L’Etranger d’Albert Camus adapté en images

Le chef-d’oeuvre d’Albert Camus fait l’objet d’une exquise bande-dessinée, publiée en avril 2013. Décryptage d’un ouvrage haut en couleurs.

L'Etranger_Ferrandez_EdilivreUn hommage à la terre algérienne
Grâce à la parution de cette bande-dessinée, Jacques Ferrandez fait honneur à une personnalité incontournable de la littérature hexagonale et francophone, dont il est un fervent admirateur : Albert Camus. Revendiquant clairement sa filiation spirituelle avec ce dernier, il place l’Algérie au cœur de son œuvre.
La bande-dessinée est divisée en différentes planches, composées de fines aquarelles qui retracent à merveille le paysage écrasé de chaleur, l’aridité de la terre africaine, et les déboires de Meursault, tiraillé entre sa passion pour Marie et l’atrocité d’un crime commis involontairement, qui sont autant d’ingrédients de l’intrigue camusienne.

La « voix-off », omni-présente dans le roman, à travers cette sentence si singulière « Aujourd’hui, maman est morte », introductrice de l’incipit, est reprise par Ferrandez qui choisit toutefois de la métamorphoser. Ce dernier préfère ainsi éliminer ce subterfuge, choisissant de le remplacer par des flashbacks, où Meursault se remémore des scènes de son passé. Ainsi, le début de la bande-dessinée nous le montre dans un bus, songeant au décès de sa mère.
Pour dessiner ce héros, tout en restant fidèle au personnage original, Ferrandez s’est inspiré des légendaires figures de James Dean et de Gérard Philippe, acteurs charismatiques des années 1930, considérant Meursault comme un jeune premier aux allures romantiques.
Faisant la part belle aux scènes-clés du livre, l’enterrement de la mère de Meursault en tête, il peint notamment la chaleur, élément essentiel de l’histoire, en s’inspirant de l’oeuvre de grands peintres orientalistes.

Jacques Ferrandez, un artiste face à la tradition littéraire
Tout à la fois auteur et contrebassiste de jazz, né en 1955 à Alger, Jacques Ferrandez demeure actuellement dans le sud de la France. Formé à l’Ecole d’Arts décoratifs de Nice, il s’intéresse très vite à l’adaptation de chefs-d’oeuvre de la littérature française en bandes-dessinées, choisissant d’abord de transposer des romans de Marcel Pagnol.Décidant de rendre hommage aux écrivains méditerranéens, il affirme être littéralement fasciné par L’Etranger.
Paru en 1942, sous l’Occupation, ce roman présente des techniques narratives très particulières.
L’utilisation quasi-systématique de la 1ère personne, tout d’abord, pousse le lecteur à s’identifier au personnage principal. Par ailleurs, le choix d’une écriture « épurée », dont les phrases font la part belle au passé composé et au présent, brouille complètement la temporalité, conférant à l’ouvrage sa qualité de chef-d’oeuvre de l’absurde.

Toutes ces caractéristiques mettent en relief la solitude d’un héros dont les méandres de la pensée nous sont peu à peu dévoilés.Jacques_Ferrandez_Edilivre
Meursault semble, dès lors, s’affranchir d’une certaine « normalité » et paraît dénué d’émotions. Pas plus qu’il ne verse une larme lors du décès maternel, il ne regrette d’avoir commis un meurtre. Tentant vainement d’énoncer le mobile de son crime lors de son procès, il confesse que le soleil accablant reste la cause majeure de son acte !
Ce bijou littéraire, flirtant entre chaos et non-sens, est donc « réécrit » sous le pinceau et la plume de Ferrandez. Si la bande-dessinée n’atteint sans doute pas le génie de Camus, elle rend cependant un vibrant hommage à l’Algérie tant chérie de son auteur, confirmant la place de choix de Meursault dans le répertoire des héros de la littérature française.

Lirez-vous cette bande-dessinée ?

Article écrit avec la participation de Camille