Interview écrite


16 décembre 2013
Posté par
Flora

Rencontre avec Florent Lucéa, auteur de  » Nouvelles Enivrantes de Vanille et de Rhum « 

Florent_Lucéa_EdilivrePouvez-vous introduire, en quelques mots, votre ouvrage ?
« Nouvelles Enivrantes de Vanille et de Rhum » vise à entraîner le lecteur dans un voyage de couleurs, de senteurs et de chaleur sous les Tropiques pour rencontrer des personnages hauts en couleurs, avec des caractères bien trempés, des aspirations, des rêves et des problèmes inhérents au commun des mortels.
Ils se veulent les garants d’un équilibre et luttent pour pérenniser leur monde. Ils sont à part parce qu’ils vivent dans des lieux idylliques mais derrière le décor de carte postale, se cache une réalité rude, insolite et titillant les sentiments.

A quoi rendez-vous hommage à travers cet ouvrage ?
Je rends hommage à mes ancêtres dont le sang coule dans mes veines. Je rends hommage aux indiens caraïbes, aux africains esclaves, à leur sang versé pour leur liberté, aux métissages, à l’union de deux cultures et tout cela à travers mes personnages qui vivent ensemble, se battent pour leurs idéaux, se cherchent aussi quelque part.
Je rends hommage à mes parents, à leur union, aux habitants des îles, de la Guyane, à mes amis de Guadeloupe, à ma famille de Martinique, à mes racines ancrées profondément dans la terre rouge dont on fait les poteries, la pierre volcanique des seigneurs endormis et le sable blanc des plages paradisiaques.
Je rends hommage aux gens qui cultivent leur différence, aux gens qui ont le cœur pur et l’âme sûre. Je rends hommage à la différence quelle qu’elle soit qui est pour moi une richesse. Comme le disait si bien Saint-Exupéry : « si tu diffères de moi mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis. »

Les lieux que vous décrivez vous tiennent-ils particulièrement à cœur ?
Les lieux que je décris me tiennent particulièrement à cœur parce que j’ai vu deux d’entre eux de mes propres yeux. J’ai vécu en Guadeloupe durant deux ans et j’ai de la famille en Martinique que j’ai visitée plusieurs fois durant ma vie. Pour la Guyane et la Réunion, je me suis inspiré de souvenir de livres, de reportages télévisés ainsi que de recherches personnelles.
Je m’inspire de lieux que j’ai visités, des éléments (les couleurs chamarrées, les senteurs des fleurs odoriférantes, les musiques entêtantes, les goûts des plats traditionnels) qui ont marqué mes sens et ma mémoire ou qui ont un intérêt dramatique et narratif à mes yeux.
J’aime tisser une toile narrative qui amène le lecteur à se projeter dans des lieux qu’il ne connaît pas et qui le marqueront aussi de leur empreinte.

Vous introduisez votre livre par un poème. Est-il de votre cru et que représente-t-il pour vous ?
Ce poème est de mon cru. Il m’a été inspiré comme celui qui achève l’ouvrage par des thèmes forts relatifs aux Antilles.
Le poème qui introduit m’a été inspiré par l’éruption de la Montagne Pelée qui a eu lieu en Martinique au début du XXème siècle. Il représente pour moi le frêle équilibre des régions dormant à l’ombre d’un géant de lave. Tout peut basculer à tout moment. Le volcan, cet être mythique et mystique qui fascine autant qu’il terrorise, m’attire en tant que force de la nature.
Je voulais rendre hommage aux victimes. C’est ce qui m’a poussé à achever mon ouvrage par un poème sur l’esclavage. Je voulais honorer mes ancêtres un peu comme une prière païenne, comme un mantra ou une offrande afin de m’attirer les bonnes grâces des divinités séculaires communes à l’Afrique et aux Antilles.
Je voulais aussi crier ma révolte contre l’exploitation de l’homme par l’homme. Je voulais dire ma haine contre ceux qui plongent des gens dans l’esclavage, notamment des enfants. Ce poème rend hommage aux Reste-Avec d’Haïti, ces enfants esclaves, aux enfants des briqueteries chinoises, aux enfants porteurs d’eau à Kaboul, aux enfants mariés de force, vendus pour travailler ou pire, aux jeunes mineurs qui rampent dans des tunnels exigus pour trouver de l’or ou des pierres précieuses.
Ces poèmes sont courts mais ils sont fondamentaux et sont comme une porte d’entrée et une porte de sortie dans mon ouvrage.

Votre récit se base-t-il sur votre propre vie ou bien l’avez-vous romancé ?
Les situations qui jalonnent « Nouvelles Enivrantes de Vanille et de Rhum » sont romancées mais se basent sur des lieux réels. Certaines m’ont été inspirées par des lectures, des films, des recherches ou des souvenirs comme pour celle en Guadeloupe. J’ai vu de mes yeux l’eau envahir Pointe à Pitre. J’ai aussi vu la splendeur du jardin luxuriant de Balata en Martinique.
Je me suis aussi inspiré de gens rencontrés en transformant leur caractère, en exacerbant leurs défauts, en croisant plusieurs personnes. Ce que je vis nourrit mon écriture comme ce que je lis, ce que je vois et ce que je ressens.

Un dernier mot pour vos lecteurs ?
Je vous propose, chers lecteurs, une aventure sensorielle vers une destination magique qui fait souvent rêver mais je vous invite à gratter la peinture exotique qui recouvre les mondes tropicaux pour découvrir la réalité derrière le paradisiaque. Profitez d’un moment ludique dans des zones tropicales qui s’imprimera, je l’espère, dans vos hémisphères cérébraux.