Interview écrite


31 août 2015
Posté par
Guillaume

Rencontre avec Boubacar Sangaré, auteur de «Le Crépuscule»

Boubacar SangaréPrésentez-nous votre ouvrage ?
Le Crépuscule est un recueil composé de quatre nouvelles qui parlent de la société malienne. Je touche à des problèmes comme la condition, tout sauf enviable, d’une fille qui veut faire du rap. Ce qui est impensable dans une société où cette discipline du Hip-Hop fait encore l’objet d’un rejet massif, au point qu’on dit de quelqu’un qui veut faire du rap qu’il a choisi d’être quelqu’un qui ne serait jamais rien. Le livre parle aussi du monde de l’enseignement supérieur au Mali où la réalité, il faut le dire, va au-delà de tout cauchemar. Et enfin, les interdits de mariage entre les ethnies-une triste réalité-, qui font que des mariages tournent court, des unions sont empêchées.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?
Je crois qu’il arrive des moments où, pour quiconque a une grande capacité d’observation, les choses deviennent insupportables. J’ai écrit pour parler de ce que je vois et dont je n’entends pas du tout parler autour de moi. C’est-à-dire que ce sont, pour la plupart, des problèmes dont on détourne le regard, qui ne suscite pas débat au plan national. On préfère ne pas en parler, on en fait ainsi des barrières à ne pas franchir. Je fais partie de ce qui pensent que certaines barrières sont faites pour être franchies. La question de la condition de la jeune fille, et aussi de la femme, ne fait pas l’objet de débat réel dans la société malienne. C’est désolant à dire, mais c’est comme ça. C’est un sujet qui a été abordé dans beaucoup d’ouvrages avant, par des auteurs de renom  tel que Ibrahima Ly dans « Toiles d’araignées » qui, avec le franc-parler qu’on lui connait, nous assène des vérités qui doivent nous pousser à réfléchir sur nous-mêmes. Surtout lorsqu’il écrit que : « Notre société fait des femmes de véritables otages… (p.314) ». Je voulais parler aussi de cette jeunesse qui a sombré dans la dépravation. Même si j’essaye de faire comprendre que l’enfant est avant tout le produit de la société. En parlant des interdits de mariage, il s’agissait pour moi de dire qu’il y a des considérations dans nos traditions, notre culture qu’il faut réviser. Pour moi, les traditions ne doivent pas rester figées, inchangées. Elles doivent être évolutives, progressives.

À quel lecteur s’adresse votre ouvrage ?
Mon livre s’adresse à tout le monde, singulièrement à la jeunesse, malienne s’entend.

Quel message avez-vous voulu transmettre à travers ce livre ?
À travers ce livre, j’ai voulu faire comprendre qu’il faut toujours se battre. Se battre pour obtenir ce qu’on aime ou veut, pour vivre, pour être heureux. Se battre pour changer les choses. Mais que, souvent, les choses ne se passent pas comme on s’y attend. « La vie c’est ce qui arrive, pas ce qu’on rêve. »

Où puisez-vous votre inspiration ?
J’observe beaucoup la société dans laquelle je vis. J’écoute les gens quand ils parlent de leurs problèmes, discute avec eux, et essaie de les comprendre. Mon inspiration vient de là.

Quels sont vos projets d’écriture pour l’avenir ?
Je travaille sur un livre intitulé « Être Etudiant au Mali », un recueil qui regroupe des chroniques que j’ai publiées dans la presse sur les réalités du monde de l’enseignement supérieur au Mali. Ce sont les chroniques d’une vie d’étudiant.

Un dernier mot pour les lecteurs ?
Je les remercie d’avoir consacré quelques minutes de leur précieux temps pour lire le livre.