Rencontre avec… Dominique Loquin

Dominique Loquin, Le Sable de Bankal est votre premier ouvrage chez Edilivre. Parlez-nous de l’intrigue… Tout est parti d’un fait divers, la tuerie à Nanterre en 2002 lors d’un conseil municipal. Un forcené tire sur les élus et se tue ensuite. Quand j’ai entendu l’info, tout de suite s’est mis en place un scénario : et s’il y avait plusieurs tueries en même temps, et si les tueurs étaient totalement inconnus, comme les armes utilisées, et si toucher la mairie n’était pas affaiblir l’une des bases fondamentales de l’état, de la structure sociétale… Que se passerait-il ? Qui en seraient les acteurs, les responsables ? Comment cela serait-il vécu dans le pays ? Et si une ville centralisait tout à coup toutes ces interrogations… L’intrigue se situe à plusieurs niveaux. Il y a celui très politique dont on découvre très vite la strate manipulatrice, puis celui de l’enquête policière proprement dite sur ces tueries qui ont créé un choc énorme dans le pays et celui plus intime des personnages qui se trouvent malgré eux propulsés sur le devant de ce fait divers hyper médiatisé par le biais du super média d’information en direct, internet. C’est un polard qui ne respecte pas les règles, un thriller qui ne respecte pas les règles, un livre qui mêle les genres car les habitants de la ville de Bankal, ville française créée de toute pièce mais malgré tout située dans le centre de la France, n’en respectent aucune. L’humour et la fiction s’entremêlent au travers des pages. Pensez-vous que l’on peut deviner la personnalité de l’auteur à la lecture de son livre ? J’ose espérer que la proposition est assez ouverte pour que chacun y trouve d’abord un véritable plaisir de lecteur, qu’il soit emporté par l’histoire, mené par le suspense qui se construit peu à peu et puisse rire autant que je l’ai fait à l’écriture de certains personnages. Après, qu’une personnalité puisse se dégager, je l’ignore. Si je regarde mes propres perceptions de lecteur, c’est vrai que ça ne fait pas partie de mes interrogations à la fin d’un roman. Je m’ancre beaucoup plus dans les personnages à travers lesquels l’auteur m’a fait vivre son histoire et ce qu’ils ont soulevé en moi comme sensations, émotions, perceptions, interrogations. Et même si l’on peut penser que tout ce qui est écrit nous ramène à l’auteur lui-même, je reste persuadé qu’en termes de construction imaginaire, on peut faire tenir à des personnages des propos qui nous sont totalement étrangers. L’histoire est l’unique guide. Sa sensibilité peut-être dévoilée, oui. Ecrire n’est pas tâche facile. Avez-vous des rituels qui vous sont propres pour travailler dans les meilleures conditions ? Le déplacement dans l’espace est très propice à l’écriture. Voiture, train, avion, dès que je suis posé sur quelque chose qui se déplace dans l’espace, le processus d’écriture se met automatiquement en place dans ma tête. J’écris beaucoup d’abord en pensée. Puis une fois devant mon ordinateur, les mots arrivent, prémâchés par tout ce travail. Une activité manuelle peut être aussi très propice à voir mes pensées s’envoler vers l’écriture. Et au fur à mesure que l’aventure se précise, je suis happé et là, plus rien ne peut arrêter le flux, si ce ne sont les priorités de la vie elle-même. Arrive inévitablement le moment où ce qui se passe, ce qui se vit dans le roman devient aussi présent que la vie réelle. Jubilatoire. Quel est l’auteur que vous admirez le plus ? Le nombre d’auteurs que j’admire est tel que je ne saurai en faire une liste exhaustive ici. Des grands classiques aux plus contemporains de toutes origines. J’aime lire. J’aime qu’on me transporte dans un univers, quel qu’il soit. J’aime rire, trembler, être bouleversé jusqu’aux larmes, qu’on bouscule mes idées, qu’on me fasse sortir du cadre, qu’on me fasse m’interroger, qu’on me rende curieux et qui sait, un peu plus intelligent, sensible. J’aime ce moment magique où on ne respire plus que par les mots d’un autre. Pour vous, quelle est la fonction première qu’un livre doit remplir auprès des lecteurs ? Ouvrir une autre dimension de vie. Il y a le réel, celui du rêve éveillé, du rêve en sommeil, et celui de l’imaginaire, fourre-tout où se mélangent les pensées les plus hautes aux images les plus simples, poétiques, folles, dérangeantes, incompatibles, le tout dans un univers entier de perceptions, de sensations qui se trouvent sollicitées, mises en éveil, et dans lequel on est et reste acteur et observateur. Délicieusement responsable. Le plus beau compliment que l’on vous a fait pour Le Sable de Bankal ? J’ai été très touché par une critique qui fait un lien entre un des personnages du roman et celui très récurrent de « La conjuration des imbéciles » de John Kennedy O’Toole qui fait partie de mes livres de référence. Ils n’ont rien à voir l’un avec l’autre, si ce n’est la truculence et la terrible mélancolie qui les traverse. Bientôt un second livre dans les rangs d’Edilivre ? Qui vivra verra…

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