Rencontre avec… Aurélie Massé

"La Cage aux Affamés", d'Aurélie Massé

Edilivre : Aurélie Massé, vous signez votre entrée dans l’édition avec votre premier roman « La cage aux affamés ». Pouvez-vous nous parler du sujet abordé ?

Aurélie Massé, La Cage aux Affamés

Aurélie Massé

Le livre raconte l’histoire croisée de quatre jeunes d’une vingtaine d’années qui se sentent forcés de violenter leurs limites pour pouvoir se trouver. C’est une recherche d’identité dont ils s’imaginent qu’elle leur permettra d’aller vers la vie. Ce sont des enfants pris dans des corps et des tourments d’adultes. Ils ne sont absolument pas parés pour les responsabilités qu’imposent leur âge. C’est un peu comme s’ils étaient jetés contre des fauves dans l’arène sans un seul bouclier. Nus et désarmés, ils n’ont pour seule échappatoire que la fuite et d’incroyables illusions.

Edilivre : Selon vous, la première fonction que tient l’écriture pour un auteur est celle d’un exutoire ?

Un exutoire, sans aucun doute, mais ce n’est pas à mes yeux la fonction première. Je pense en effet que l’on écrit la plupart du temps parce qu’on a du mal à parler. Alors l’écriture est une façon d’arracher les mots mutiques et de les faire sortir de soi pour éviter qu’ils n’endommagent le corps et l’âme. Je vois surtout ce phénomène d’exutoire comme un effet secondaire. Il me semble qu’on écrit pour des raisons beaucoup plus occultes. Ce sont moins les soucis qui font s’asseoir devant la feuille qu’une attraction intransigeante. On sent qu’on tient là quelque chose qui dépasse les frontières du quotidien, qui touche à quelque chose d’inconnu et de rare. L’écriture s’impose véritablement à soi. Elle permet de mieux comprendre le monde en travaillant des fragments précis de ce monde. Je crois qu’on écrit pour se délivrer mais aussi pour atteindre quelque chose de plus immense que ce qu’on vit au quotidien. Je crois qu’on écrit surtout pour les autres. C’est une forme de partage et de don. Et puis j’aime les mots. J’aime cette création du quotidien. Ciseler les phrases pour en faire apparaître l’essentiel. Il y a quelque chose du voyage et du rêve dans le désir et le besoin d’écrire.

Edilivre : Quel est le message que vous voulez délivrer à travers ce livre ?

Je n’ai pas vraiment de message à délivrer. Je crois simplement que certaines personnes pourront se reconnaître dans ce livre et en sortir plus fortes. Si la lecture de ce roman peut toucher les Gabriel et les Dorian de la Terre, alors j’aurai réalisé un petit geste à mon échelle. Et puis j’espère aussi permettre à l’entourage de personnes aussi abîmées de se sentir moins dépassé. En saisissant les ramifications complexes qui sous-tendent un tel mal-être, il lui devient possible de savoir comment réagir sans être absolument détruit.

Edilivre : Lorsque l’on écrit sur un thème précis, pensez-vous qu’il est primordial de l’avoir vécu pour en faire un livre ?

Je ne pense pas qu’il soit fondamental d’avoir vécu ce dont on s’apprête à parler. En revanche, je crois qu’il est très préférable d’avoir été touché de près. Amasser des informations ne remplacera jamais un ressenti sincère dans lequel c’est la chair qui parle. Je pense qu’une histoire qui se vit émotionnellement sera toujours plus forte et plus juste qu’une autre construite de façon plus intellectuelle.

Edilivre : Si vous deviez définir votre style d’écriture, quel serait-il ?

Je dirais que mon style est plutôt vif, violent et poétique. Lorsque j’ai commencé à écrire, vers 14 ans, je me battais avec des phrases immenses et pesantes. Un jour je n’ai plus supporté ce style et j’ai taillé dans toutes mes phrases. D’où ce rendu un peu haché, un peu heurté, mais qui finalement m’a aidée à me débarrasser de l’inutile. Aujourd’hui j’essaie d’allonger mes phrases et de les épaissir un peu. Mais mon style reste définitivement agressif, fiévreux et vivant.

Edilivre : Combien de temps vous a-t-il fallu pour achever « La cage aux affamés » ?

Je l’ai commencé à 21 ans et il m’a tourmentée pendant 6 ans. Mon perfectionnisme maladif m’a forcée à réécrire trois fois le roman dans son intégralité. Pendant six ans j’ai piétiné à modifier sans cesse, à faire de très longues pauses durant lesquelles je ne pouvais pas écrire une seule phrase, à affiner, à effacer pour réécrire… Avant de vous soumettre le manuscrit, j’ai été jusqu’à supprimer 100 pages sur un coup de tête. J’étais incapable de le faire lire et d’en parler, et je n’imaginais même pas qu’il puisse être un jour publié. Aujourd’hui encore j’ai du mal avec ce livre et il m’est impossible d’en relire certains passages. Je suis ressortie vidée et assommée de l’écriture de ce roman, et je suis contente d’en être « libérée ».

Edilivre : Avez-vous des projets d’écriture en cours publication ?

Je continue à publier des articles dans la revue interne pour laquelle je travaille mais je n’ai pas de roman en cours de publication. Je viens d’achever une seconde fiction traitant du deuil et de ce basculement dans le néant lorsque la personne la plus précieuse au monde nous est arrachée. Enfin, dans le troisième roman sur lequel je travaille, j’aborde la question de l’héritage implicite et douloureux laissé par la Seconde Guerre mondiale à la génération actuelle. J’espère bien sûr les publier un jour…
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