Tous les 2e mercredi du mois

Les points sur les I

ou comment utiliser la ponctuation à bon escient

Pour cette première édition des chroniques, je vous propose de nous intéresser à des petits signes minuscules bien trop souvent maltraités, je veux parler de la ponctuation. Bien sûr, vous savez qu’un point d’interrogation est réservé à une question, qu’une interjection se fendra d’un point d’exclamation, mais, qu’on se le dise, la ponctuation, c’est tout un art. Et vous, en tant qu’auteur, vous avez tout intérêt à vous intéresser à ce travail de dentelle qu’est la bonne utilisation des points et autres virgules. Une ponctuation savamment utilisée, c’est un peu la goutte de rhum dans votre pâte à crêpes : votre texte n’en sera que plus lisible, plus savoureux pour votre lecteur.
Point d’exclamation et autres interrogations
Le point d’interrogation est LE point à utiliser pour marquer un questionnement. Inutile de revenir dessus, sauf pour préciser qu’on ne met pas de point d’interrogation à la fin d’une phrase interrogative.
Exemple : Le poisson-chat a-t-il gobé la souris ? demande-t-il. Il demande si le poisson-chat a gobé la souris.
Le point d’exclamation, signe d’interjection, d’indignation, de protestation, d’étonnement, bref, le signe de l’émotion sous toutes ses formes, nécessite simplement que vous soyez vigilants quant à l’emploi des majuscules. Si la phrase qui suit ce signe s’inscrit dans la continuité, on ne met pas de majuscule.
Exemple : Tiens ! le poisson-chat a gobé la souris.
Par contre, on mettra une majuscule si ce n’est pas le cas.
Le poisson-chat a gobé la souris ! Pourtant, il était presque sûr qu’un tel animal n’avait pas de dents. Quelle surprise !
Attention, ce signe est un signe fort, si vous l’utilisez trop souvent, notamment dans les dialogues, il ralentit la lecture et empêche une bonne fluidité du texte.
Les deux points et le point-virgule.
Les deux points « : » indiquent qu’une énumération va commencer, qu’un lien logique direct découle de la phrase précédente, ou encore servent à signaler qu’un passage au dialogue va commencer.
Exemple : Le pâtissier prépare ses armes : fouets, râpes, saladier et balance.
Le pâtissier prépare ses armes et apostrophe son second : «Va chercher le chocolat blanc. Et ne t’inquiète pas, ce gâteau sera une merveille.»
Préparer un fondant au chocolat blanc et noir pour Pâques : une évidence pour ce pâtissier qui a le damier pour emblème.

Le point-virgule est plus complexe, il s’utilise pour marquer un lien très étroit entre deux propositions.
Exemple : Ursule n’a pas été invitée ; elle ne sera pas présente aux vœux du roi.
Pour tous ces signes de ponctuation, la règle des espaces est la même : une espace (oui, oui, unE espace, espace est un nom féminin en français) avant le signe et une espace après le signe.
La virgule, votre alliée pour des phrases agréables…
… À condition de bien savoir l’utiliser. La virgule donne un souffle à vos phrases et en influe le sens. La sacro-sainte règle à respecter est la suivante : il n’y a jamais de virgule entre un sujet et son verbe. Jamais. Never. Ce petit signe, discret et exigeant – ne dit-on pas qu’il faut être fidèle à un texte «à la virgule près» – a de multiples fonctions :
  • Elle peut être utilisée pour attirer l’attention sur un élément en tête de phrase.
    Exemple : Moi, je refuse de vous croire.
  • Elle sert également à donner des informations complémentaires.
    Exemple : Philomène, impatiente de prendre son goûter, se rua sur les biscuits. (Non seulement cette Philomène aime les biscuits, mais la virgule ici permet de nous informer qu’elle est de nature impatiente et qu’il est l’heure du goûter.)
  • Elle permet aussi de rythmer une suite d’événements.
    Exemple : Je cours jusqu’au quai, composte mon billet et saute dans le train. (Notre chère virgule, ici, est presque un écho de la respiration saccadée de notre personnage en retard pour prendre son train. Et c’est ce qui fait son charme !)
Les points de suspension, trois petits points pour plusieurs usages
  • Leur utilité première est de signifier que nous n’avons pas cité de manière exhaustive tous les éléments d’une énumération.
    Exemple : Paris compte de nombreux musées : le Louvre, Orsay, le Grand Palais…

    Attention : on ne met JAMAIS de points de suspension après « etc. ». Ainsi, si vous voulez utiliser cette formule, veillez à toujours l’employer ainsi :
    Exemple : Paris compte de nombreux musées : le Louvre, Orsay, le Grand Palais, etc.

  • Ils sont utiles pour enrichir vos dialogues en marquant une hésitation, un état d’esprit particulier (le trouble, la gêne…) ou encore l’interruption de la parole d’un des personnages par un autre. Ces points de suspension rythment vos dialogues, apportent une profondeur à votre récit en laissant certains éléments en suspens, ils donnent une petite étincelle de vie à vos personnages et vos dialogues.
    Exemple : «Ne me dis pas que… Il va m’entendre, celui-là!» (Inutile de préciser que le personnage s’énerve, tout est dit avec ce combo «point de suspension/point d’exclamation»)
    «Je me demande si…
    — Le coupable reviendra sur le lieu de son crime ? Assurément.»


