Rencontre avec Antonia Iliescu, auteure de « L’Arche de Naé »

Où habitez-vous ?
J’habite en Belgique, à Namur.

Présentez-nous votre ouvrage
Il s’agit d’un roman écrit par un petit chien féministe, mordu de nature et, évidemment, de sa maîtresse. Si vous me demandiez « quel genre de roman ? », je vous répondrais : je ne sais pas. Est-ce un journal (celui du petit chien Naé et de sa maîtresse) ? Est-ce une suite de fictions cocasses, ou des tranches de réalité mordantes ? Comment certains grands artistes comme Hélisenne de Crenne, Tristan Tzara, René Magritte, Le Facteur Cheval pourraient s’insérer dans l’histoire d’un chien émancipé qui rêve de devenir écrivain ? Quelle serait la partie du légendaire dans la cristallisation de la narration et surtout comment la parodie et l’humour pourraient lier tout cela ? Pour savoir répondre à ces questions, il faudrait fouiller l’arche de Naé, une arche aux souvenirs qu’il a bâtie post-mortem. Vous y trouverez des os à moelle à « ronger » sans modération, surtout pendant vos humeurs de chien.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?
J’avais envie d’expérimenter un autre genre d’écriture où l’humour parodique prendrait sa place. J’ai accéléré l’écriture après le décès de ma sœur, suivi d’une longue et grave maladie de ma mère. Pour lui rendre la vie un rien plus supportable et pour la faire oublier le passé récent, j’ai pensé à valoriser certains vécus cocasses de notre famille, que j’ai glissés entre certaines fictions déconcertantes du monde animal. C’est le dernier livre qu’elle a lu juste un mois avant de mourir, en juillet 2015 (je l’avais publié en roumain et dans un tirage réduit, juste pour elle). Elle m’a dit qu’elle avait beaucoup ri ; et cela a été pour moi la plus belle des récompenses. Pourquoi j’ai écrit ce livre ?… Pour redorer, ne fut-ce que d’un sourire, les visages des gens, trop tristes de nos jours. Enfin, j’ai tenté le coup…

À quel lecteur s’adresse votre ouvrage ?
Il y en a pour tout le monde… Le livre s’adresse surtout à ceux qui cherchent à oublier leurs tracas journaliers ; mais aussi à ceux qui aiment la nature et les animaux, les légendes et le monde fascinant des artistes, les histoires drôles… Le sérieux existe partout, mais toujours sous la tutelle de l’anecdote.

Quel message avez-vous voulu transmettre à travers ce livre ?
Il y en a plusieurs : aimer les animaux de compagnie et pas seulement, car eux aussi ont droit à une évolution spirituelle ; la mort n’est qu’une étape dans l’évolution de l’âme ; donner aux femmes ce qui est aux femmes ; s’accrocher au côté positif des choses, sans oublier le rire ; enfin, le message-tronc du roman : l’amour est toujours roi sur notre terre.

Où puisez-vous votre inspiration ?
Je vois que vos questions suivent, point par point, la silhouette de l’homme-arbre – le beau sigle d’Edilivre. Tout écrit vient des racines (la source d’inspiration), monte ensuite dans le tronc (le message) et se manifeste finalement dans la couronne faite des rameaux, ramilles, feuilles et fleurs (la narration et les idées exprimées dans des phrases et des mots). Où je puise mon inspiration ? Ma réponse est très banale : dans la vie de tous les jours, à la maison ou pendant les vacances, dans les relations d’amitié, dans les légendes… Tout ce qui nous entoure parle. Il faut seulement ouvrir l’œil, dresser l’oreille de l’âme et trouver le temps pour enduire la réalité d’une couche artistique. Du contenu, il y en partout, il faut seulement trouver la bonne forme pour le figurer. Dans chaque rocher se cache une statue et dans chaque fait de vie pulse le cœur d’un poème, d’une nouvelle ou d’un roman. On peut être inspiré même par un chien mort. Eh oui, c’est le cas pour mon chien que j’ai tant aimé et que j’ai voulu rendre immortel à travers ce roman.

Quels sont vos projets d’écriture pour l’avenir ?
Et voilà, on arrive aux semences à semer dans l’avenir, pour que nous, les hommes-arbres, continuions d’exister… J’ai déjà dans le tiroir deux recueils de prose courte, mais aussi un petit volume de poèmes (plus ou moins sérieux). De beaux rêves à transformer en réalités.

Un dernier mot pour les lecteurs ?
Ce mot est très important, tout comme la graine que l’on sème. Et où peut-on semer sinon dans les cœurs et les esprits des gens – les terres les plus fertiles qui puissent exister ?
Je répondrais à votre question par une citation du grand Umberto Eco : « Nous savons que nous allons vers la mort et, face à cette occurrence inéluctable, nous n’avons qu’un instrument : le rire. ».
Oui… Le rire et – j’ajouterais – l’amour sont nos seules armes contre les pleurs et la peur.
Si vous demandiez à mon livre : « Qui es-tu ? », il vous répondrait : « Sans vous, je ne suis personne ». Tout comme une graine sans terre.