Interview écrite


18 juin 2015
Posté par
Flora

Rencontre avec Arnaud Landreau, auteur de « Le Destin d’Angelus Novus »

Arnaud_Landreau_Edilivre

Présentez-nous votre ouvrage ?
Mon livre se structure autour de 4 pôles : des poèmes mystiques, un témoignage sur la maladie mentale, une philosophie de la rédemption et enfin une exégèse révolutionnaire du nouveau testament. Ces 4 éléments s’entrecroisent et se répondent en écho, pour aboutir à une philosophie nouvelle frappée par la « servitude volontaire » et l’éternelle soumission de la masse. Certains hommes, eux sont sortis du silence, se sont insurgés et ont voulu briser le cours eschatologique de l’histoire, ce sont les « grands hommes », plus précisément des êtres à l’énergie christique manifeste , que nous appelons les « leaders messianiques », mystiques et hyper-civilisés pour les nommer, tous deux aspirant à un horizon utopique et messianique : le Royaume (versant religieux) ou l’Utopie (versant athée) ; le mystique, cet Ange de révolte et amour, et l’hyper-civilisés dont le credo passionné est la « désobéissance civile». C’est justement parce que ces leaders messianiques ont tous échoué à faire germer le Royaume, y compris le Christ des évangiles (crucifié), les mystiques persécutés, les hyper-civilisés (Gandhi et Martin Luther King assassinés), oui c’est justement pour ça qu’il doit venir et établir son Royaume . Saurons-nous l’aimer ? Lui rendre justice ?

Pourquoi avoir écrit ce livre ?
Il y a eu un événement « inaugural » et inspiré qui a duré 3 jours, durant l’été 2010, où j’ai dormi 9 heures en 3 jours. Je traversais alors une phase hyperactive (la fameuse phase maniaque des bipolaires, processus créateur de l’art) , et j’ai écrit 45 pages de philosophie en 72 heures…De ce premier jet inspiré j’ai opéré une sélection et une reconstruction qui a abouti 4 ans plus tard à la version finale de « le destin d’Angelus Novus ». Avant cette épisode créatif, je n’avais strictement aucune idée de ce dont je voulais parler. C’est donc ce premier jet qui a été l’acte fondateur de mon projet d’écriture.

Quels sont vos projets d’écriture pour l’avenir ?
J’envisage de démontrer rigoureusement la nécessité philosophique de l’avènement d’une humanité divine.

À quel lecteur s’adresse votre ouvrage ?
Pour résumer en quelques lignes notre projet utopique qui parlera à tout être aspirant à un changement radical du monde tel qu’il est : « Il ne s’agit plus de s’adapter éternellement à un monde déshumanisant, dans une optique darwinienne assurant l’éternelle victoire des plus « forts », au contraire il s’agit d’enfanter un monde qui soit à l’image de nos rêves ». (in « Le Destin d’Angelus Novus ») Ce livre est un manifeste enragé pour l’avènement d’une véritable Utopie mondiale, une révolution avant tout « intérieure », une révolution spirituelle, centrée sur la recherche du bonheur en le mettant au centre du processus de civilisation.

Quel message avez-vous voulu transmettre à travers ce livre ?
Certains s’en offusquent en disant que les grands mystiques étaient sains…et refusent de qualifier de «mystiques» le « sentiment océanique » (Freud) que peuvent ressentir les malades psychiques. Cette mystique est pourtant bien existante et Michel Hulin la qualifie de «mystique sauvage» dans son ouvrage éponyme. Ce qui rend mon témoignage inédit, c’est justement d’explorer cette frontière entre maladie et sainteté, entre angoisse et extase mystique, les deux n’étant les deux faces de la même médaille. J’ai voulu offrir mon expérience de « malade » (troubles bipolaires) en sortant de la classification centrée sur les symptômes, comme objet de « science », de phénoménologie. J’essaie au contraire de donner du sens notamment par une idée répandue, à savoir que la bipolarité est une maladie « d’artiste ». Pour autant je m’identifie a la figure de l’albatros, avec ce sentiment par la maladie, d’être exilé parmi les hommes, murant ainsi le « fou » dans une solitude et une souffrance ineffable. « Ses aile de géant l’empêchent de marcher » dit Baudelaire. Alors, J »accepte ainsi ma maladie mentale puisqu’elle m’a fait artiste et mystique.

Où puisez-vous votre inspiration ?
Un travail intensif sur la philosophie de l’histoire de Walter Benjamin en 2007 m’a permis de m’en inspirer, des années après essentiellement sous forme de réminiscence et beaucoup d’orientations de pensées sont redevables de ce génial écrivain juif-allemand. Je me reconnais aussi dans le qualificatif qu’ Hannah Arendt utilisait pour décrire l’écriture de Benjamin : «il pensait poétiquement». Par un symbolisme fort qui décline une quête intérieure, le thème des étoiles et de la lumière donnent lieu a un jeu de correspondances où philosophie et poésie se donnent harmonieusement la main. Ma démarche créative, est proche de l’inconscience, de la transe et l’originalité de mon écriture s’explique par un arrêt de toute lecture pendant les 2 ans qui ont précédé l’écriture de mon texte ainsi qu’une imperméabilité autistique envers toute sources de nuisibilité. Et pour moi, ce genre de mise à nu consiste à se rendre «vierge», libéré des influences et Alors le singulier émerge, le style !

Un dernier mot pour les lecteurs ?
La partie la plus originale de mon texte se trouve illustrée dans l’exégèse biblique du Nouveau Testament (évangiles synoptiques, et Apocalypse) qui est ma plus grande fierté…j’étais en phase mystique quand je l’ai écrite, et alors tout prenait sens : toutes les paraboles du Christ concernant le « Royaume des cieux » convergent vers une idée folle et belle à la fois: à savoir que le Royaume annoncé par Jésus n’est rien d’autre qu’une humanité mystique. C’est ce que l’on appelle la « communion des saints » et désignée par le mystique Joachim de Flore comme l’ « Age de l’Esprit-saint », qui devait succéder à l' »Age du Père » et « l’Age du Christ ».