues sur papier etc etc. La poésie était la seule forme de littérature que je parvenais à maîtriser. Si j’avais su, j’aurais essayé d’écrire des nouvelles mais ça ne m’avait, étrangement, jamais effleuré l’esprit. Les poèmes étaient donc les seules textes que je parvenais à terminer sans en avoir marre. C’est en quelques sortes par facilité que j’ai choisi la poésie pour véhiculer mes émotions mais aussi par amour pour la littérature et pour la poésie elle-même, évidemment.

Que signifie ce titre, « La Ballade Lunaire » ?
Il y a quelques années, j’avais eu l’idée d’une histoire qui débutait dans un désert froid avec une lune complète pour unique lumière. Le personnage fuyait quelque chose, on ne savait trop quoi, sous l’éclat de la lune blanche. J’avais alors trouvé instinctivement le titre « La Balade Lunaire ». Puis j’ai ajouté un « l » en plus pour former un jeu de mot entre Balade et Ballade. Les amis à qui j’en parlais me demandait toujours s’il s’agissait d’une promenade ou d’une forme de musique, ça m’amusait.
Puis cette histoire a été abandonnée mais j’ai gardé le nom en tête et je me suis dit que si jamais j’écris quelque chose plus tard qui colle à ce titre, je pourrais le ressortir. Et c’est arrivé pour ce recueil de poésie. « La Ballade Lunaire », ce n’est rien d’autre que l’évocation d’une promenade au clair de lune. Je pense que c’est l’un des moments où l’on peut être le plus lucide sur ce qui nous arrive, où nous sommes parfaitement conscients de nos réflexions. Peut-être est-ce l’influence de la lune elle-même ou celle de la nuit. Certains prétendent que la nuit est un autre monde, une sorte de monde parallèle. Je vois mon recueil comme cela. Un voyage dans un autre monde, celui de ma tête.

À quel lecteur s’adresse votre ouvrage ?
Je pense pas qu’un expert en poésie puisse apprécier ce recueil. Ce n’est qu’un premier jet, qu’une sorte de brouillon de ce qui m’attend. Même si j’ai soigné sa finition du mieux que j’ai pu, cela reste une ébauche. De ce fait, il n’est pas aboutit et ne le sera sûrement jamais. Mais c’est la même chose pour tous les poètes du monde, que ce soit Baudelaire, Rimbaud, Mallarmé ou Kitano. Du moins, c’est ce que je crois. Du coup, je pense que mon ouvrage s’adresse en premier lieu à des gens appréciant simplement lire des poèmes sincères et qui ne recherchent pas forcément l’aboutissement de la poésie ou d’une de ses formes. Je ne serai sûrement jamais capable de proposer cela. Non, non, ce recueil est pour ceux qui aiment la poésie d’un amour simple ou qui veulent débuter leurs connaissances dessus. Il n’y a rien de profond dans ce recueil, simplement des dessins de ce que j’éprouvais.

Quel message avez-vous voulu transmettre à travers ce livre ?
Ce que je vivais à l’époque et comment je m’en suis sorti. Aussi que la lumière est toujours plus intéressante que l’obscurité. Ce n’est pas une histoire du genre  » ne jamais abandonner « ,  » croire en ses capacités  » etc, ce n’est pas aussi simple. Ce recueil dit qu’il faut savoir être assez malin pour arriver à se contenter de ce que l’on possède. Que de se diriger vers le bonheur sera toujours mieux que d’aller vers le malheur même si certaines personnes restent persuadées du contraire et pensent être nées pour souffrir. Il faut s’enfuir vers la lumière. Mais ce n’est pas simple, je le reconnais.

Où puisez-vous votre inspiration ?
Je travaille toujours avec de la musique. C’est une aide précieuse. Parfois, la musique me transmet une image qui alimente mon inspiration et donc mon écriture. Souvent, un moment de ma vie me semble singulier et j’ai envie de le raconter. Alors je le note quelque part. Mais mon inspiration principale, ce sont mes rêves. Je fais souvent des rêves qui me fournissent une base à un poème. Une vision dont je me souviens au réveil par exemple. Et quand je bloque devant un poème, je lis ceux des autres. J’ai souvent lu et relu Les Fleurs du Mal en écrivant La Ballade Lunaire. J’ai appris des mots et surtout j’ai appris comment placer certains. J’ai appris un univers et comment le retranscrire. Il s’agit de lire pour bien écrire. Pour être un bon écrivain il faut beaucoup lire, c’est connu comme combine.

Quels sont vos projets d’écriture pour l’avenir ?
J’écris en ce moment mon deuxième recueil de poèmes. Je crois en être à la moitié. Celui-ci ne sera plus basé sur mes propres émotions mais sur des fantasmes et sur un thème précis et chaque poème y répondra d’une manière ou d’une autre. Conjointement à ceci, j’ai débuté la rédaction de nouvelles et j’en ai déjà terminé trois. Apparemment, elles plaisent beaucoup à mon entourage. Je pense en écrire encore quelques unes (j’ai beaucoup d’idées en tête) et voir si je peux les réunir pour former un recueil de nouvelles cohérent. Une des nouvelles que j’ai récemment reprise (j’avais cessé de l’écrire pendant un petit moment) commence à s’étaler sur un bon nombre de pages. Ce n’est pas impossible que cette nouvelle devienne finalement un court roman. En tout cas, je l’espère.

Un dernier mot pour les lecteurs ?
Je ne sais pas vraiment quoi dire si ce n’est « merci » d’avoir pris le temps d’arriver jusqu’au bout de cette interview et de m’accorder un peu d’intérêt. Mais il parait qu’il vaut mieux finir par une citation donc je vais sous servir une de mes préférées et qui vient d’Alexandre Astier. Une citation qui me correspond assez bien :
« La réussite n’est ni plus ni moins qu’un échec qui a mal tourné. »