Rencontre avec… Bruno Rohaut

  Bruno Rohaut, votre ouvrage intitulé « Il s’est brulé les ailes » publié chez Edilivre semble être au cœur de l’actualité. Pouvez-vous expliquer quelles en sont les raisons à nos lecteurs ? J’ai écrit ce livre durant la campagne présidentielle de 2007. J’étais choqué de la dérive du monde politique, son mépris de la réalité et a contrario l’image « téléréalité » qu’il véhiculait. Mis en rapport avec le tout individualisme, l’éphémère, l’instantané et le consommable de notre société, cela m’a inspiré des sentiments très différents vis-à-vis de ce spectacle : dérision, désolation, écœurement,  espoir, amusement et cynisme … J’ai alors pressenti comme une certaine fatalité, comme si une machine folle aussi rapide que la spirale du net allait tout dérégler dans nos fondements. J’ai l’impression qu’aujourd’hui, nous sommes à ce stade, malheureusement. Et en cela, « Il s’est brûlé  les ailes » est complètement d’actualité : sur le fond bien sûr tant, à mon avis, les choses ne se sont pas arrangées en 5 ans, mais aussi sur la forme … Certains évènements de notre monde politique se sont retrouvés dans ce livre comme « réalisés » à travers l’histoire du personnage central (Mage Stuttown), comme des prémonitions … Le dernier en date ? Un présidentiable dans la tourmente aux États-Unis dans une « supposée » affaire d’agression sexuelle …   Y a-t-il eu un évènement particulier qui vous a poussé à écrire ce livre ? Oui … Comme je vous l’ai dit, la campagne électorale de 2007 a été pour moi comme un électrochoc. Durant cette campagne, il s’est vraiment passé quelque chose. Il y a eu un réel changement dans les méthodes des partis. La communication a pris une place centrale. Tout se passait comme si on se foutait de la cohérence du fond. L’important était de faire des coups, d’en imposer et de faire du buzz, surtout pour l’un des candidats qui m’a particulièrement inspiré, je dois l’avouer … Je voulais juste avec ce livre réfléchir et faire réfléchir sur  la noblesse de la politique, sa raison d’être originelle et en quoi finalement son évolution actuelle n’est que le reflet de celle de notre société. Nous sommes tous responsables des dérives que pourtant nous critiquons. Ce livre est donc, à son niveau, un acte de résistance et ma façon de prendre mes responsabilités. En conscience, je devais écrire ce livre sinon vis-à-vis des dérives, non seulement j’aurais été responsable … mais aussi coupable ! Je l’ai fait sous la forme d’un roman pour faire du lecteur un « spectateur-acteur ». Il n’était pas question d’écrire un pamphlet moralisateur mais bien une fiction probante, voire probable …   Comment définiriez-vous votre style d’écriture ? Il est vif, d’un cynisme total, vivant. Je ne m’attarde pas sur de longues descriptions et je place le détail là où on ne l’attend pas toujours. Le dialogue a une place de choix, ce qui rend le livre dynamique et placé dans l’action. Si l’on considère mon style, mes lecteurs me disent souvent que c’est là qu’ils me trouvent le meilleur.  Ils trouvent souvent mes dialogues percutants, drôles, justes. J’aime placer le lecteur au cœur de l’action. Je l’implique et l’oblige finalement au fond de lui-même à prendre position. Je ne me définis pas comme un virtuose de la littérature même si  j’aime jouer avec les mots et leur sonorité. J’ai écrit un livre au bord du lyrisme (La voie d’un sourd), un roman provocateur à souhait (Il s’est brûlé les ailes) et un recueil de nouvelles sur le thème du célibat complètement décalé. Mon style alors ? S’il faut un mot : « anticonformiste ».   D’après vous, comment peut-on faire la différence entre bon et mauvais écrivain ? Il y a des auteurs avec lesquels j’accroche immédiatement, d’autres pas. Quels sont les bons et les mauvais ? Les bons sont forcément ceux qui vendent des milliers de livres, non ? Plaisanterie mise à part, nous sommes perturbés par les notions de « bon » ou « mauvais ». Ce que je sais, c’est qu’être écrivain, ça se travaille. Oui, on arbore un style de part notre intérieur. Oui, on sent plus ou moins bien la portée « universelle » des sujets que l’on va traiter ou bien les rouages de la mécanique de certains styles comme le « policier ». Oui, la culture, l’éducation, l’environnement social conditionnent celui qui écrit. Mais pour passer de « l’auteur » à « l’écrivain », seul le travail compte, et parfois en sus … le génie. Je crois que lorsqu’on est « écrivain », on est bon car le statut d’écrivain ne s’autoproclame pas. Je fais la différence entre l’auteur et l’écrivain. D’ailleurs je ne me qualifie jamais ainsi sauf lorsque j’y suis contraint par des aléas principalement d’ordre administratif.  A mon sens, le bon livre en revanche est souvent une combinaison entre quelque chose d’attendu par le public et quelque chose d’inattendu : le fond, le style, l’idée, l’abstraction, la dimension, et j’en passe … En somme, l’auteur sait faire passer à merveille à travers lui tout ce qu’il a pu absorber autour de lui. L’écrivain est souvent un être torturé, rempli de paradoxes, un être seul ouvert sur le monde, une personne qui cherche à l’extérieur les réponses aux questions de son intérieur.   Ecrivez-vous depuis longtemps ? Oui. Je prends tout le temps des notes. Dans mes phases d’inspiration, j’ai toujours des moments d’absence durant lesquels des phrases se construisent, des scènes se jouent, des musiques m’envahissent. J’ai toujours retranscrit tout cela. Mais mon premier livre intitulé « la voie d’un sourd », je l’ai écrit il y a sept ans. Depuis, deux autres aux éditions Edilivre ont été publiés.   Votre citation préférée ? Le maître dit : " La voie de l'homme honorable - que je ne peux quant à moi réaliser - est triple : la plénitude humaine sans obsession ; la connaissance sans scepticisme ; le courage sans peur."   Pouvez-vous nous donner des pistes sur vos prochains thèmes d’inspiration ? Je finalise en ce moment un roman traitant du déterminisme social. Après cinq ans de travail, il va être temps peut-être de le mener à la rencontre du public. Et puis, je travaille aussi sur un autre roman qui me tient particulièrement à cœur… ça ne ressemble à rien, je crois …

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