Interview écrite


22 novembre 2013
Posté par
Flora

Rencontre avec Cendrine, auteure de  » L’épreuve « 

Cendrine_EdilivrePouvez-vous introduire en quelques mots, votre ouvrage ?
Le livre pose avant tout la problématique de l’intolérance et de la différence, avec un personnage attachant qui incite le lecteur à se poser de nombreuses questions. Notre égocentrisme, notre conformisme sont ainsi pointés du doigt tout comme la politique sociale inadaptée de notre pays. C’est la décadence et la dégradation de nos rapports humains que j’aborde avec toute la déception que cette constatation m’évoque. Un tourbillon de sentiments relayant le handicap au second plan pour laisser place à la réflexion.

Quel regard portez-vous sur l’épreuve terrible que traverse votre personnage ?
L’épreuve traversée par le personnage est évidemment une profonde injustice qui soulève colère et indignation. Elle montre toute la responsabilité et l’ampleur de nos faits et gestes dont nous sommes tous responsables, dont les répercutions sont souvent sous-estimées. La situation est assez complexe, personne ne sait comment il réagirait à sa place. Mais une chose est sûre, la seule alternative possible est de s’assumer tel qu’on est devenu. C’est une terrible tragédie qui remet beaucoup de choses en question mais qu’il faut parvenir à surmonter pour continuer d’être, pour continuer d’exister, aussi difficile que cela puisse paraître.

Pourquoi avoir choisi un personnage aussi volontaire et engagé ?
Simplement car je suis comme ça dans la vie. J’aime les caractères affirmés, qui n’hésitent pas à se mettre en danger pour défendre leurs propres convictions. Il y a dans cette intention certainement une pointe de naïveté car les circonstances font que le personnage devrait plutôt s’effondrer psychologiquement. Ce paradoxe m’a d’ailleurs été souligné mais en fin de compte, ce choix reflète ma volonté d’un monde meilleur, tel que je l’aimerais, tel qu’il devrait être. Concernant l’engagement profondément marqué du personnage, il me ressemble également beaucoup, portant un intérêt tout particulier au domaine social.

Quel rôle joue les proches, les amis dans ce genre de tragédie ?
Le courage, la persévérance, la force de caractère ne suffisent pas dans une telle épreuve. Sans le soutien de ses proches, je pense qu’il est extrêmement difficile de s’en remettre. Leur rôle est essentiel voir capital pour éviter une certaine asthénie, cet état d’épuisement et renoncement aussi bien physique que moral. Par contre il faut éviter de tomber dans la compassion, s’efforcer de redonner confiance et une certaine estime légitimement perdues. Comme je le dis avec insistance dans le livre, quand on y réfléchi bien l’handicap n’empêche pas tout, il est possible de faire des grandes choses suivant ses possibilités. La vie prend un autre sens, dans laquelle tout le superflu est balayé d’un trait d’un seul.

Quel message avez-voulu transmettre à vos lecteurs à travers ce roman ?
Avant tout un message d’espoir. Il est important de s’accrocher à cette lueur qu’il représente, surtout lorsqu’on est embarqué dans un si sombre tunnel dont on ne voit pas le bout. Il faut prendre beaucoup de recul car même sous les nuages, le soleil est toujours là et finira par réapparaître tôt ou tard. La vie peut sembler remplie d’injustices, de défis à relever mais elle est aussi belle et magique par moment. C’est loin d’être évident, il faut profiter et surtout savoir apprécier chaque moment de plaisir qui nous est offert. Il y aura toujours des joies, des peurs, des hauts et des bas avec lesquels il faut savoir « jongler ».

Que voulez-vous dénoncer ?
Beaucoup de choses en somme. Mais avant tout le regard méprisant et dédaigneux qu’on porte sur le handicap, cette attitude m’exaspère au plus haut point. A travers cette histoire il y a un aussi un certain engagement, un certain parti-pris contre l’abus d’alcool, l’isolement des handicapés qui je l’espère, incitera à une certaine prise de conscience. Si seulement cela pouvait contribuer à un changement de mentalité … Si grâce à ces mots j’y parviens, j’aurais relevé en quelque sorte le défi que je me suis lancé. Le moule prédéfini dans lequel nous voulons tous rentrer n’existe pas, demeurant complètement illusoire et subjectif. La vérité est que la différence dérange alors que finalement au fond, nous sommes tous pareil, soit disant égaux … Ce livre peut paraître moraliste aux premiers abords mais ce n’est en aucun cas un sermon, juste le triste reflet de la réalité qui nous entoure et que je cherche à dénoncer.

Un dernier mot pour vos lecteurs ?
A bas les préjugés, les idées rétrogrades, allez jusqu’au bout de vos envies même si certains tentent de vous en dissuader. Soyez toujours en accord avec vous-même. Notre société évolue à vitesse grand V, évoluons avec elle dans la tolérance et le respect de chacun. J’espére que vous aurez autant de plaisir à lire ce roman que j’en ai eu à l’écrire.