    (Ces deux enquêteurs semblent bien complémentaires, non ? L’un commence une phrase… et l’autre l’achève. Merci les points de suspension.)

  • Ils peuvent également signifier un sous-entendu, souligner une référence, ménager une attente.
    Exemple : Cette histoire m’en rappelle une autre, celle d’un navire gigantesque réputé insubmersible qui sombra dans l’Atlantique Nord, une nuit d’avril 1912 après avoir percuté un iceberg… (Je n’ai pas besoin de vous dire à quel navire je pense, ces trois points de suspension vous ont directement sous-entendu que je parlais du Titanic.)
  • Enfin, ils sont très utiles pour écourter un mot qu’on ne veut pas prononcer pour éviter de heurter les oreilles sensibles !
    Exemple :«Que voulez-vous que je fasse d’une m… pareille !» enrage l’inspecteur.
Non, à l’emploi abusif des majuscules !
  • Pour un nom propre, on met une majuscule uniquement à la première lettre, peu importe le degré d’admiration ou de respect que l’on a pour cette personne. Bien sûr, dans le cas d’un dialogue, vous pouvez mettre un prénom en majuscule pour signifier que le locuteur crie sur le personnage.
    Ex : PRUNE, lâche ce livre et viens manger !
    Je vous recommande de ne pas abuser de ce stratagème qui perd de son intensité s’il est utilisé trop régulièrement (un peu comme quand on crie trop souvent sur son chat en le menaçant de le priver de pâtée quand il chipe un cracker, mieux vaut réserver ces «coups d’éclat» à des moments importants – quand il a déchiqueté le canapé en cuir, par exemple). Gardez à l’esprit que plus vous abusez des majuscules ou autres signes de ponctuation dits « forts » (comme le point d’exclamation), plus la lecture est difficile pour le lecteur. Ce n’est pas agréable d’imaginer un personnage hurler constamment dans sa tête sous prétexte qu’il s’exprime uniquement en majuscules.
  • Pour rester dans la lignée de mon exemple précédent, notez qu’on écrit «papa» et «maman» sans majuscule quand ils désignent simplement le rôle familial.
    Exemple : Jouer au papa et à la maman.
    Mais on écrira :
    « Passe-moi le sel, s’il te plaît Papa. »

  • Les noms de monnaie ne prennent jamais de majuscule, tout comme les noms de partis politiques. De même, les noms des membres de ces partis ne prennent pas de majuscule.
    Exemple : Georges, un communiste qui venait tout juste d’infiltrer le parti nazi, transportait avec lui une valise contenant 500 dollars en liquide.
    Par contre, on écrit les lettres d’un sigle ou d’une abréviation en majuscules et sans points.
    Exemple : Georges comptait sur les trains de la SNCF pour se rendre en territoire ennemi et mener à bien son enquête.
    Saint et sainte.
    À la problématique des saintes majuscules, s’ajoute celle du saint trait d’union. Respirez, tout va bien se passer !
    – Quand il désigne une personne, on n’emploie ni la capitale ni le trait d’union.
    Exemple : saint Augustin, auteur de La Cité de Dieu. – Pour les lieux, les fêtes, les noms d’église, on emploie la majuscule et le trait d’union.
    Exemple : Saint-Malo, rue Saint-Sulpice, la Saint-Jean, la Saint-Sylvestre, église Saint-Lucien.
    – Quant au mot « église », il prend une majuscule quand il désigne l’institution, mais n’en prend pas quand il désigne un monument.
    Exemple : L’Église catholique et sa liturgie étaient majoritaires. L’église Saint-Lucien de La Courneuve a été restaurée.
Enfin, pour terminer ce billet sur la ponctuation, je vous propose de nous intéresser aux événements et périodes historiques.
  • On met une majuscule à des termes précis tels que la Résistance, l’Occupation, la Libération, etc. Par contre, les dérivés n’en prennent pas.
    Exemple : La guerre comptait son lot de résistants installés dans le maquis.
  • On écrit la Première Guerre mondiale, la Seconde Guerre mondiale (pour tous les autres conflits, se reporter à votre dictionnaire encyclopédique).
  • Il n’y a pas de majuscule au nom de mois, sauf si la date désigne un événement historique précis pour lequel on ne précise pas l’année.
    Exemple : Nous célébrons le 14 Juillet.
Pour conclure
Pour conclure, la ponctuation est un vaste champ de la langue française dont nous n’avons abordé qu’une petite partie, mais j’espère que ces informations vous seront utiles. Par ailleurs, si la ponctuation et ses subtilités vous effraient, nos correcteurs sauront débusquer les pièges tendus par les tirets et autres virgules pour nettoyer votre texte de ces coquilles. Voilà, vous êtes arrivés au terme de cette première chronique ! j’espère qu’elle vous a plu et que vous serez nombreux à suivre ces petits billets qui vous délivreront des conseils pratiques pour la rédaction de vos œuvres littéraires.
La prochaine édition sera consacrée à votre routine anti-page blanche ou comment maintenir son inspiration au beau fixe !

À bientôt !