Interview écrite


8 septembre 2016
Posté par
Guillaume

Rencontre avec Guy Bellinger, auteur de « Les Échardes du temps »

Guy_Bellinger_EdilivreOù habitez-vous ?
Je suis lorrain et, en dehors de deux années passées en Algérie, je n’ai jamais quitté ma région natale. Né à Metz, je vis à Montigny-lès-Metz, commune limitrophe, et j’ai enseigné successivement à Stiring-Wendel, Creutzwald, Briey, Thionville et, naturellement, à Metz.

Présentez-nous votre ouvrage. Pourquoi l’avez-vous écrit et quel message voulez-vous faire passer ?
Contrairement à mon précédent ouvrage, « Contes à l’endroit, contes à l’envers », qui était un recueil de nouvelles, « Les Échardes du temps » se présente sous la forme d’un roman. Je souhaitais en effet passer davantage de temps en compagnie de mon couple de héros, consacrer plus d’espace à la description de la société absurde et inique dans laquelle ils évoluent. Je voulais aussi que mes lecteurs puissent suivre cette histoire d’amour pas comme les autres dans tous ses développements et avec un maximum de retournements de situation. De toute façon, « Les Échardes du temps » ne fonctionne pas comme une nouvelle à chute, dont la surprise finale clôt le récit comme une porte qui claque ; l’intrigue se déploie au contraire de manière linéaire pour se conclure de façon harmonieuse (quoique surprenante).
S’il fallait le définir, je dirais que c’est un livre d’amour. Celui du couple central d’abord, qui unit de manière inattendue un scientifique sans conscience à son cobaye, ce qui représente rien moins que la transgression d’un tabou dans le monde absurde qui est le leur. C’est aussi une déclaration d’amour que je voulais, moi, adresser à Boris Vian, cet écrivain hors norme que, comme beaucoup de mes camarades de lycée, j’ai découvert au milieu des années 1960. Enthousiasmé par sa liberté de ton, son incroyable fantaisie, son travail sur la langue, sa poésie foutraque et son énorme tendresse, ses livres m’ont littéralement happé. A l’âge de 17 ans, j’ai voulu lui rendre hommage en écrivant un roman dans son style et il en est résulté au bout de quelques mois d’efforts une première version du livre actuel. La relisant il y a quelques années, j’y ai trouvé nombre de défauts, que j’ai essayé de corriger dans cette nouvelle mouture, entièrement réécrite.
Comme dans « L’Écume des jours », on y trouvera un monde très proche du nôtre (certains lieux et monuments par exemple appartiennent au patrimoine parisien), mais dont les us et coutumes sont légèrement ou carrément décalés : on y tue sans état d’âme, on y effectue des tâches stupides sans s’interroger, la république est dite tyrannique mais le dictateur n’est pas celui qu’on croit, la technologie y est très avancée (les trains y volent par exemple) mais la science s’est mise au service exclusif du consumérisme, l’art y est frelaté – et je pourrais multiplier les exemples. Il n’est pas jusqu’au temps qui ne s’écoule pas tout à fait comme chez nous : des journées peuvent s’y écouler en ce qui n’est pour nous qu’une minute, il peut y avoir 286 jours dans un mois, lequel se nommera Novars. En résumé, bien que tout dans le monde des « Échardes du temps » soit différent à nos yeux, rien ne nous y paraît non plus totalement étranger. C’est que, comme chez Vian, les deux univers sont poreux, ce qui tend à démontrer qu’une règle édictée par notre société peut facilement, si l’on n’y prend garde, être détournée, galvaudée et utilisée à mauvais escient.

Quels sont vos projets d’écriture ?
Je travaille actuellement, en collaboration avec mon ami de toujours Daniel Collin, à un recueil d’histoires étranges, inquiétantes ou horrifiques dont le titre sera « Metz noir ».

Un dernier mot pour les lecteurs ?
Je leur conseille de mettre au vestiaire tout a priori, d’entrer bille en tête dans le monde déjanté des « Échardes du temps » et de se laisser porter par la tendre idylle de Paul et d’Yvonne. Tendre mais pas niaise, car à la différence de Chloé dans « L’Écume des jours », Yvonne est loin d’être diaphane et passive, c’est une jeune femme d’aujourd’hui qui sait ce qu’elle veut et qui ne se laissera pas étouffer… par un nénuphar.