Le voyage sans retour du maître de la science-fiction

Considéré par beaucoup comme l’un des plus grands auteurs de la littérature de science-fiction, celui qu’on appelait volontiers le Grand Maître, Frederik Pohl de son vrai nom, s’est éteint le 2 septembre dernier à l’âge de 93 ans. Il laisse derrière lui un héritage considérable.

Le_voyage_sans_retour_EdilivreUne personnalité bien entourée
Frederik Pohl n’était pas un simple auteur de science-fiction. Revenu blessé de la guerre, ce jeune américain, né russe, est fou des récits de science-fiction depuis son plus jeune âge et son amitié avec Isaac Asimov, d’un an son cadet et déjà la tête dans des galaxies lointaines, n’y est sans doute pas étrangère. Alors qu’ils rêvent d’un futur où ils pourraient sauver le monde en ruine post-guerre mondiale, les deux écrivains rejoignent en 1938 les Futurians, groupe qui réunit des figures de la littérature futuriste contemporaine. Pohl y rencontre ceux qui seront ses frères de plume, Kornbluth et Wollheim, deux figures de la science-fiction du XXème siècle.
Tout au long de sa vie, il n’hésitera pas à faire montre d’opinions militantes. En 1953, Pohl écrit avec Cyril Kornbluth, Planètes à gogo. Ses deux créateurs étant proches des idées marxistes, le livre s’apparente à une virulente et féroce critique du libéralisme, à travers un récit qui relate les méthodes internes des services de marketing. 10 millions d’exemplaires s’écoulent et consacrent l’auteur comme un poids lourd du genre. Déjà le cachet Pohl fait son effet, savant mélange de récits fantasmés futuristes et de critique acerbes contre une société qui lui déplaît. Practical Politics (1972), sorte de manuel pour comprendre les engrenages et usages de la politique américaine ou bien encore Our Angry Earth (écrit avec Asimov, 1991) qui traite des problèmes environnementaux sont autant de réactions sporadiques et presque épidermiques aux affres de la société américaine de l’époque.

Un auteur polyvalent
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Pohl respire la science-fiction. Au cours de sa carrière, il ne délaisse aucun sous-genre et aborde, dans plus de 65 romans et une trentaine de collections de nouvelles, de très nombreux thèmes dont certains sont d’actualité aujourd’hui : cryogénie, voyages interplanétaires, téléphones mobiles reliés aux ordinateurs. Jamais il ne tournera le dos à la mythologie de la science-fiction, l’appliquant rigoureusement dans ses ouvrages. Vie extraterrestre, intelligence artificielle, mondes parallèles, tout y passe.
Mais son chef-d’œuvre reste incontestablement La Grande Porte (1977), récit d’une psychanalyse entre un riche new-yorkais et son ordinateur. Le livre rafle plusieurs prix dont le Hugo du meilleur roman en 78 (il le gagnera six fois dans sa carrière), une référence dans le monde de la science-fiction et de la fantasy. Pohl en fera un cycle, poursuivi par trois autres tomes en 1980, 84 et 87.

Le_voyage_sans_retour_EdilivreUn héritage prestigieux
Frederik Pohl a contribué à faire vivre la science-fiction mais pas seulement. Il lui a consacré son existence, lui a donné des magazines (If et Galaxy entre 1959 et 1969), des prix, des hérauts (il publie le premier roman d’Asimov, Pebble in the Sky, en 1950), des classiques, organise même des concours d’écriture dans ses fanzines – jugeant parfois les candidats si mauvais qu’il publie ses propres textes sous un pseudonyme. Ses contemporains l’intronisent en 1993 lorsqu’il devient grand maître de la SFWA (Science Fiction and Fantasy Writers of America) dont il a été président entre 1974 et 1976. Il entre au Science Fiction Hall of Fame en 1998. Laissant derrière lui une galaxie riche de son empreinte, celui qui se plaisait à dire que « si vous lisez de la science-fiction, rien ne vous prend par surprise » s’est retiré pour un voyage sans retour. Sans doute explore-t-il maintenant des mondes parallèles avec ses vieux camarades, Kornbluth, Wollheim et Asimov.

Article écrit avec la participation de Quentin