Rencontre avec… Serge Jadot

Serge Jadot, vous venez de publier Terra se meurt, le cinquième et dernier tome de votre saga Hôdo, La légende. Pouvez-vous nous faire partager la trame de l’histoire ? Dans le futur, l'humanité continue de détruire lentement la planète sur laquelle elle vit. Un concours de circonstances et de jeux de pouvoir va être à l'origine d'une expérience coûteuse et incertaine, envoyer une poignée d'humains coloniser une autre planète similaire à la nôtre. Au cours de ce voyage, des destins se croisent, des humains qui se rencontrent peut être au bon moment pour donner, contre toute attente, l'espoir à ce petit échantillon d'humanité de ne pas reproduire les erreurs du passé, d'être capable de vivre en symbiose, de créer des synergies, tout en acceptant et intégrant la nature agressive de l'humain, quelle que soit l'expression de cette agressivité, domination ou soumission, violence... Plutôt que de la cacher derrière des artifices tels que la culpabilisation, l'hypocrisie, la « diplomatie »... Le point de départ est là, Hôdo, cette nouvelle planète, ce voyage en terre inconnue, mais où l'inconnue est moins l'espace que l'intelligence, l'esprit, l'âme, que les hôdons, ses habitants, apprendront à comprendre, à protéger, à respecter. Et ce, d'autant plus qu'ils apprendront à ne plus être seuls, à ne plus se considérer comme le sommet de la pyramide alimentaire, l'intelligence supérieure, l'aboutissement de l'évolution (Les anges déçus). Il n'y a pas à proprement parler de héros dans cette saga. Au-delà des destins qui se croisent ou existent en parallèle, des aventures et des drames qui se dérouleront au cours des quelques dizaines d'années qui séparent « Les pionniers de Hôdo » de « Terra se meurt », la trame de fond est celle de destinées. Destinées de planètes et de civilisations, des intelligences, se découvrant, se séparant, certaines naissantes, d'autres mutantes, d'autres disparues : intelligences synthétiques des androïdes (Homo sapiens syntheticus), intelligences extraterrestres aux formes inattendues (Jikogu)... Comment en êtes-vous arrivé à écrire cette saga fantastique ? C'est un long cheminement et la conjonction de plusieurs passe-temps et rêves. Disons, en résumé, que je rêvais de créer un monde « tube à essai » pour développer des idées humanistes de Laborit. Je suis aussi un grand amateur de SF et je trouvais que cet univers était idéal pour rêver et faire rêver, car je ne voulais pas jouer au philosophe, mais seulement raconter des histoires sous un certain angle dépouillées de démagogie moralisatrice. De plus, la SF se prête mieux, à mon humble avis, à l'étude du comportement humain que la fantasy, genre que j'apprécie aussi. Vous étiez-vous auparavant essayé à l’écriture avant de commencer l’aventure d’Hôdo, La légende ? Oui. J'ai écrit ce que j’appelle mon roman zéro. À l'époque, j'avais compris qu'il n'était pas rare que de jeunes écrivains de SF débutent en écrivant pour Star Trek. Je fis donc un essai et envoyai le manuscrit (le titre était « La déchirure ») à un célèbre critique de SF en lui demandant comment on pouvait obtenir l'autorisation de la Paramount. Il s'était avéré que c'était pratiquement impossible. J’abandonnai donc cette idée. Mais la réponse du critique m’encouragea à reprendre la plume. Au passage, Hôdo, vient du japonais hōdo, où le « h » est fortement prononcé, donc en français, sa prononciation est non muette et je parle toujours de Hôdo. Simple maniaquerie de ma part. A quels lecteurs sont destinés vos livres ? À des lecteurs de sciences-fiction principalement. Mais je pense être accessible à un plus grand public amateur de contes, car mes histoires sont humaines, ainsi, l'« homo sapiens syntheticus » est une allégorie de l'homme imaginant de Henri Laborit. En tant qu’auteur, quelles retombées souhaiteriez-vous avoir suite à la publication de vos livres ? Devenir aussi célèbre que Gene Roddenberry. Sincèrement, j'aimerais être traduit et voir d'autres écrivains d'ici et d'ailleurs développer d'autres histoires basées sur Hôdo et ces trois lois sociales explicitées dans les « anges gardiens déçus ». Si mes trois petites lois hôdonnes pouvaient apporter quelque chose à l'humanité, alors je serais plus que comblé. Terra se meurt clôture un travail littéraire auquel vous avez consacré énormément de votre temps. Pensez-vous être prêt à tourner la page et écrire de nouvelles lignes sur une toute autre histoire ? Oui, j'y ai passé presque 20 ans... quand j'ai écrit le premier volume, je pensais que ce serait l'unique, mais en fait j'ai entamé tout de suite une suite. À ce moment-là, le réseau grand publique n'en était qu'à ses balbutiements, le smartphone (l'« allinone » dans mes romans) un rêve lointain et aujourd'hui il semblerait que l'on ait mis en évidence l'existence du tachyon (le « X2-plasme »)... Prêt à tourner la page ? Oui et non. J'ai créé un univers dont le cadre serait fixé par les 5 tomes de la légende, prêt à accueillir toute autre aventure, et j'ai déjà deux germes qui se préparent... Sinon, je pourrais aussi basculer dans le fantastique, voir la fantasy. J'exerce mon imagination dans ce domaine en quête de nouvelles aventures. Si vous ne pouviez garder qu’un livre de votre bibliothèque, lequel choisiriez-vous ? Si je n'avais à garder qu'un seul livre, cela voudrait dire que ce serait aussi le dernier, donc celui qui m'accompagnerait jusqu'au bout. Alors, je crois que je ferais table rase de tout ce qui m'a enchanté pour me tourner vers l'inconnu. Je chercherais probablement un livre de recueil de sagesse du monde, des Amérindiens jusqu'aux moines zen en passant par tous les continents. Des projets en cours ou à venir ? Oui, plusieurs à venir. Dans moins de deux ans, ma vie changera profondément... J'essaie de bien négocier la dernière ligne droite afin de me préparer à consacrer plus de temps à mes rêves inachevés ou en sommeil. Quant à écrire..., je m'y suis déjà remis, cette fois dans « L'univers de Hôdo ».

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