Interview écrite


10 mars 2015
Posté par
Flora

Rencontre avec Claude Burel, auteur de «Le Temps du délire»

Claude_Burel_EdilivrePrésentez-nous votre ouvrage en quelques mots ?
Largement inspiré par les dix années que j’ai passé en Afrique noire, j’ai essayé de faire revivre l’Afrique francophone durant la décennie qui a couvert la période des accessions aux indépendances officielles et les premières années souvent difficiles des jeunes états, en faisant partager au lecteur la vie quotidienne des «broussards»…miniers, planteurs, missionnaires etc.

Ces «drôles de types» arrivaient de tous les horizons : certains jeunes, attirés par cette auréole de mystère qui entourait encore ce continent, d’autres moins jeunes mais portant le poids d’un passé lourd de désappointements, venus y chercher une raison de vouloir encore y croire…Ils n’étaient déjà plus des « envahisseurs », car il n’y avait plus rien à conquérir…Leurs anciens étaient passés avant eux, monopolisant les restes de lauriers et de fortune. Il ne leur restait plus qu’à préserver ce qui leur avait été transmis et perpétuer l’héritage… Avec la cascade des indépendances, ils comprirent vite que la succession était devenue impossible et qu’ils auraient même à rendre des comptes sur l’activité de leurs aînés. Il ne leur restait plus qu’à assumer, et depuis, ils assumaient…
Ce roman, sous la forme d’une chronique souvent satirique, essaye d’approcher quelques-uns de ces singuliers individus dans leur activité de tous les jours, au milieu de leurs familiers. Si, lorsque parfois en libérant leurs états d’âme, leurs propos dans leur ironie est quelquefois proche du cynisme et d’une certaine suffisance, c’est aussi pour masquer leur amertume, et oublier qu’ils ont donné le meilleur d’eux-mêmes pour que vive cette Afrique qu’ils ont marqué à jamais dans sa terre.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?
Il s’est trouvé qu’à cette époque, (dans les années soixante, juste après les guerres d’Indochine et d’Algérie), en métropole, l’opinion publique n’était pas trop encline à comprendre et à admettre mon engouement pour l’Afrique noire. Et, j’ai trop souvent passé pour un nostalgique de l’époque coloniale, lorsque j’essayais de faire partager mon émoi à l’évocation de cette belle nature africaine. C’est alors que je m’étais promis, d’essayer de l’écrire un jour, ainsi que ce qu’il restait à mon avis, à cette époque de l’exploitation coloniale.

À quel lecteur s’adresse votre ouvrage ?
À tous ceux qui aujourd’hui se sentent attirés par cette auréole de mystère qui entoure encore ce continent, malgré les remous sanglants qui semblent jalonner un parcours imposé à son développement, et qui sont sensibles à ce qui reste de sa magnifique nature et de la richesse de sa faune.
Je m’adresse également à tous ceux qui y ont vécu à cette même époque, en souhaitant que les quelques anecdotes que je relate, réveillent en eux quelques bons souvenirs.

D’où vous vient cette passion pour l’Afrique ?
Vers l’année cinquante, alors que j’avais une dizaine d’années, comme beaucoup de mes camarades de mon âge, je consacrais quelques loisirs à la réalisation d’une collection de timbres postes. Mais je m’aperçu bien vite que j’étais plus particulièrement intéressé par les séries concernant la poste aérienne…Chaque territoire de l’Union française avait les siennes, et qui mettaient en valeur de magnifiques scènes de la vie quotidienne des indigènes, dans des décors exotiques qui rendaient rêveur.
Mais déjà l’actualité qu’on ne pouvait ignorer même à mon âge, avec les évènements en Extrême-Orient puis en Algérie, assombrissaient mes rêveries, mais sans les anéantir…
Plus tard, alors que plus réfléchi, je m’intéressais à l’historique de ces fameuses colonies, je découvrais avec les revues traitant de l’exposition coloniale de 1931, jusqu’où avaient pu aller les illusions du pays avec le rêve colonial…Mais il faut croire que j’étais déjà sérieusement contaminé, car une des premières choses que j’entrepris après mon service militaire en Algérie, fut de me mettre à la recherche d’un emploi en Afrique centrale.

Y retournerez-vous un jour ?
Je rêve encore… En Afrique de l’est, il y a deux pays que j’ai toujours regretté de ne pas avoir eu l’occasion de parcourir : ce sont le Kenya et la Tanzanie. Je crois qu’aujourd’hui si j’en avais l’opportunité… Leurs populations mythiques (Masaïs, Samburus) et la richesse de la faune locale m’ont toujours fasciné.

Quelles sont les principale qualités de votre livre ?
Je crois que s’il en existe une effectivement, ce serait d’avoir été honnête avec moi-même, sans avoir cherché à valoriser ou à dénigrer, et d’avoir proposé à la personne qui prendra la peine de me lire, un texte romancé certes, mais totalement impartial et composé à partir de réalités.

Quel message avez-vous voulu transmettre à travers votre ouvrage ?
Je n’ai voulu transmettre aucun message. J’ai simplement aspiré à me remémorer l’Afrique noire des années soixante que j’ai connue, et à me désoler en constatant sa destinée si tourmentée.

Où puisez-vous votre inspiration ?
Même si certaines scènes peuvent paraître exagérées dans leur fond ou dans leur forme, elles reflètent toujours une anecdote dont j’ai été le témoin ou que j’ai vécue personnellement. L’imagination a très peu de place dans ce roman. L’Afrique centrale de cette époque était suffisamment riche en événements de toutes natures…

Quels sont vos projets d’écriture pour l’avenir ?
Il y a tellement de choses encore qui mériteraient d’être racontées, que j’en suis toujours à choisir un thème qui aurait le mérite d’être original…

Un dernier mot pour les lecteurs ?
Dans mon esprit, une des plus belles qualité pour un roman est de prendre dès le début son lecteur par la main, de le guider sans contrainte à travers les péripéties de son histoire, de savoir l’entraîner dans les plus folles aventures tout en restant à son écoute, de percevoir lorsqu’il a besoin d’une courte pose, sans que l’on puisse soupçonner le moindre signe d’irritation ou de lassitude et enfin de le déposer délicatement, comblé et encore tout étourdi. Il est évident que je n’ai pas la prétention de servir tout ça à mes lecteurs, mais simplement qu’ils ne se soient pas ennuyés.