Vers une évolution de la sensibilité dans la littérature anglaise ?

Les publications britanniques du 20ème siècle et de la génération contemporaine s’avèrent particulièrement sombres, rompant définitivement avec la fibre sentimentale qui prédominait le siècle dernier.

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Le 19ème siècle romantique ou les élans de la passion
Cette période est marquée, en littérature, par la prépondérance de la sensibilité romantique, qui envahit tous les écrits de l’époque. Cette tendance, menée de front par la féministe Mary Shelley dès la fin du 18ème siècle, domine jusqu’au début du 20ème siècle, qui verra la naissance de l’inoubliable Mrs Dalloway, chef-d’œuvre de Virginia Woolf.

Dans la veine sensible et romantique, on se souvient notamment des très tourmentés Jane Eyre et Wüthering Heights (Les Hauts de Hurlevent) des sœurs Brontë qui font la part belle à l’expression des sentiments d’héroïnes passionnées. En prise avec des forces psychologiques qui les dépassent, celles-ci connaissent un triste destin, marqué du sceau de la tragédie. Jane Eyre ou Catherine, archétypes des personnages romantiques,  s’exaltent jusqu’au désespoir, se perdant dans des amours impossibles.
Chez Jane Austen, contemporaine des sœurs Brontë, une sensibilité plus « fleur bleue », et moins dramatique, quoiqu’encore très présente, culmine. Pride and Prejudice, Sense and Sensibility examinent les problèmes rencontrés par les jeunes filles au tournant des 18ème et 19ème siècles tels que la condition maritale et la reconnaissance sociale dans une société souvent misogyne.

Le 20ème siècle, un tournant décisif dans la sensibilité littéraire
Une étude récente a montré combien les publications britanniques contemporaines s’avèrent plus sombres et moins sentimentales que les ouvrages romantiques.
Comment expliquer ce phénomène ? Ce « pic de tristesse » littéraire aurait émergé après la Seconde Guerre mondiale et se dresserait en réaction aux désastres provoqués par le conflit. Dans un ensemble de textes parus entre 1900 et 2000, des chercheurs ont remarqué la récurrence de termes violents, liés à l’univers de la colère, de la tristesse, du dégoût et de la peur.

Ces fluctuations d’humeur, rarement équilibrées et positives, domineraient les intrigues des romans anglais modernes.Jane_Eyre_Edilivre
Une constatation chiffrée et pointue a montré, qu’au début du 20ème siècle, un ouvrage britannique recensait en moyenne 1 000 mots liés à l’émotion contre seulement 877 dans les années 2000. Ces observations suggèrent clairement le déclin de l’amour absolu dans la littérature anglaise, au 20ème siècle, époque marquée par des évènements douloureux et donc moins encline à l’expression de la passion qui semble désormais mièvre et presque niaise.

Pensez-vous que l’Histoire ait une influence sur la sensibilité littéraire ?